Yves Rénier dans le rôle du "Commissaire Moulin", ici en 1975
Yves Rénier dans le rôle du "Commissaire Moulin", ici en 1975
Yves Rénier dans le rôle du "Commissaire Moulin", ici en 1975 ©AFP - Jean Pierre Leteuil / Ina
Yves Rénier dans le rôle du "Commissaire Moulin", ici en 1975 ©AFP - Jean Pierre Leteuil / Ina
Yves Rénier dans le rôle du "Commissaire Moulin", ici en 1975 ©AFP - Jean Pierre Leteuil / Ina
Publicité
Résumé

Retour sur la mort du comédien Yves Rénier, survenue samedi. Il avait incarné le "Commissaire Moulin" durant trente ans… Ou comment TF1 a fabriqué de très puissants héros populaires auxquels des comédiens ont cédé toute leur carrière.

En savoir plus

Ce matin, je vous raconte l’histoire de ces artistes-interprètes qui resteront les visages d’un seul rôle sur le petit écran, sorte de pacte faustien passé avec la télévision du temps d’avant. La gloire, l’argent, des audiences immenses, mais le mépris du septième art pour l’éternité. Et puis TF1, la télé des justiciers, ces figures de droite que le service public cherchait plutôt à éviter.

Pierre Mondy est mort. Pierre Cordier ("Juge et flic", vous vous souvenez ?) dans la rétine des Français. Qui se rappelle qu’il avait joué Napoléon dans le "Austerlitz" d’Abel Gance ? Qu’il avait été l’acteur de Duvivier, Verneuil, Costa-Gavras et le bouffon génial de "La 7ème compagnie" ? Le cinéma français, fragile palimpseste englouti par une série qui trôna sur les prime time de 1992 à 2010. 

Publicité

Peu de chaînes, pas de Netflix, les feuilletons d’antan s’usaient moins vite qu’aujourd’hui et leurs héros récurrents duraient, duraient, duraient... Navarro pendant 19 ans. 108 épisodes. Roger Hanin indissociable à jamais de ce personnage qui devint le référent paternel de tout un pays et qui enterra sans coup férir l’autre Roger Hanin, acteur du grand cinéma italien, dirigé par Dino Risi et Luchino Visconti. Les commissaires de TF1 ont dévoré leur comédien. Le commissaire Cordier a bouffé Mondy, le commissaire Navarro a bouffé Hanin, comme avant eux, Maigret avait bouffé Jean Richard et après eux, Moulin aura bouffé Yves Rénier. 

Chez les dames, pas mieux. Julie Lescaut a avalé toute cru Véronique Genest – 22 saisons sur TF1. Elle donne l’impression d’avoir toujours sa carte de police à portée de main, comme Corinne Touzet, "Femme d’honneur", son brassard de gendarmerie. 

Autre visage adulé, stigmatisé par la télé, Véronique Jannot. Deux saisons seulement de "Pause café" ont suffi à marquer l’actrice à vie, sans cesse ramenée à son rôle de Joëlle Mazart. Tiens, un personnage d’assistante sociale plutôt que l’ordre et la morale ? 1981. Mitterrand venait d’arriver au pouvoir. La première chaîne rangeait ses flingues. Elle les ressortira après la privatisation. L’autorité reprendra du service. Acteurs et actrices sacrifieront leur métier sur l’autel de la police.

Références

L'équipe

Sonia Devillers
Sonia Devillers
Sonia Devillers
Production
Sonia Devillers
Sonia Devillers