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Résumé

L’après crise… un état politique incertain.

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 Ces jours-ci, il y a une ambiance ambivalente dans le pays. Un mélange singulier de crispation sécuritaire et de douce euphorie liée à la forte baisse du taux de contamination, l’impression que nous sortons bel et bien de la crise. Il ne s’agit pas d’une Libération ou d’un armistice, comme en 1945 ou en 1918 ! La crise du Covid est pénible, déstabilisante, mais n’a pas le caractère déflagratoire de guerres mondiales. Seulement, comme pour les après-guerres, on sent bien qu’il faudra changer –ou faire fortement évoluer- nos modèles économiques et sociaux. S’ouvre alors une période d’incertitude, de doute ou d’espoir. La difficulté c’est qu’il n’y a pas d’acte précis de fin de conflit. Pas d’armistice, de reddition. Le virus n’a ni orgueil ni sentiment d’épuisement, l’issue ne peut-être décrétée. En sommes-nous sortis ? Tout le monde veut le croire, personne ne peut l’affirmer. Dès lors, les espoirs de nouvelles années folles, d’invention d’un autre monde, sont plus compliqués à entretenir. Pour l’instant, comme le disait hier Jean-Noël Jeanneney, sur France-Culture, nous constatons le déjà réjouissant retour du ‘_tintamarre’ _de la vie sociale, de nos retrouvailles en terrasse, dans les commerces. 

 Quelle peut être la traduction politique de cette période ? 

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 C’est un mystère. L’histoire des après crises est diverse, peu extrapolable. Le côté ‘reset’ général du moment ouvre tant de possibilités. Chaque force politique sent, plus ou moins confusément, qu’une opportunité s’ouvre pour pousser ses feux. Les solutions les plus radicales deviennent même envisageables ! La France hésite : va-t-elle verser dans l’optimisme des après-guerres ou dans un pessimisme post-traumatique ? Va-t-elle enfin se décrisper ou, au contraire, déprimer, encore et toujours plus ?  A voir certaines chaines tout info, nous serions en pré-guerre civile, en chute civilisationnelle, en revanche les rues de nos villes, à nouveau pleines de vie, offrent le spectacle d’une joie populaire. La journée politique d’hier a montré ces deux visages, rien qu’en Macronnie. Le président a fait diffuser une étrange mais sympathique (gentillette) vidéo avec les Youtubeur McFly et Carlito à l’Elysée, qui donne une image (sans conséquences) de république décrispée et enjouée. L’autre fait politique du jour, à l’inverse, c’est cette incroyable plainte de Gerald Darmanin contre Audrey Pulvar qui avait jugé ‘glaçante’ la manifestation des policiers mercredi. Pour le coup, voilà un exemple de la crispation sécuritaire. Au cours de ce rassemblement devant l’Assemblée Nationale, des syndicalistes que le ministre de l’Intérieur venait de saluer, proposaient de, je cite, ‘sortir du carcan de la constitution’ donc de l’état de droit. Le terme ‘glaçant’, pour décrire ces propos, effectivement inquiétants, peuvent-ils être hors la loi ? Non, bien sûr ! Alors que veut Emmanuel Macron ? Décrisper ou crisper la société ? Accompagner le souffle d’optimisme au sortir de la crise, ou continuer à hystériser les débats par des polémiques sécuritaires ? S’il ne choisit pas, c’est la crispation (toujours plus facile à déclencher en politique) qui l’emportera. Mais sur ce créneau, il trouvera plus fort que lui. 

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Thomas Legrand
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