L'actrice Romy Schneider et l'acteur Yves Montand dans "César et Rosalie" de Claude Sautet, 1972
L'actrice Romy Schneider et l'acteur Yves Montand dans "César et Rosalie" de Claude Sautet, 1972 ©Getty - ullstein bild Dtl. / Contributeur
L'actrice Romy Schneider et l'acteur Yves Montand dans "César et Rosalie" de Claude Sautet, 1972 ©Getty - ullstein bild Dtl. / Contributeur
L'actrice Romy Schneider et l'acteur Yves Montand dans "César et Rosalie" de Claude Sautet, 1972 ©Getty - ullstein bild Dtl. / Contributeur
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Retour sur l'héroïne féminine du film "César et Rosalie" (1972), qui réussit l’impossible en imposant une liberté salutaire et féministe pour l'époque car c'est elle qui transforme les deux personnages masculins qui l'entourent, en deux hommes qui doutent !

Je voudrais commencer par quelques indices sur celle que j’aime d’une amitié fervente. Cette femme est aussi belle les cheveux détachés que tirés, laissant son grand front dégagé. Le bleu-vert de ses yeux varie d’après le temps qu’il fait, avec juste un liseré gris qui borde l’iris. Le moindre de ses gestes témoigne d’une éclatante propension au bonheur, à peine assombrie, par instants, d’un voile de mélancolie. Et son rire devrait être inscrit au patrimoine de l’humanité.

Je veux vous présenter Romy. Pardon… Rosalie. La Rosalie de "César et Rosalie", que son réalisateur, Claude Sautet, aimait qualifier de "drame gai" et c’est tout de même mieux, en effet, que comédie dramatique. Le grand Claude qui ne mérite aucune critique, à part, peut-être de ne pas avoir titré son film "Rosalie et César". Puisque c’est elle, Rosalie, qui décide d’aimer l'exubérant César, César le parvenu, qui parle fort, qui claque vulgairement des doigts quand il parle d’argent, et qui, comme tout macho, conduit trop vite.

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Et puis Rosalie varie : elle décide d’aimer David, un dessinateur délicat, un peu dandy, mais qui ne résiste pas non plus à foncer en bagnole pour dépasser César…

En fait, ni la violence machiste de César ni la distance misogyne de David ne lui conviennent. Alors qu’il écrivait avec Sautet, le scénariste Jean-Loup Dabadie s’agaçait de l’hésitation du personnage féminin. Jusqu’au jour où Sautet se mit à hurler : "mais, enfin, c’est elle qui est emmerdée !". Merci Claude.

Oui, Rosalie est comme nous toutes, elle ne voit pas l’intérêt de choisir entre deux maux, pardon entre deux mâles, alors qu’il faudrait fusionner les qualités de César et de David pour obtenir la bonne façon d’être aimée. On peut toujours rêver. Alors, autant partir. Les planter tous les deux. Et, en l’absence de Rosalie, devinez quoi ? Les deux adversaires deviennent copains, et mangent des crustacés. Mais sans Rosalie et son ciré jaune, sans ses retards et ses rires sous la pluie, c’est comme si un petit quelque chose s’était éteint dans leurs regards. Ils ont vaguement des nouvelles par oui dire, mais moi, j’aime imaginer qu’elle est allée rejoindre d’autres amies, la Hélène des "Choses de la vie", ou la Marie d’"Une histoire simple", ces héroïnes qui ont toutes ce même front fier et ce regard bleu vert qui rendent les hommes intranquilles et donc nettement plus vivants. Ces héroïnes qui nous ressemblent alors qu’elles ont la beauté de Romy Schneider.

Elle pousse le portail d’un jardin pour une séquence dont on n’aura jamais fini de percer le mystère. Mais Rosalie, notre amie, notre sœur, a réussi l’impossible : transformer deux types très sûrs d’eux en deux hommes qui doutent. Et même, à l’avenir, qui sait, en voiture, ils la laisseront conduire.