Un RIP super profitable
Un RIP super profitable ©Getty - krisanapong detraphiphat
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Voilà le sparadrap qui risque de coller, cet automne, aux semelles d'Elisabeth Borne ! Dans la société de post-abondance, faut-il taxer les superprofits ? La gauche en surprofite et tente un référendum (le RIP, le référendum d'initiative partagée).

C’était le feuilleton de juillet, la taxation rejetée de peu à l'Assemblée et au Sénat. Mais à gauche, personne ne désarme, bien au contraire. Surtout depuis qu’Elisabeth Borne a dit qu'elle laissait la porte ouverte.

Qu'est-ce que le surprofit, ce mot "gauchiste" qui horripile Bruno Le Maire ? C'est quand une entreprise gagne de l'argent involontairement, par effet d'aubaine. Ce sont les profiteurs de guerre que voulaient taxer le socialiste Aristide Briand en 1916.

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La porte n'est pas fermée. Elisabeth Borne fera le point en fin d'année, pour voir s'il y a des surprofiteurs. Mais pour l’instant, on fait le pari de la confiance, la menace suffit, Total fait des ristournes, et on envisage des contributions pour abonder des fonds verts : proposition, non contraignante, suggérée par Bruno Le Maire dans les Echos ce matin.

Pression insuffisante aux yeux des socialistes et des Insoumis, qui dégainent le RIP : le référendum d’initiative partagée, déclenché si vous mobilisez au moins 20% de parlementaires, et 10% du corps électoral, soit 4,7 millions de Français.

C’est un seuil très élevé et dissuasif…

Oui, la dernière grande initiative du genre a échoué. C’était dans la foulée des gilets jaunes, pour empêcher la privatisation d’Aéroports de Paris. Aux oubliettes aussi, les RIP sur le bien-être animal et sur l’hôpital public. Celui-là n'a même pas passé la barre du Conseil constitutionnel. Car on n’a pas le droit (article 11), d’organiser un référendum qui touche au budget ou à la fiscalité.

C’est pour ça qu’au PS, en ce moment, des juristes s’arrachent les cheveux pour trouver la formule qui permettrait de contourner ce verrou. Parce qu’en taxant les superprofits, vous débordez sur la fiscalité !

Le texte sera envoyé la semaine prochaine chez les Sages, qui diront s’il est recevable. Y a t-il assez de parlementaires pour le signer ? Largement. Suffisamment d’électeurs ? C’est jouable, parce qu’on touche à un point sensible, le partage de l’effort dans une crise qui va durer.

Quoiqu’il en soit, la Nupes va surfer sur son RIP ?

Oui, parce qu’il fait diversion, ça permet de souder et de faire durer la Nupes sans avoir à régler les sujets qui fâchent à gauche : le nucléaire, Taïwan, l’Ukraine, les expulsions d’imam. Taxons les superprofits et ça sera politiquement superprofitable ! Les européennes de 2024 et la liste unique, on verra ça plus tard ! C’est tout bénéf’ !

Et le piège pourrait bien se refermer sur le gouvernement. Parce que, quand Total va publier ses résultats du troisième trimestre, comment réagira l’opinion ? Surtout qu’à droite, au RN, chez Renaissance, il y a aussi des parlementaires qui veulent taxer !

C’est comme l’histoire des jets privés… On est dans le symbole, mais il en faut, pour créer de la cohésion et accepter de se serrer la ceinture. Aujourd’hui, des maires, des directeurs d’hôpitaux, se demandent comment ils vont faire, pris à la gorge par leur facture énergétique.

Elisabeth Borne peut-elle attendre qu’un RIP venu de la gauche, son ancienne famille, la contraigne à demander aux plus riches de contribuer à l’effort national ? La Première ministre n’est pas du genre à céder, mais alors quel est son plan B. Léa et Nicolas, vous lui demanderez !