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Résumé

.Le projet de Super Ligue de football est mort-né, mais c'tait un cas typique, bien connu en économie, de la tentation qu'ont les leaders d'un marché de fermer la porte à double-tour derrière eux.

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Le projet de 12 clubs de football européens de constituer un super-championnat fermé, cette idée a plus que du plomb dans l’aile, elle a un pied dans la tombe : Manchester City a ouvert dans la nuit le bal des renoncements, cinq autres clubs anglais ont suivi, les Italiens et les Espagnols vont suivre. Et tant mieux.

Sur le plan sportif d'abord; cette opération était condamnable. En éliminant les plus petits clubs, elle battait en brèche l’esprit de compétition et l’esprit sportif. 

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Sur le plan financier ensuite, le projet de la Juventus Turin, du Real Madrid, de Liverpool et des autres n’avait qu’un objectif : s’octroyer des revenus colossaux en pariant que les droits télévisuels vont exploser. Quand on est moins nombreux à se partager le gâteau, les parts sont plus grosses, il ne reste que des miettes pour ceux qui sont en bout de table. 

En réalité, ce montage avait le goût et l’apparence de la modernité mais il était du plus pur classicisme économique. C’est l’éternelle tentation de la rente, le refus pur et simple de la concurrence, qui se diffusent dans le sport comme ailleurs dans l’économie.

Dans Les Echos ce matin, le philosophe Gaspard Koenig rappelle que l’économiste Schumpeter comparait la société à un hôtel où le passage est permanent, avec des gens qui entrent et d’autres qui sortent tout le temps. Les innovateurs prennent la place des rentiers avant d’être eux-mêmes expulsés par les nouveaux arrivants. Eh bien, aujourd’hui, ceux qui ont réussi à franchir la porte d’entrée après s’être battus comme des chiens ne pensent qu’à une chose : fermer la porte derrière eux. A double tour et en affichant : « C’est complet ». 

Quand 12 clubs de football essaient de se barricader pour préserver leurs positions dominantes, c’est tout simplement leur rente qu’ils veulent préserver.  

Ce n’est pas réservé au sport. Non ! Quand les géants du numérique rachètent tout ce qui passe à leur portée pour ne pas laisser un concurrent grandir, c’est la même chose. En Europe, Google a ainsi quasiment un monopole et Amazon a accepté de perdre énormément d’argent pendant des années pour prendre des parts de marché. 

En France, on a connu cela dans la grande distribution et les plus sévères estiment que c’est la même tentation qui a saisi Véolia en rachetant une grosse partie de Suez. C’est dans le cas précis excessif, mais tout cela rappelle à l’opinion que la concurrence est un bien précieux à défendre, dans le sport comme ailleurs.

Références