Une édition critique de "Mein Kampf", rédigé par un comité d’historiens, parait chez Fayard (en photo : le livre d'Hitler) ©AFP -  Patrick PIEL
Une édition critique de "Mein Kampf", rédigé par un comité d’historiens, parait chez Fayard (en photo : le livre d'Hitler) ©AFP - Patrick PIEL
Une édition critique de "Mein Kampf", rédigé par un comité d’historiens, parait chez Fayard (en photo : le livre d'Hitler) ©AFP - Patrick PIEL
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Résumé

Thomas Legrand évoque "Historiciser le mal", l’édition critique de "Mein Kampf" que publient les éditions Fayard.

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De cet ouvrage, on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’une republication de 'Mein Kampf’, tant l’objet (un gros livre sans photo sur la couverture, intitulé donc "Historiciser le mal. Une édition critique de Mein Kampf") semble plutôt être un traité sur le brulot nazi. Donc, la controverse, qui avait accompagné l’annonce par Fayard de sa volonté de republier ce texte raciste, antisémite, belliqueux, n’a plus lieu d’être. 

Tout un travail d’historiens enserre le corps de la prose d’Hitler. Le volume des explications est deux fois plus important que le texte du futur dictateur. Il s’agit de contextualisations, d’explications lexicales, de déconstructions de mensonges, de détricotage minutieux des approximations volontaires et autres demi-vérités. 

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En journalisme, on parlerait de fact cheking - mais c’est bien plus

Le lecteur contemporain ne peut pas appréhender de lui-même les références lapidaires, les sous-entendus liés à l’actualité allemande d’alors, sans l’aide des historiens. Cet ouvrage est nécessaire parce qu’aujourd’hui, "Mein Kampf" est vendu en France à 5000 exemplaires par an dans sa traduction de 1934. Sans explications ou presque. 

Or, outre le danger évident de laisser ces propos abjects et mensongers entre toutes les mains, le texte en français est faux. Non pas qu’il ait été falsifié mais la traduction de 1934, faite dans les règles de l’art de l’époque, a rendu le livre du chef nazi fluide, civilisé, bien écrit, doté d’une parfaite syntaxe. Il a été stylistiquement totalement remanié tout simplement pour pouvoir être digeste ! Or, nous disent les traducteurs d’aujourd’hui, et les éditeurs allemands associés à Fayard pour ce travail, "Mein Kampf" brut est littéralement illisible, surchargé d’adverbes et d’adjectifs, plombé d’interminables phrases circulaires, obsessionnelles, parfois hypnotiques. La nouvelle traduction, proposée par l’ouvrage qui parait, tente de rendre la réalité de ce gloubiboulga littéraire pour dire la vérité épaisse d’une pensée brouillonne et hargneuse.   

8 min

À quoi peut servir la lecture de cet ouvrage en 2021 ?  

À voir l’exemple de la dissection du simplisme, de l’emporte-pièce, de l’expression de l’humeur vengeresse, des passions tristes. 

La mise à plat des mensonges péremptoires et pseudos évidences, de l’horrible bon sens, peut nous être utile pour sous-titrer bien des propos d’aujourd’hui ! Il faut s’habituer au démontage de ce qu’on appelle maintenant les vérités alternatives

Cet ouvrage serait comme ces images du corps humain détaillé dans les cours d’anatomie : squelette, système nerveux, digestif, muscles. Tout y est expliqué, les fonctions de chaque organe, de chaque substance ou tissu. Ici ce serait la coupe longitudinale du monstre. Et surtout l’affirmation que la science, la raison, n’abdiquent pas devant la puissance du simplisme et de la pensée grossière ou face aux stratégies manipulatoires. 

En ce moment, il apparait que nous ayons besoin de raison, de complexité, de nuance. Dans les mois qui viennent, l’exercice de déconstruction de Mein Kampf, summum de la pensée brutale et démagogique, (toute chose égale par ailleurs) nous sera certainement utile. 

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Thomas Legrand
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