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Résumé

L’édito politique du jour, avec vous, Yael Goosz. L’extradition des brigadistes italiens réfugiés en France : une décision judiciaire et très politique...

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« Aucun état d’âme, fierté », les propos du garde des sceaux, hier midi, sont sans ambiguïtés : Eric Dupond-Moretti, née de mère italienne, assume pleinement. Rome pourra ainsi tourner la page des années de plomb, et du terrorisme "rouge", « cette histoire maculée, dit-il, de sang et de larmes ».  

Le sang, le crime de sang. Voilà comment l’Elysée justifie d'avoir donné suite aux demandes, pressantes (c'était le 8 avril), des autorités italiennes, inquiètes du risque de prescription. Quand le populiste Matteo Salvini était au pouvoir, il y avait moins d'empressement, mais l’arrivée de l’allié Mario Draghi a changé la donne. La chancellerie, qui jusqu’à maintenant bloquait les demandes, a transmis les dossiers au parquet général. On connaît la suite : les 7 arrestations d'hier + 3 les ex-activistes toujours recherchés.  

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De quoi solder un dossier qui empoisonnait les relations franco-italiennes depuis 40 ans. Comment parler d’Europe, d’espace judiciaire commun, si la France ne livre pas les terroristes réclamés par ses partenaires ? C’est l’argument numéro un brandi à l’Elysée. Et comment extrader sans bafouer la doctrine Mitterrand ? Le pouvoir socialiste n’a jamais cautionné la présence de ceux qui ont tué en Italie, rétorque l’entourage du chef de l’Etat. 

Or, dans les dossiers (7 sur les 200 réclamés par les Italiens), il y a, par contumace, des condamnations définitives pour crimes.  

Et pourquoi alors parlez-vous de considérations politiques ?  

Il y a « concordance des temps » pour Emmanuel Macron. Cette expression n’est pas de moi, mais de ses conseillers. Le temps de la réparation (on en a parlé), le temps européen, et le temps politique. La lutte anti-terroriste et l’hyper sensibilité de l’opinion. Quelle serait notre réaction, si les terroristes du Bataclan ou de Charlie avaient refait leur vie de l’autre côté des Alpes…  

Concordance ou anachronisme ? C’est là qu’à gauche, les héritiers de Mitterrand se réveillent pour contester ces extraditions. Jean-Luc Mélenchon sur twitter : Macron pratique la rupture, la France n’aurait plus de parole. Chirac, Sarkozy, Hollande. L’Etat s’était engagé. Et l’avocat Jean-Pierre Mignard, compagnon de route des socialistes mais aussi d’Emmanuel Macron, s’en émeut. La promesse de campagne de Mitterrand, et sa doctrine (confirmée en 1985), c’était : on vous accueille si vous renoncez à la violence, vous sortez de la clandestinité mais vous laissez la police régulièrement vous contrôler. Depuis, des vies se sont reconstruites, des enfants, des petits-enfants sont nés… 

En donnant son feu vert à l’extradition, Emmanuel Macron sait que la route est dégagée. Qui va pleurer sur les vestiges de cette vieille gauche française renvoyée à sa moralité douteuse ? Aux détracteurs de sa politique migratoire, il peut montrer qu’il n’y a pas d’asile pour les terroristes. 

Sur tout ce qui touche à la justice, le Président est décidément aux aguets. Eric Dupond Moretti a été nommé pour redonner confiance dans l’institution. Et dès que la polémique enfle dans l’affaire Sarah Halimi, c'est lui qui exige que la loi soit corrigée.

Pour les 7 ex activistes interpelés, commence maintenant un long marathon judiciaire. Des mois, voire des années de recours. Impossible amnésie. Mais cette question demeure : une justice qui passe trop tard est-elle toujours juste…