Gauches : accord bidon mais nécessaire!

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L’accord à gauche devrait aboutir, dite-vous.

Oui, la direction du PS qui est, avec Olivier Faure, d’une autre génération que celle de François Hollande considère que le parti est en sursis après le désastre d’avril, et que la seule façon de s’en sortir c’est d’avoir un groupe parlementaire, donc au moins 15 députés. Ça passe par un accord avec LFI, la force dominante. Cette génération sait aussi que nombre d’électeurs de gauche, parmi ceux qui ne sont pas déjà passés du côté de LREM, veulent voir Insoumis, communistes, écologistes et socialistes se parler, tenter quelque chose. Les chefs de la gauche ont passé la campagne présidentielle sous les quolibets de leurs électeurs, leur reprochant de ne pas avoir su s’unir. Et là, l’union est vitale. Donc elle a toutes les chances d’aboutir même s’il y aura de nombreuses candidatures sauvages. Mais cette triple exigence, complaire au peuple de gauche, sauver (financièrement aussi d’ailleurs) les appareils et, pour les Insoumis, assoir leur domination, passe par des accords sur le fond, c’est vrai, dont le baroque le dispute au ridicule. D’ailleurs ce que les Insoumis ont signé avec les écologistes n’est pas tout à fait de la même facture que ce qu’ils ont signé avec les communistes, sur l’Europe par exemple. Qu’en sera-t-il avec les socialistes sur l’Europe, la retraite, l’Otan ou les déficits en tout genre ? En fait le fond ne compte pas, c’est de la mascarade. Mais comme on ne peut décemment pas signer des accords d’appareils qui ne résulteraient que de petits calculs électoraux bien compris, alors on joue à faire un Programme commun rempli de phrases creuses, d’oublis volontaires, comme le nucléaire, on invoque Blum, Mitterrand, Jospin. Pas Hollande. En tant qu’éditorialiste forcément attaché à l’éthique en politique, préférant le fond à ce qu’il est convenu d’appeler la popol, je devrais m’étrangler devant de tels accords qui ne disent rien d’intelligible sur les finances publiques, noient le poisson sur l’Otan et l’Ukraine, oublient l’énergie et trahissent des décennies d’engagement européens, bref sont frappés au coin du n’importe quoi. 

Et non, vous comprenez l’idée de cet accord. 

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Oui, même si un socialiste m’a dit hier, dès que l’encre de l’accord sera sèche je dirais ce que je pense de tout ça, même si un autre se forçait en me disant Jean-Luc change, face à la possibilité du pouvoir, il sera forcément plus responsable. L’accord est souhaitable pour la gauche parce que sans lui, elle n’existerait quasiment plus à l’Assemblée. Elle tenterait d’exister dans la rue, sur les réseaux sociaux, avec tous les inconvénients pour le débat public que cela engendrerait. Cet accord, aussi absurde soit-il sur le fond, n’a de sens que dans la mesure où la gauche ne peut quasiment pas envisager de gagner en juin. Imaginez-vous des discutions de fond ainsi bâclées si socialistes et écologistes pensaient sérieusement que JL.Mélenchon puisse être 1er Ministre dans deux mois ? Mais en comparaison à une extrême droite en vacances et à LREM atone, attendant tout d’un président qui tord l’esprit des Institutions en s’occupant lui-même des 577 investitures, le speed débat à gauche (rien d’historique juste un bon arrangement entre voisins) a presque de la gueule ! 

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