France Inter
France Inter
Publicité

Bilan de la polémique sur le pronom "iel". Et oui c’est devenu une polémique politique à partir du moment où des parlementaires ont écrit à l’Académie Française pour s’insurger qu’un dictionnaire de renom intègre ce pronom.

A partir du moment où le ministre de l’Education exprime sa désapprobation, et où une partie conséquente du débat médiatique a été occupée par ces trois lettres.   

Et puis c’est retombé, preuve que ce n’était rien

Rien mais caractéristique de nos petites poussées d’urticaire régulières. Charme d’un pays qui peut s’écharper sur un pronom, ou symptôme de notre fébrilité et insécurité culturelle… Rappelons juste pour ceux qui ont hiberné (ils n’ont pas forcément eu tort) ces derniers jours que la version en ligne du Petit Robert mentionne le pronom "iel" qui, je cite : "évoque une personne, quel que soit son genre". Le Petit Robert est une entreprise privée qui liste les mots utilisés dans la langue française, et en propose une définition.    

Publicité

Et pourquoi ça fait un débat politique ?   

On se demande ! Parce que le Petit Robert ne crée pas de normes ! Il décrit un usage ! Et d’ailleurs, il précise que cet usage est rare ! 

Seulement quand on décrit une réalité minoritaire, certains estiment qu’on participe à sa banalisation et donc à sa promotion. Mais par exemple, le mot chayotte, très peu usité, désigne une cucurbitacée rare. 

Le fait qu’il figure dans le dictionnaire ne veut pas dire que les intellectuels bobos qui font les dictionnaires promeuvent la consommation de la chayotte. Quoi que, s’agissant des légumes oubliés… 

Ceux qui s’insurgent contre la promotion de l’identité dégenrée expliquent que ça ne représente rien ni personne. Alors pourquoi s’inquiéter ? IEL disparaitra de iel-même. Sans doute comme l’écriture inclusive. 

Si en revanche ce mot signe une évolution anthropologique en court, alors le Petit Robert aura été le 1er à le déceler. 

Les politiques peuvent se prononcer sur des évolutions sociétales, dire qu’elles sont fausses, vraies, souhaitables ou non, mais pourquoi dénoncer un dictionnaire qui recueille des usages même très minoritaires ? 

Pourquoi demander aux autorités de s’emparer du sujet comme si on pouvait contraindre une langue vivante ? 

Cette polémique traduit la fascination des milieux conservateurs pour le combat culturel tous azimuts. Depuis quelques années, la droite culturelle se révolte contre la supposée dictature intellectuelle de la gauche (combat culturel gagné) qui aurait formaté en masse (contre la vraie pente du vrai peuple) des esprits progressistes depuis les années 1960

La conversion des milieux conservateurs au gramscisme, c’est-à-dire à la bataille culturelle, les fait sauter sur le moindre signe, le moindre indice qui accréditerait l’idée d’une élite dominante à la manœuvre pour dénaturer notre langue et brouiller les genres.

 Ce que visiblement les conservateurs n’ont pas compris dans la mécanique gramscienne de guerre culturelle, c’est qu’à dénoncer en masse un épiphénomène, on participe à en faire un phénomène. Grace aux signataires de la lettre anti IEL et aux polémistes bolorisés qui s’étranglent de ce pronom barbare, celui-ci a acquis une belle notoriété. Merci pour lui… elle… enfin iel. 

L'équipe

Thomas Legrand
Thomas Legrand
Thomas Legrand
Production
Thomas Legrand
Thomas Legrand