Marine Le Pen le 9 avril 2021 lors de la conférence de presse au Quesnoy du candidat aux élections régionales Sébastien Chenu
Marine Le Pen le 9 avril 2021 lors de la conférence de presse au Quesnoy du candidat aux élections régionales Sébastien Chenu
Marine Le Pen le 9 avril 2021 lors de la conférence de presse au Quesnoy du candidat aux élections régionales Sébastien Chenu ©AFP - SYLVAIN LEFEVRE / Hans Lucas
Marine Le Pen le 9 avril 2021 lors de la conférence de presse au Quesnoy du candidat aux élections régionales Sébastien Chenu ©AFP - SYLVAIN LEFEVRE / Hans Lucas
Marine Le Pen le 9 avril 2021 lors de la conférence de presse au Quesnoy du candidat aux élections régionales Sébastien Chenu ©AFP - SYLVAIN LEFEVRE / Hans Lucas
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Résumé

Les liaisons dangereuses de Marine Le Pen…

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Oui, c’est cyclique depuis dix ans que Marine Le Pen a succédé à son père : il y a toujours un moment où la réalité rattrape le story telling du RN, où les fondamentaux du vieux FN reviennent en boomerang. La dédiabolisation et ses phases de rechute. En voilà une parfaite illustration avec cette tribune d’une vingtaine de généraux à la retraite, publiée par Valeurs Actuelles, et auxquels Marine Le Pen s’est empressée de tendre la main.

Que dit cette tribune ? C’est un texte à la sauce Zemmour : la France « décline », menacée par « plusieurs dangers mortels », entre guerre raciale à venir et « grand remplacement ». Anti-racisme, islamisme et hordes de banlieue, la patrie se « délite ». Et « si le laxisme continue à se répandre », poursuivent les signataires, alors il y aura « intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes. » Fin de citation. 

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Autrement dit, il y aurait insurrection, putsch ? La date de publication de cette lettre, adressée à l’exécutif et aux parlementaires, ne doit rien au hasard : soixante ans jour pour jour après la tentative de coup d’Etat à Alger pour s’opposer à De Gaulle.

Et Marine Le Pen souscrit à cette analyse ?

Oui, dans sa lettre ouverte, la candidate dit « partager [leur affliction] », elle en appelle à « tous les patriotes français », qui doivent "se lever pour le salut du pays". Marine Le Pen les invite à la rejoindre dans sa « bataille » (pacifiquement, précision utile !). On en reste bouche-bée. C’est du séparatisme, mais institutionnel. Marine Le Pen prétend diriger la République, mais quelle République, si, comme simple candidate, elle s’affranchit déjà des frontières entre civil et militaire, entre l’élu et le soldat.

L’initiative a choqué, y compris en interne. Marine Le Pen voulait « fendre l’armure », la voilà qui politise et fend l’armée ! Manque de lucidité ? Amateurisme ? Recherche de voix sur sa droite, extrême, où les frères De Villiers ont la cote, après avoir voulu rassurer côté LR sur la dette et l’euro ? Sans doute un peu tout ça à la fois. Consciente aussi de son poids électoral. D’après le Cevipof, plus de 40 % des militaires ont voté pour elle en 2017. Et pour cause, son programme a de quoi les séduire : un budget réhaussé à 3 % du PIB, 50 000 soldats supplémentaires, tous les matériels remplacés et le rétablissement du service militaire obligatoire pour trois mois minimum.

Marine Le Pen et son langage martial, quand elle prône une « législation de guerre » contre les islamistes… Avec ou sans Etat de droit ? Le RN est renvoyé à ses ambiguïtés.

A-t-elle seulement pris le temps de regarder le pedigree des signataires ? Pas de hauts gradés, pas de généraux cinq étoiles. Une minorité de pétitionnaires sur 210 000 militaires d’active. Le général Christian Piquemal, radié des cadres il y a 5 ans, en croisade contre la politique migratoire. L’ex-officier de gendarmerie Jean-Pierre Fabre-Bernadac, qui rêvait d’une insurrection en gilets jaunes. On retrouve aussi des soutiens de Renaud Camus, théoricien du grand remplacement, des adeptes de revues conspirationnistes, des adhérents à la Manif pour Tous… Depuis ce week-end, le ministère des armées épluche la liste pour vérifier l’identité des signataires et prendre des sanctions.

Piqûre de rediabolisation au RN… Mais dont l’exécutif aurait tort de se réjouir. Le malaise des femmes et des hommes en uniforme est une réalité. Sans doute plus encore dans les commissariats que dans les casernes, de Viry-Châtillon à Rambouillet. Marine Le Pen compte bien leur offrir un débouché. Elle tente le coup... Mais à draguer les insurgés, on se demande si elle peut incarner une femme d’Etat.