Virginia Woolf ©Getty
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Résumé

Pour cette première chronique de rentrée, Guillemette tenait à vous présenter une grande amie. Une vieille amie. Ni une héroïne, ni une anti-héroïne, juste une … femme

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Mrs. Dalloway, créée par Virginia Woolf, dans le roman qui porte son nom, publié en 1925, et qui révolutionna la littérature britannique et mondiale en racontant ce qui se niche, ce qui se meut, de simple et de vertigineux, dans les pensées d’une femme.

Laissez-moi vous présenter Clarissa. Clarissa vient d’avoir 52 ans : évidemment, elles les avaient déjà quand j’ai sympathisé avec elle il y a longtemps, mais nous sommes devenues particulièrement proches aujourd’hui que nous sommes des copines du même âge. Et je peux être certaine qu’elle ne me laissera pas tomber quand elle sera devenue plus jeune que moi…  

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Les cheveux de Clarissa ont blanchi prématurément, elle n’est ni particulièrement belle ni particulièrement brillante intellectuellement, elle le dit elle-même. Quelle humilité de sa part, tout de même, alors qu’elle pense avec les mots de Virginia Woolf ! Clarissa sait que j’ai du mal avec les gens qui se la racontent, et jamais elle ne me fait sentir qu’elle ressent chaque chose bien plus intelligemment que moi. D’ailleurs c’est fou comme elle est présente au monde : on ne voit qu’elle quand elle entre dans une pièce.

Le roman raconte une journée de cette femme du monde, mariée député conservateur à la Chambre des Communes, et qui s'apprête à donner une réception. Le livre ne raconte que cela : douze heures d’une vie. C’est court me direz-vous, mais cela dépend de la vibration des heures. Clarissa transforme chacune de ses sensations en aventure, elle habite le temps par son amour de la vie, et sa conscience anxieuse que toute beauté est périssable. Je ne l’ai jamais entendu dire Carpe diem : c’est inutile puisqu’elle l’incarne.

Que fait mon amie ? Elle marche dans Londres. Elle marche, elle marche. Un vrai guide du routard. Elle marche pour s’oublier en ressentant la vie autour d’elle, les arbres, les hirondelles, les taxis, et le bruit de chaque chose. Ce jour-là, elle est sortie de chez elle pour acheter des fleurs en vue du dîner qu’elle organise, et je sais à quel point c’est important pour elle.  

Dans la voix de Clarissa, que l’on peut retrouver sous les traits contemporains de Meryl Streep dans le magnifique film The Hours réalisé par Stephen Daldry en 2002 d’après le roman de Michael Cunningham, l’art de faire des bouquets devient une philosophie de l’existence qu’il faut agencer comme une rose vibre à côté d’un lys ou d’une branche de lilas. Je vous vois venir : non, ma bienfaisante amie n’est pas futile ! C’est une femme d’intérieur … de la vie. C’est une femme du monde, oui, mais quelle belle expression quand on y pense : une femme qui, par un bouquet, un dîner, un petit déjeuner plus coloré et réconfortant que d’habitude, ou un élégant masque social, tente de protéger son monde et le nôtre de la violence des souvenirs et de l’angoisse du quotidien.

Il lui semblait toujours qu’il était très, très dangereux de vivre, même un seul jour 

Quand Clarissa m’a confié sa crainte la première fois, j’ai deviné toute sa mélancolique, mais c’était le plus beau conseil que puisse me donner une amie : puisque la vie est dangereuse, alors autant la parcourir, les yeux et les oreilles grandes ouvertes, avec de la lucidité, et en se dirigeant résolument vers des magasins de fleurs.

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Guillemette Odicino
Guillemette Odicino