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Résumé

L’ambiance nationale est –dites-vous- incroyablement favorable au RN

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C’est facile pour Marine Le Pen. Le 1er mai, sous la statue de Jeanne d’Arc, qualifiant la politique d’Emmanuel Macron de ‘saccage social’, la patronne du RN s’adresse à la partie (non négligeable) de l’électorat de gauche désorientée qui n’envisage plus de faire barrage de son corps à l’extrême-droite. L’état de la gauche lui permet de rester le principal réceptacle de toutes les colères populaires. C’est d’autant plus facile qu’elle n’a pas besoin d‘être particulièrement précise, n’étant en charge d’aucune région, département, ni grande ville, elle n’est jamais comptable de rien. Mais surtout, un nouvel écosystème médiatique est maintenant en place à son profit, qui tapisse le débat national d’impression de chaos et de pré-guerre civile. C-News, Sud-Radio (et par mimétisme inquiet de leur audience, les autres chaines d’info) proposent des heures de débats de comptoir en forme d’exutoire. Ces chaines sont certes petites mais pour prospérer en rentables petites niches de l’angoisse, elles polarisent, simplifient tout. L’assassinat d’un policier par un islamiste radicalisé et déséquilibré, 2 réunions non mixtes de l’UNEF… Tout est sur le même plan et même mis en cohérence sur l’air du ‘rien ne va plus’ et de la désagrégation civilisationnelle. Les réseaux sociaux achèvent de vaporiser le fumet du déclin général. Tentez de contextualiser, de mettre en perspective, de nuancer et vous serez considéré comme un bienpensant en plein déni. Pourtant la réalité française est aussi faite de solidarité, d’entre-aide, d’intégrations rapides de centaines de milliers d’étrangers. Souvenez-vous, il y a cinq ans, ces débats affolés sur la répartition de réfugiés, dans des petites villes à travers le pays. La plupart de ces expériences se sont avérées, en réalité, positives ! Mais la big picture, comme disent les Américains, la vue d’ensemble, proposée par le tout-info et les réseaux sociaux, crée l’ambiance politique du pays. La réalité vue plutôt que vécue. Samedi, Marine Le Pen a tweeté les images de la fusillade entre délinquants (sans doute trafiquants) dans une cité de Valence. Aucun mort ni blessé mais des images de western qui disent la situation d’une cité ghetto, livrée au trafic, comme étant celle du coin de votre rue. Une image locale et momentanée devient (par le prisme Le Pen ou C-news) une image nationale et permanente.   

L’affaire de la lettre des généraux est un autre exemple ?

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Oui, de l’art de dessiner une France au bord de l’effondrement : les sondages disent que les Français sont d’accord avec les généraux. Mais la question est-elle de savoir si le contenu de la lettre est populaire (des constats éternels aussi précis que ‘c’était mieux avant, tout part à vau-l’eau, la France est fracturée’) … ou alors de savoir s’il est acceptable que de vieux généraux formulent, avec une vulgate séditieuse, des menaces à peine voilées envers les autorités civiles ? Les Le Pen, s’étaient construits en victime des médias, en parangons de l’anti-système. Aujourd’hui, c’est l’inverse- Marine Le Pen est la candidate naturelle, mécanique, du nouveau système médiatique polariseur qui donne le La: le tout-info et les réseaux sociaux.  

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Thomas Legrand
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