Eric Zemmour ©Radio France
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Résumé

Thomas Legrand revient sur un aspect de l’interview d’Eric Zemmour sur France Inter ce lundi 7 février : l’histoire.

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Comme toujours avec Éric Zemmour, il est question d’histoire, même quand on parle d’actualité, parce qu’en bon connaisseur des ressorts du sentiment national, il sait qu’il faut proposer un roman français (c’est son mot) dont chacun pourrait s’emparer pour retrouver une sorte de fierté patriotique.

Cette utilisation de l’histoire se fait, bien sûr, au détriment nécessaire de la vérité des faits puisqu’il s’agit d’un roman

Dans son souci de ramener dans le champ politique acceptable la frange de la droite réactionnaire qui avait disparu après la Libération, et qui n’était réapparue qu’au moment de la guerre d’Algérie et avec les débuts du lepénisme, Eric Zemmour avait, dans un premier temps, adopté des théories factuellement fausses, invalidées par les historiens comme la théorie dite du glaive et du bouclier, par exemple : de Gaulle et Pétain secrètement complices pendant la guerre. Théorie inventée en 1945 par les avocats (maître Isorni) de Pétain.

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Étonnement, Éric Zemmour avait ressorti cette légende absurde, puis l’a abandonnée, comme il vient d’abandonner, hier à ce micro, sur le ton de la concession, ce qui lui interdisait toute idée d’union des droites (son rêve) : le doute sur l’innocence de Dreyfus.

Il n’y a plus de débat, toutes les preuves matérielles sont établies, c’est ce que l’on appelle un consensus scientifique. La remise en cause de cette vérité factuelle n’est plus le fait que de ceux, très rares, qui n’acceptent pas la république ou qui sont de réels antisémites. Il était inconcevable qu’Éric Zemmour persiste dans sa position initiale, iconoclaste sur Dreyfus. Mais le mal est sans doute fait dans l’esprit de beaucoup de responsables de droite. Pour ce qui est des électeurs, c’est autre chose.

Sur la responsabilité de la France dans la rafle du Veld’hiv, en revanche, pas de changement

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Là il s’agit d’une autre catégorie d’arrangement avec l’histoire. Le général de Gaulle et presque tous les responsables politiques qui ont vécu la guerre, plus ou moins glorieusement (s’agissant de François Mitterrand), ont soutenu mordicus la thèse officielle d’alors, que continuent à soutenir Éric Zemmour et Marine Le Pen, selon laquelle la France n’est pas responsable de la rafle du Veld’hiv.

De Gaulle, puis Mitterrand, estimait en effet, que tout ce qu’avait fait Vichy était –par principe- nul et non avenu, parce que la vraie France était à Londres. C’est la théorie de la parenthèse. Il fallait surdimensionner, glorifier la France résistante, pour éteindre les derniers feux de la honte nationale de l’effondrement de juin 1940 et de la collaboration. C’était aussi du Roman National assumé.

Mais on ne peut pas rester éternellement dans le mythe et en 1995 (il fallait que ce soit un gaulliste qui le fasse), Jacques Chirac rétablit la vérité factuelle qui correspond au travail documenté des historiens, là aussi consensuel s’agissant de l’action volontaire de l’Etat français collaborateur.

Reconnaissance nécessaire pour la mémoire des déportés et comme leçon au moment où des forces politiques xénophobes ressurgissaient. Voilà pourquoi, sans doute (puisqu’il est l’une de ces forces) Éric Zemmour préfère le vieux roman national à la vérité historique

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Thomas Legrand
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