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Résumé

Un autre Mélenchon est-il possible ?

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C’est la question que se posent les responsables et surtout les électeurs socialistes et écologistes là où (c’est-à-dire la grande majorité des circonscriptions) l’alliance populaire a désigné un Insoumis. Socialistes ou écologistes peuvent-ils rêver de JL Mélenchon à Matignon ? Les avis divergent. Chacun sait qu’il ne sera jamais le fils naturel d’Olof Palme et de Casimir mais au moins espèrent-ils que le leader de la gauche de la gauche se calme un peu, adopte une attitude rassembleuse, tout simplement qu’il évite (en cas de victoire en juin) de transposer son goût de la conflictualité tous azimuts en méthode de gouvernement. Ce n’est pas le caractère parfois erratique du chef insoumis qui est en cause, mais bien l’idée qu’il se fait de ce que doit être le débat. Voilà ce qu’il disait en 2012 : Il faut, non seulement conquérir le pouvoir mais l’exercer d’une manière révolutionnaire (il parlait de Chavez au Venezuela, mais précisait bien On fait la même chose !). La conquête de l’hégémonie politique, disait-il_, a un préalable : il faut tout conflictualiser ! Tout conflictualiser, dans un 1er temps,_ tempère-t-il quand même. Alors, c’était en 2012, il y a longtemps, mais depuis JL Mélenchon s’est aussi inspiré de Chantal Mouffe et Ernesto Laclau, les théoriciens du populisme de gauche assumé, qui prônent également la conflictualité, le Eux contre Nous. Cela dit, dans l’histoire de JL Mélenchon, il y a aussi de quoi rassurer le bourgeois.

C’est à dire ?

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Tous ceux qui l’ont connu ministre délégué de Lionel Jospin, à la fin du siècle dernier, parlent d’un gouvernant soucieux des us et coutumes du pouvoir et de la discipline gouvernementale. Il était même, avec le Mitterrand de la fin (celui qui promouvait Bernard Tapie et une profonde intégration européenne), des plus respectueux, des plus révérencieux. Certains socialistes qui le connaissent bien affirment d’ailleurs (est-ce pour se rassurer ?) qu’une fois au pouvoir, le graal conquis, il se comportera en paisible rad-soc. Ce qui inquiète ses nouveaux partenaires de la gauche dite de gouvernement, ce n’est pas le programme très dépensier de LFI. Si jamais la gauche gagne, LFI n’aura pas la majorité absolue toute seule pour voter des budgets XXL. Non, ce qui peut les inquiéter, c’est la politique étrangère, la position du leader insoumis sur l’OTAN et l’Europe. Mais le prétendant à Matignon a dit à Olivier Faure que sur ces sujets, il resterait en retrait parce qu’ils sont du ressort du président. Déclaration intéressante parce que selon la Constitution, c’est bien le 1er Ministre (responsable devant l’Assemblée) qui détermine et mène la politique du pays, dans tous les domaines. Le fameux domaine réservé n’est qu’une pratique gaullienne abusive jusqu’ici acceptée par tous. Que Mélenchon dise vouloir la respecter aussi traduit une vraie disposition à arrondir les angles. Tout ça reste théorique parce que la gauche a très peu de chances de l’emporter. Mais les glissements de positions et de vocabulaire observés, ces temps-ci à gauche (dans toute la gauche), tracent peut-être les contours d’une recomposition en cours sur ce flanc du paysage politique.

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Thomas Legrand
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