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Résumé

Thomas Legrand a lu les 20 pages d’Emmanuel Macron dans Zadig sur sa géographie personnelle de la France.

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Un entretien qui nous renseigne (puisqu’il ne faut pas compter sur son parti, inexistant) sur la vision macronienne de la France et, donc, sur le ton de la campagne qui vient. 

Bien sûr, ces lignes ont un but politique, ne sont pas simplement une promenade sentimentale, mais une composition minutieusement élaborée. Il ne s’agit pas de dénoncer l’opération de com’ ! 

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C’en est une et c’est normal. Plus intéressant est de lire le message politique qu’il envoie. Ça commence par l’évocation de souvenirs, depuis Amiens, ville moyenne de son enfance calme, passée à lire chez sa grand-mère, jusqu’à Bagnères-de-Bigorre, bourgade pyrénéenne où Emmanuel Macron connait, l’été, les joies simples (nature et vélo) d’une France qui, dit-il, ‘pensait que tout continuerait comme avant’

Et puis Paris ‘comme tout enfant de province, j’ai eu une relation fantasmée avec la capitale’. Là, tout le monde s’identifie. Et de décrire ses années de chambre de bonne, à déambuler dans les rues de Paris, un livre de René Char en poche. 

On est dans Ma bohème de Rimbaud ou d’Aznavour. 

Ce parcours de la géographie intime d’Emmanuel Macron, au cours duquel il évoque la désindustrialisation, ses cousins qui galéraient, le décrit habilement loin de la caricature du banquier déraciné. 

Surtout, Emmanuel Macron dessine un personnage qui ressent le trouble existentiel d’une France d’antan, sépia et rassurante, mais qui s’efface et voit ses paysages (villes et campagnes) se ‘zonifier’, se péri-urbaniser. 

Mais il ne tombe pas pour autant dans le ‘déclinisme’, le ‘c’était mieux avant’ grincheux pourtant si tendance.  

Et puis, il y a ces mots d’amour pour la Seine-Saint-Denis !   

Les élus du 9-3, en lisant ces lignes, s’étrangleront sans doute, eux qui auraient tant voulu que, par exemple, le plan Borloo fut retenu, que les préconisations du rapport Cornut-Gentille, qui documente implacablement la sous dotation en subsides publiques (contrairement à ce que l’on croit souvent), soient enfin prises en compte !

Mais, il faut reconnaître que ce que dit Emmanuel Macron du département le plus jeune, le plus entreprenant, le plus violent, le plus pauvre, réceptacle de toutes les misères et migrations, va à l’encontre, là aussi, de la tendance actuelle, identitaire et ‘diabolisante’ d’une Seine-Saint-Denis zone de déconstruction de la France. De ce département, précieuse machine à intégrer, dit-il, ‘Il ne manque plus que la mer et c’est la Californie !

Le président prouve là sa capacité à sublimer le potentiel du territoire d’ordinaire si décrié ! On dira encore ‘c’est de la com !’ mais les mots d’Emmanuel Macron sur le 9-3 crient un slogan devenu subversif, furieusement politiquement incorrect, ‘l’immigration, une chance pour la France’ !  Et revoilà, à un an du scrutin, le petit bout d’ongle de l’orteil de la jambe gauche.  

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Thomas Legrand
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