Adrien Quatennens : l'impossible retour

Adrien Quatennens à 'Assemblée nationale en 2017
Adrien Quatennens à 'Assemblée nationale en 2017 ©Getty - Aurelien Meunier
Adrien Quatennens à 'Assemblée nationale en 2017 ©Getty - Aurelien Meunier
Adrien Quatennens à 'Assemblée nationale en 2017 ©Getty - Aurelien Meunier
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Le député est finalement prié de rester chez lui, en attendant une décision de justice. Que de temps perdu ! Pour l’Assemblée, la gauche, et pour lui ! Il a fallu 8 heures à ses collègues LFI pour accoucher d'une position commune, après les nouvelles accusations de Céline Quatennens.

Oh ! Qu’il a été difficile à pondre, ce communiqué ! Un condensé de diplomatie pour mettre à distance le député, sans insulter l’avenir. Les accusations, peut-on lire, sont prises "au sérieux", mais on note aussi que l’avocate d’Adrien Quatennens les "récuse". Un partout, balle au centre ? Non, puisque le député est prié de rester chez lui, tant que la justice ne se sera pas prononcée ! Une suspension, donc, qui ne dit pas son nom.

Et ça, ce n’était pas le plan prévu ?

Non, et il y a un silence pesant depuis hier. Celui de Jean-Luc Mélenchon. Car c’est lui qui fait traîner le problème depuis la mi-septembre ! Rappelez-vous sa défense, trois semaines après la main courante : « Adrien est l’un des éléments les plus brillants, je pense qu’il doit revenir, il n’est pas un violent parce qu’il a été violent une fois. »

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Loyauté, amitié, amour quasi filial en politique ? C'est beau, c’est noble. Tant que ça ne détruit pas les valeurs du collectif auquel vous appartenez ! Or, rien ne va, depuis le début, dans la gestion de cette affaire.

Pourquoi ?

Ambiguïté, incapacité à trancher. Adrien Quatennens démissionne de son poste de coordinateur, mais reste député. On lui prescrit un arrêt maladie, le temps que ça se calme un peu. Parce que chez les Insoumis, l’opération « restore Quatennens » est déjà lancée. Avant Noël, un vote du groupe devait acter son retour. Peut-être pas tout de suite dans l’hémicycle, d'abord en commissions, dont il suivait les travaux puisqu'il a récemment signé des amendements. C’était ça le plan, jusqu’aux nouvelles accusations.

Pardon, mais comment Jean-Luc Mélenchon, qui se voit toujours à Matignon, a-t-il pu manquer à ce point de sens politique ? Dès le début (et des Insoumises lui ont demandé), il fallait assumer la suspension jusqu’à nouvel ordre ! Pour éviter l'effet boomerang.

Si on vous suit, Adrien Quatennens est condamné politiquement, avant même la sanction judiciaire ?

A partir du moment où lui-même avoue les violences, quelle était l'alternative pour son parti... ll est convoqué le 13 décembre, pour un plaider coupable. Dont rien ne dit qu'il signera la fin de ses déboires ! Parce que derrière, il y a un juge du siège qui peut toujours invalider la procédure et renvoyer en correctionnel.

Pendant tout ce temps, la gauche insoumise aura inutilement encaissé les coups. Crédibilité entachée. Comment faire la morale aux autres, à l’Iran, l’Afghanistan, aux fossoyeurs des droits des femmes, si vous laissez, comme ça, pourrir la situation dans votre propre parti !

Tardive, la décision d'hier, de le suspendre, marque une inflexion. C'était le minimum à la veille de la journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Socialistes, écologistes, communistes, s’opposaient à son retour. Ils ont été entendus, au moins provisoirement. Et la Nupes, déjà fissurée par la place qu’y prend Jean-Luc Mélenchon, s’évite un nouveau psychodrame. Pour combien de temps ?

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