Onfray / Houellebecq, collapsologie décomplexée en stéréo

France Inter
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Deux déclinologues dissertent sur la fin de vie de la France et de l'Occident, au service d'un populisme de droite assumé. Onfray versus Houellebecq, 45 pages d’entretien à lire dans le dernier numéro de la revue Front Populaire. Quand les deux Michel se mêlent de politique, ça donne quoi ?

Disons que ça donne deux fois plus envie de s'enterrer dans un abri anti-atomique et d’y déprimer tout seul, coupé du monde ! On reproche souvent aux écologistes radicaux d’être collapsologues, et bien en matière d’effondrement, vous serez servis.

C’est en stéréo ! C’est même une conversation de plus en plus décomplexée au fil des pages. Tellement, que Zemmour, à côté, passerait pour un enfant de chœur. Le tout, enrobé dans une discussion savante (on ne s’ennuie jamais !), brillante, bourrée de références, on virevolte d’Epicure à Matrix, de Kant à Star Wars… Mais une intelligence au service de qui, de quoi, de quel projet politique ? Accrochez vos ceintures, c’est parti.

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Houellebecq : « Quand des territoires entiers seront sous contrôle islamiste (…), il y aura des attentats et des fusillades dans des mosquées, des cafés fréquentés par des musulmans, bref des Bataclan à l’envers. » Onfray : « Vous pensez que la guerre civile est à venir, moi je pense qu’elle est déjà là, à bas bruit. »

Mais ça n’est qu’une mise en bouche, Nicolas. Parce que tout vient du grand remplacement.

Houellebecq : « Ce n’est pas une théorie, c’est un fait (…), ça va mal finir, l’Europe sera emportée par ce cataclysme. » Onfray : « Je souscris à cette idée. » Houellebecq : « L’effondrement de la France est une évidence (…) ». Onfray, sur le déclin démographique : « Regardez comme la qualité du sperme s’est modifiée. »

Et ça continue comme ça jusqu’à la peine de mort. Onfray modère les ardeurs de Houellebecq qui va au bout de son plaidoyer : « le premier but de la justice est d’assumer une mission de vengeance. » Ok.

Nostalgie de De Gaulle, peut-être ? Même pas : « Pour son comportement envers les harkis, il méritait d’être fusillé », explique Houellebecq.

Mais ça vous surprend vraiment ? Son caractère provocateur n’est un secret pour personne…

C'est vrai. Et qui n'a jamais été embarqué, ému, bluffé, par l'écrivain sismographe, ses romans d'anticipation politique, ses héros nihilistes confrontés à la fin d’un monde…

Mais le malaise, c’est que dans cet entretien avec Onfray, l’auteur rejoint le narrateur, l’auteur devient acteur politique, influenceur. A très grande échelle, parce qu’Onfray et Houellebecq, ça vent beaucoup, c’est du blockbuster !

Alors vous me direz que les électrons libres, les anars de droite (eux se définissent comme "populistes" de droite) doivent le rester, que c’est vieux comme la littérature, mais juste une remarque : pris au pied de la lettre, ce propos peut devenir problématique.

A l’heure où l’ultra droite reprend des couleurs, où le Gud est reconstitué, où les identitaires lyonnais de Remparts déversent leur haine sur les réseaux sociaux, parler de « Bataclan à l’envers », c’est de la nitroglycérine.

L’extension du domaine de la lutte de Houellebecq, et de son compère Michel Onfray, est-elle sans limite ? Jusqu'à souhaiter la fin du vivre ensemble pour mieux justifier et vendre leurs thèses apocalyptiques ?

Houellebecq, page 44 : « Je me demande si nous ne sommes pas allés trop loin. »

Lucide, mais un peu tard.

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