Pap Ndiaye lors de la passation de pouvoir au Ministère de l'Education Nationale le 21 mai 2022
Pap Ndiaye lors de la passation de pouvoir au Ministère de l'Education Nationale le 21 mai 2022
Pap Ndiaye lors de la passation de pouvoir au Ministère de l'Education Nationale le 21 mai 2022 ©Maxppp - Vincent Isore
Pap Ndiaye lors de la passation de pouvoir au Ministère de l'Education Nationale le 21 mai 2022 ©Maxppp - Vincent Isore
Pap Ndiaye lors de la passation de pouvoir au Ministère de l'Education Nationale le 21 mai 2022 ©Maxppp - Vincent Isore
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Résumé

Pap Ndiaye au ministère de l’Education, ça fait du bruit ! Il faut mesurer l’importance de cette nomination à l’aune des réactions de l’extrême-droite et du milieu intellectuel conservateur.

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Ces réactions montrent le niveau démentiel de polarisation qu’avait atteint un débat sur la République et la laïcité chauffé par les médias bollorisés. Pour Marine Le Pen et Eric Zemmour, et au-delà, l’universitaire internationalement reconnu est un Woke, indigéniste, déconstructeur de la République.

Simplement parce que ce spécialiste des minorités, aux Etats-Unis et en France explique et documente l’histoire des discriminations. Ces dernières années, l’extrême droite s’est découverte très républicaine et laïque, ce qui n’est ni son histoire ni son réel pédigrée politique.

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La laïcité est devenue pour Le Pen et Zemmour la meilleure façon non pas d’affirmer leur amour du rationalisme, de la neutralité de l’Etat et de l’émancipation individuelle mais de dissimuler leur rejet des musulmans. L’extrême-droite avait inventé cet oxymore : la laïcité identitaire. Plus à gauche et dans la droite modérée de nombreux républicains, sincèrement effarés par l’emprise de l’islamisme sur toute une série de quartiers et inquiets du repli identitaire d’une partie de la population musulmanne, s’était donné comme mission de réaffirmer les valeurs républicaines et laïques.

Ils ont trouvé sur leur chemin une autre partie de la gauche qui les a rapidement traités d’islamophobes !

Parce que, c’est vrai, certains refusent de voir les dégâts causés par l’islamisme et refusent toute critique d’une pratique religieuse (l’islam étant la religion des discriminés). Dès lors, le débat s’est perdu dans des anathèmes mal définis et disqualifiants : islamophobes contre islamogauchistes. Certaines positions se sont (républicaines et extrême droite) artificiellement rapprochées et d’autres, en réalité pas si éloignées, se sont polarisées de façon outrancières. En même temps, aux Etats Unis, dans le monde universitaire, s’est développée une pensée dite woke qui croise toutes les discriminations et aboutit parfois par un moralisme sectaire et victimaire, à prononcer des interdits artistiques, bannir de légitimes controverses intellectuelles.

Et Pap Ndiaye dans tout ça ?

Pap Ndiyae connait mieux que quiconque ces sujets et n’a jamais participé à la polarisation fantasmatique du débat. Ce qui tranche avec JM Blanquer qui suggérait que le wokisme est un danger pour l’université française et mettait par amalgame toute une série  de recherches universitaires sur l’histoire et les mécanismes de discriminations sous ce vocable anathème.

Si l’on écoute Pap Ndiaye, on entend un chercheur rigoureux qui a compris que pour que l’universalisme et la république retrouvent leur contenu philosophique et concret, il fallait lutter contre les discriminations.

Comment faire sans parler de minorités, sans connaitre et reconnaitre une bonne fois pour toute notre histoire coloniale et esclavagiste ? La république ne reconnait pas les races mais ne peut pour autant nier le racisme. La nomination de Pap Ndiaye est salutaire pour la dépolarisation du débat sur la laïcité et pour la lutte contre le racisme. En revanche, sur les réformes de l’éducation, on ne sait rien des idées de Pap Ndiaye, ni de sa latitude politique pour les mener à bien. Mais c’est une autre histoire.

Références

L'équipe

Thomas Legrand
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