Tristesse, l'une des 5 émotions de Riley dans "Vice-Versa" (2015) - 2015 Disney • Pixar
Tristesse, l'une des 5 émotions de Riley dans "Vice-Versa" (2015) - 2015 Disney • Pixar
Tristesse, l'une des 5 émotions de Riley dans "Vice-Versa" (2015) - 2015 Disney • Pixar
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Résumé

Alors que la 5e vague se confirme et qu'il est tout à fait normal de ressentir un peu de morosité, inutile de vouloir absolument faire régner la joie. Dans "Vice-versa", Riley nous montre au contraire qu'accepter d'être triste, c’est souvent un formidable moyen pour mieux éloigner la dépression !

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"Alors comment allez-vous ?" Pourquoi faut-il forcément aller… bien ?!

Attendez ! Stop ! Je suis sûre que vous allez me répondre « ça va… », ou « pas trop mal … » ou « comme un vendredi » avec ce petit sourire contrit qui ne trompe personne sauf ceux, qui, de toute manière, posent la question en se fichant de la réponse…

Moi je voudrais vous encourager à répondre : 

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Eh bien, écoute, je suis… triste

C’est pour cela que je tiens à vous présenter mon amie, un petit bout de bonne femme bleue avec une raie de côté, de grosses lunettes et un col roulé : Tristesse, l’une des cinq émotions qui habitent le corps et commandent la personnalité de la jeune Riley dans Vice-Versa, ce chef d’œuvre d’animation de Pixar. 

Au milieu de Colère, Dégoût, Peur, et Joie qui, elle, est résolument, aveuglément, positive, Tristesse voit tout en noir, ne cesse de geindre, de gaffer, et de s’excuser pour ses gaffes : par exemple, elle ne peut pas s’empêcher de jeter un voile bleu de mélancolie sur tout ce qu’elle touche, y compris les plus pimpants souvenirs d’enfance. 

Évidemment, Joie la trouve agaçante et … inutile. 

Au fil du film, Joie réalise que Tristesse a raison sur bien des points et avant tout celui-là : oui, cela fait un bien fou de pleurer

Sur le canapé, alors que la cinquième vague se confirme, votre fille ou votre fils se compose un sourire pour ne pas vous inquiéter mais le confinement, la peur panique de l’avenir, et un manque de confiance constant et paralysant, ont creusé dans sa poitrine un énorme trou noir, rempli de larmes… qui doivent sortir. Et, avouez-le, de votre côté, cela ne va pas fort non plus car le monde est vraiment moche et dégueulasse en ce moment, mais vous tenez à ne pas alarmer encore plus vos enfants avec votre propre déprime. Tout le monde garde les yeux secs, et, comme Joie dans Vice-Versa, on demande à Tristesse de rester tapie dans un coin, et, que surtout, elle ne touche à rien. 

En réalité, elle est bien utile la Tristesse !

Mais oui, bon sang, et c’est idiot que Tristesse soit si mal aimée ! Car accepter de se laisser traverser par elle, c'est préparer le terrain de l’apaisement ! Dans le film, tout s’arrange quand Joie accepte de lui tendre la main et de faire tandem. Est-ce utile de le rappeler ? Même si beaucoup se retiennent, tout le monde le sait : les pleurs sont libérateurs. Et ils ouvrent le temps, doux, de la consolation. 

Viens dans mes bras mon enfant, chiale tout ton soul, et il est fort possible que je t’accompagne

D’abord, nous irons mieux… physiquement car la tristesse pure, primaire, celle qui fait pleurer, active le système nerveux autonome et notamment la branche parasympathique, qui a la charge de la diminution du rythme cardiaque et respiratoire, de la détente musculaire, et d’un bon fonctionnement digestif. Et puis, même si le monde ne changera pas pour autant, que l’avenir restera incertain et nos inquiétudes inentamées, nous aurons fait bloc. 

Savoir être triste, surtout ensemble, c’est éloigner la dépression. C’est marrant, une autre petite dame avec des lunettes et un col roulé a écrit, un jour, « la confirmation de la tristesse est une consolation ». Cette dame s’appelait … Marguerite Duras.