Sécurité: Gérald Darmanin et la méthode de la tension sarkoziste

Gerald Darmanin en décembre 2021 à Paris
Gerald Darmanin en décembre 2021 à Paris ©Getty - Chesnot
Gerald Darmanin en décembre 2021 à Paris ©Getty - Chesnot
Gerald Darmanin en décembre 2021 à Paris ©Getty - Chesnot
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Le torchon brule entre les médias et Gerald Darmanin sur le thème de la sécurité.

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Oui, Gérald Darmanin, invité de BFM, mis face à de mauvais chiffres de la sécurité, a reproché, avec l’arrogance d’un pouvoir un peu trop sûr de lui en ce moment, à notre consœur Apolline de Malherbe de se comporter comme C-News (ce n’est pas aimable). Ici même (face à ces mêmes chiffres), le ministre de l’intérieur s’était aussi étonné que France Inter verse dans le populisme.

Dans un mouvement inverse, quand Léa Salamé lui avait demandé des nouvelles des sanctions contre les policiers dans l’affaire Chouvia, nous étions alors qualifiés de radio antiflics. La sécurité offre matière à débat nerveux et à bataille de perception. C’est d’autant plus vrai quand aucun thème de campagne n’émerge vraiment. Comme si la sécurité était un thème automatique de réserve, un prétexte à clivage réflexe. Gérald Darmanin, en bon sarkoziste, en joue parfaitement. Or voilà un thème piège sur lequel la réalité et le ressenti sont rarement en adéquation.

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Pourquoi ?

Il y a cette phrase d’Hannah Arendt que l’on devrait avoir en permanence en tête dans tous nos débats actuels : La liberté d'opinion est une farce si l'information sur les faits n'est pas garantie. Or rien n’est plus difficile que de s’entendre sur les faits, les chiffres, qu’en matière de sécurité. Et même si l’on considère que dans bien des cas, il peut s’agir d’un sentiment d’insécurité plus que de l’insécurité caractérisée… le sentiment d’insécurité est aussi source de vraie souffrance sociale. En réalité, depuis des décennies, rapportées à la population, globalement, l’insécurité baisse, dans une société de plus en plus surveillée.

Mais la nature de ce qui ne baisse pas ou augmente crée un climat d’agressivité général

C’est un peu comme pour les questions sanitaires : On est en meilleure santé qu’avant mais le stress sanitaire nous parait plus élevé aujourd’hui. On devrait tous vivre en toute sécurité et en bonne santé. C’est aussi ce poids de l’injonction à la perfection sécuritaire et sanitaire qui pèse sur notre état d’esprit. Les évolutions sont trompeuses : tout le monde comprend que les vols de portables ont explosé depuis 20 ans (quand on n’avait pas de portable). Tout le monde comprend l’explosion statistique de violences faites aux femmes avec la salutaire libération de la parole.

Les faits ne suffisent pas à débattre honnêtement

Un argument classique illustre bien l’ambiguïté du débat : dans les années 1960, 1970, en ville, on laissait sa clef sous le paillasson. C’est vrai ! Pourtant il y a moins de cambriolage aujourd’hui ! Est-ce parce qu’il nous viendrait plus à l’idée de mettre la clé sous le paillasson ? Ou est-ce que la société est plus sûre ?

Elle nous parait pourtant moins sûre, parce qu’en ville il n’y a plus de concierges, moins de voisins de palier que l’on fréquente au quotidien, parce qu’il y a moins de femmes au foyer, moins de commerce de proximité.

Où est le progrès ? Vivre dans une société moins sûre et plus humaine ou plus sûre et moins humaine ?

C’est un débat philosophique. Pour le coup, la phrase de Hannah Arendt sur la réalité des faits ou les statistiques de Gerald Darmanin ne nous sont d’aucun secours.

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