Affiche en soutien à Mahsa Amini à Marseille
Affiche en soutien à Mahsa Amini à Marseille ©Getty - Gerard Bottino/SOPA Images/LightRocket
Affiche en soutien à Mahsa Amini à Marseille ©Getty - Gerard Bottino/SOPA Images/LightRocket
Affiche en soutien à Mahsa Amini à Marseille ©Getty - Gerard Bottino/SOPA Images/LightRocket
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Deux visages sont à la une des journaux. Celui du député LFI Adrien Quatennens, et celui de Mahsa Amini, cette jeune Iranienne morte après avoir été tabassée par la police des mœurs. L'information va vite, mais est-ce que tout se faut : faut-il établir une hiérarchie entre ces deux actualités ?

« En Iran, commence un événement féministe majeur », écrit Jean-Luc Mélenchon, dans sa dernière note de blog, à propos du soulèvement à Téhéran. Evénement féministe « majeur », plus important, en tout cas, si on le suit, que les remous provoqués par la chute de son dauphin.

On a vu fleurir aussi quelques piques acides, comme celle, lancée mercredi, par l’essayiste Raphaël Enthoven qui tweete ceci : en Iran, « devant ces femmes [...] qui jouent leur vie et emmerdent un véritable patriarcat, nos féministes nulles envoient des tweets mous et regardent leurs pieds. »

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Féministes nulles… Message retiré depuis ! Suivez le raisonnement : la gifle de Quatennens sur sa compagne serait dérisoire comparée à la vraie révolution sociétale en marche en Iran. Impression de déjà-vu. A l’été 2021, la même polémique, franco-française, sur l'air de "mais où sont-elles les féministes, les vraies", avait éclaté après la chute de Kaboul et la prise du pouvoir par les Talibans.

Polémique stérile ?

Totalement. Il ne s’agit pas de mettre un signe égal, mais d’analyser le signal. Il y a toujours une avant-garde dans le combat pour l’égalité hommes femmes. Au 20ème siècle, c’est nous qui étions à la traîne. En 1945, quand les femmes votent pour la première fois, c’est banal pour les néo-zélandaises, qui le font depuis 1893 ! La marche vers le progrès ne se fait pas partout au même rythme. On débat des inégalités salariales hommes / femmes en France, mais à Kaboul, les femmes veulent seulement avoir le droit au travail.

Les souffrances ne sont pas égales. Mais plus une société montre l’exemple et monte le curseur, et plus il y a un effet d’entraînement et d’imitation pour les autres.

L’affaire Quatennens (et maintenant Julien Bayou, qui quitte la tête d'EELV et du groupe écologiste à l'Assemblée) pousse à questionner la pertinence de notre arsenal juridique et interroge les partis politiques sur leur capacité à prévenir ces violences. Vu de Téhéran, c’est peut-être dérisoire… Mais chaque #Metoo est la pièce d'un puzzle plus grand.

Y compris en Italie ?

Là, c'est un détournement du féminisme. Une femme au pouvoir ne signifie pas plus de droits pour les femmes ! Sous le vernis moderne de Giorgia Meloni, il y a l’amorce d’une société rétrograde, qui remet en cause la maîtrise, par les femmes, de leurs corps. Dans le Nord du Piémont, Fratelli d’Italia aide financièrement les femmes enceintes pour qu’elles renoncent à avorter. Peut-être même y aura-t-il un jour des sépultures obligatoires pour fœtus ! L’Italie, où ¾ des médecins se cachent déjà derrière leur clause de conscience pour ne pas pratiquer l’avortement. Chez Meloni, la femme est d’abord une mère qui enfante pour la nation, menacée par son vieillissement.

Quel rapport avec les cheveux des Iraniennes et la main courante de Céline Quatennens ?

Différence d’échelle, mais la cause, féministe, est universelle.