Election de François Mitterrand le 10 mai 1981 à Château-Chinon ©Getty - gproust
Election de François Mitterrand le 10 mai 1981 à Château-Chinon ©Getty - gproust
Election de François Mitterrand le 10 mai 1981 à Château-Chinon ©Getty - gproust
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Résumé

10 mai 1981, la seule élection pour laquelle tout le monde se souvient de la date complète : jour, mois, année… La ferveur particulière de ce jour tient aussi à la nature de la composition de l’électorat qui a porté François Mitterrand à l’Elysée. ‘Le peuple de gauche’, comme on disait à l’époque, était idéologique.

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Oui, le 10 mai 1981 fait partie de ces rares dates devenues historiques, qui ne soient pas attachées à un évènement guerrier ou violent. Maintenant on a l’habitude de voir gauche et droite se succéder à l’Elysée ou Matignon.

Mais en 1981, 23 ans après l’instauration de la Vème République, la gauche arrive avec le sentiment de créer une rupture historique, comme en 1936 et en 1945. 

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Les expériences de gauche de la IVème république étaient des combinaisons d’appareil, même pas des compromis. En mai 1981 la majorité culturelle, après plusieurs décennies de prospérité, de croissance pas assez redistribuée, d’aspirations à diverses libertés, notamment plus de démocratie sociale, se traduisait enfin dans une majorité politique. 

La ferveur particulière de ce jour tient aussi à la nature de la composition de l’électorat qui a porté François Mitterrand à l’Elysée. ‘Le peuple de gauche’, comme on disait à l’époque, était idéologique plus que sociologique. 

Ce n’était pas une France géographique, générationnelle, professionnelle contre une autre

Le résultat de l’élection de Mitterrand (comme les succès électoraux ou référendaires de de Gaulle dans les années 60) était populaire au sens plein du terme. Il y avait, sociologiquement, de tout dans les électorats gaullistes du début de la Vème, comme dans celui de la victoire du 10 mai. 

Ce qui ne veut pas dire, comme on le croit souvent, en constatant la violence des rapports politiques d’aujourd’hui, que 1981 était un temps plus apaisé. 

Non ! Les affrontements étaient rudes, souvent mensongers même si l’on ne disait pas fake news. Mais, toute la différence est là, la gauche avait comme prétention enthousiasmante de changer le monde, aujourd’hui, elle affiche cette obligation angoissante de le sauver !  

Mai 1981, c’est aussi un moment institutionnel particulier

Oui, c’est un moment qui a été, en réalité, très rassurant pour la démocratie elle-même. On peut penser que la ferveur populaire qui s’est exprimée ce soir-là avait aussi à voir avec une forme de fierté, tout simplement, de constater que nous étions en démocratie ! 

Ça peut paraitre incongru aujourd’hui mais pour toute une partie de la population, les institutions étaient faites pour qu’un seul camp garde le pouvoir. Il y avait un grand doute démocratique ! 

Mai 1981 démontre le contraire en donnant le pouvoir à l’un de ceux (François Mitterrand) qui contestaient le plus le caractère démocratique de la Vème.

L’élection de 1965, la mise en ballotage de de Gaulle, montre que la Vème n’est pas forcément un blindage pour le Général. 1969 montre que la Vème survit à de Gaulle, 1974, qu’elle survit au gaullisme… et 1981, qu’elle permet enfin l’alternance politique… et que donc elle est démocratique. 

Ce n’est pas rien pour une génération encore marquée par les tragédies totalitaires de la première moitié du XXème siècle. La fierté, le bonheur de se constater en démocratie (que l’on oublie trop en ce moment), voilà sans doute, confusément, le plus beau sentiment populaire qui s’est exprimé ce soir du 10 mai 1981.  

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Thomas Legrand
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