Prisonnier pro-Russe en Ukraine en mars 2022
Prisonnier pro-Russe en Ukraine en mars 2022
Prisonnier pro-Russe en Ukraine en mars 2022 ©Getty - Mykhaylo Palinchak/SOPA Images/LightRocket
Prisonnier pro-Russe en Ukraine en mars 2022 ©Getty - Mykhaylo Palinchak/SOPA Images/LightRocket
Prisonnier pro-Russe en Ukraine en mars 2022 ©Getty - Mykhaylo Palinchak/SOPA Images/LightRocket
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Résumé

Les conventions de Genève ont un poids dans les conflits armés. Mais à en croire les images des prisonniers de guerre qui circulent dans les médias, peu semblent savoir de quoi il s’agit.

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Depuis le début de la guerre en Ukraine, les prisonniers sont légions des deux côtés. Et les séquences montrant des soldats russes en larme réclamant leur mère aux mains des Ukrainiens ou des soldats ukrainiens reniant leur état-major aux mains des Russes se multiplient. Cette semaine, un homme d’affaires ukrainien pro-Russes a été capturé par l’armée de son pays et filmé lorsqu’il demande à être échangé contre des civils et des militaires retenus en Russie. Deux ressortissants britanniques vivant en Ukraine ont été pris, eux, par les Russes. On les voit réclamer à leur gouvernement d’aider à leur libération… Le problème, c’est que ces vidéos sont reprises par tous les médias, y compris français. Nombre de nos confrères les ont publiées sans hésiter.

Or, la France a ratifié la Convention de Genève

Celle-ci pose les bases du droit international humanitaire durant les conflits armés. Les textes de référence ont été élaborés au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Ils visent à protéger les soldats blessés sur terre et en mer, les populations civiles en territoire occupé et… les prisonniers de guerre. L’article 13 du 3ème traité stipule que ces derniers doivent être « protégés en tout temps contre tout acte de violence ou d’intimidation, contre les insultes et la curiosité publique ».

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En 1949, date de la rédaction du texte, on parle de « curiosité publique »

Dans les décennies suivantes, avec l’essor des médias de masse, puis celui des réseaux sociaux la « curiosité » se muera en voyeurisme et en manipulation de l’opinion. Toujours est-il qu’exposer le visage tuméfié de prisonniers, c’est bafouer leur dignité et que répandre leur identité, c’est leur faire courir un danger ainsi qu’à leur famille. Le Comité international de la Croix-Rouge, qui fait autorité, proscrit toute médiatisation de la captivité en temps de guerre.

Combien de fois a-t-il fallu taper du poing sur la table ?

Les médias américains ont hurlé quand les télévisions irakiennes ont exhibé les premiers GI prisonniers, en 1990. Eux-mêmes n’ont-ils pas montré les premiers talibans arrêtés sur le sol afghans ? Quant à Guantanamo… Vous vous souvenez ? Des prisonniers masqués, menottés, agenouillés, etc… Les premiers clichés avaient été pris par un officier américain et diffusés avec l’accord de sa hiérarchie dans l’idée de mettre en scène des terroristes réduits à néant. Photos immédiatement dupliquées dans le monde entier. La Croix-rouge a dénoncé, condamné. Et puis, ça a recommencé. Les médias veulent des visages. Les belligérants veulent des trophées.

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Sonia Devillers
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