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Résumé

Caricature de la Vème République. Oui, la journée d’hier a été une caricature de nos pratiques politiques. Alors que le président avait déjà parlé, le premier ministre est allé, le matin devant les députés, l’après-midi devant les sénateurs, solliciter un vote sans conséquences.

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Bien sûr ce fut une bronca de toutes les oppositions. A quoi bon se réunir et écouter le détail de décisions déjà prises et annoncées ? 

Certes, les oppositions les plus sonores réclament à la fois –sans craindre le paradoxe- plus de fermeté mais dans le détail, la réouverture de tout ! Comment s’étonner du systématisme d’une opposition jamais mise à contribution pour peser sur des choix à grandes conséquences pour la vie des français et sur leur liberté. 

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Les parlementaires ont, certes, autorisé, par un vote, le recours aux ordonnances afin que l’exécutif agisse promptement contre la pandémie. Mais est-ce une raison pour les tenir hors de tout débat préalable à la décision ?

Prenons un exemple : Quand le président annonce que nous allons passer de 7000 à 10.000 lits de réanimation, cette mesure n’est pas discutée au parlement ? Elle est d’ordre réglementaire… Exprimée comme ça (le nombre de lits) on dirait une simple décision logistique… Il ne s’agit donc pas de la voter. 

Seulement l’augmentation de la capacité en réanimation (qui implique de nombreuses déprogrammations d’opérations) est rendue nécessaire par le choix de ne pas opérer de confinement strict et donc d’accepter un plus grand nombre de malades et de morts pour ne pas ruiner notre économie et la scolarité de nos enfants. Choix jugé (si l’on en croit les sondages) plutôt judicieux… 

Mais n’est-ce pas une orientation lourde ? On parle du prix de la vie ! Presqu’un choix de société qu’il parait aberrant de laisser entre les mains d’un seul homme aussi talentueux ou légitime soit-il ! 

Emmanuel Macron n’avait quand même pas le temps de changer les institutions ?

Bien sûr (ni le pouvoir) mais la Vème République, qui est un vrai cadre démocratique, efficace pour les moments de crise (rappelons qu’elle a été créée pour résoudre une crise particulièrement sévère et nous éviter une guerre civile)… la Vème est assez plastique pour permettre une pratique plus moderne, plus ouverte et délibérative. 

Emmanuel Macron (vu le pédigrée mendésiste qu’il avait affiché pendant sa campagne) aurait pu saisir l’occasion de cette crise pour changer en profondeur la gouvernance. Eh bien non ! Ses interventions télévisées, solennelles, sans questions, soulignent le coté personnel de la décision : ‘_j’ai décidé d’ouvrir, de fermer ’_et mettent le citoyen dans une posture de sujet hébété attendant la parole de l’Oracle… La modernisation de la vie politique attendra. 

Le face à face président/citoyen… est une mécanique politique de déresponsabilisation massive. Et pour sortir de cette crise sanitaire, le mieux, au-delà des bonnes mesures, ne serait-il pas que la décision soit au moins vécue comme collective ? Pour la rendre acceptable et donc efficace. La mise en scène de la personnalisation à outrance, peut même être politiquement dangereuse parce qu’elle incite à penser, (quand les difficultés surviennent) qu’il suffit de changer le monarque pour régler le problème.

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Thomas Legrand
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