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Résumé

L’édito politique du jour, avec vous, Yael Goosz : Emmanuel Macron annonce son propre déconfinement…

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Un horloger ne remet pas seulement la pendule à l’heure, il est aussi celui qui sait la réparer quand elle est en panne.  Toute l’interview du Président , publiée ce matin dans la PQR (et largement déflorée hier après-midi !), décline ce rapport au temps. 

Le court terme, d’abord, on n’y revient pas : 2 mois et 4 étapes pour un retour espéré à la quasi normale au 1er juillet. 

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Et surtout le temps long, stratégique, ce fil que le Président bouillait d’impatience de reprendre, accaparé par l’urgence sanitaire.  

Allez, petit exercice au saut du lit pour les futurs bacheliers qui nous écoutent ! Commentaire composé. Prenez un stylo et cochez dans l’interview tout ce qui relève du champ lexical temporel : « dans la gestion d’un pays, dit Emmanuel Macron, il ne faut pas commettre de faute de temps. » Autrement dit, candidat ? C’est pas le moment, tant qu’on n’est pas sorti de la crise. Cela donne : « Je serais bien intempestif à vous parler de mes ambitions personnelles ». 

Le temps, c’est le temps utile. Relancer au plus vite les réformes mises en pause. Réformer « Jusqu’au dernier quart d’heure » du quinquennat. 2022. Mais hier, dans les colonnes de l’Opinion, le même Emmanuel Macron nous projetait en 2025 ! Dans une France libérée du Covid, « unie et apaisée » grâce à qui, à quoi ? A ses réformes. Le plein emploi pour les jeunes, l’Europe puissance, une société sans violences... Dans l’interview donnée hier, l’horizon c’est même 2030. Ou comment prendre date pour mener un second quinquennat.

Le Président est pressé de tourner la page Covid, mais comment ? 

Avant ce qu'il appelle "la Renaissance", il y a la relance, économique, et sa relance à lui, politique. Grand débat saison 2. En juin, Emmanuel Macron Chirac remarche, dit qu'il va reprendre "son bâton de pèlerin" pour "prendre le pouls des territoires", pas seul, puisqu’il veut associer les forces vives, tous ces maires, qu’il sonde désormais à longueur de visio. Derrière cette démarche, la nécessité de désamorcer le choc économique après le choc sanitaire.  

Juin ? Le Président nous parle du 9 (couvre-feu à 23 heures), et du 30 (fin du couvre-feu). Mais, bizarre, rien sur les 20 et 27 juin ! C’est le paradoxe. Emmanuel Macron s’adresse à la presse quotidienne régionale, sans dire un mot de l’élection qui, pendant deux mois, va animer les régions. Avec près d’un quart du gouvernement candidat sur les listes ! Voter aussi, c'est un retour à la normale. Impasse sur le sujet. Emmanuel Macron choisit ses dates, enjambe les régionales comme il enjambe les critiques. Ne cherchez pas de variant. Aucun regret dans le rétroviseur. Le « quoiqu’il en coûte » ne signe pas un changement de politique économique. Il assume sa fiscalité. Et si elle ménage les plus riches, c'est pour qu’ils investissent : « tant que je serai là, il n’y aura pas de hausse d’impôts ». 

Un Président sûr de son cap, mais pas de l’état de la mer. Champ lexical du doute, rare chez lui. « Est-ce que je peux vous dire, les yeux dans les yeux qu’on ne reconfinera plus ? C’est impossible. (…) » Plus loin, nos confrères demandent : « Voyez-vous la fin de la crise sanitaire en 2021 ? » Réponse : « Je ne sais pas. » Cet aveu est un crève-cœur. Se projeter en 2025, oui à fond, enjamber les régionales, allègrement, mais enjamber le virus ? L’incertitude est trop grande pour dire que la page est vraiment tournée. Emmanuel Macron joue la montre, plus qu’il ne maîtrise l'horloge.

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Thomas Legrand
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