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Résumé

Vous vous penchez sur la notion de ‘racisme systémique’

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Ce vocable, qui apparait dans le débat français, choque nos oreilles républicaines parce qu’il sonne comme ‘racisme d’Etat’Racisme systémique, le terme vient d’outre-Atlantique. Il a inventé par les successeurs des promoteurs des droits civiques pour signifier que les lois ne suffisent pas à éteindre le racisme. Après la condamnation de l’assassin de George Floyd, Joe Biden, a d’ailleurs appelé à continuer la lutte contre le ‘racisme systémique’. Cela s’explique par l’histoire des Etats-Unis. L’esclavage, la ségrégation légale jusque dans les années 60… il fut un temps où la démocratie américaine institutionnalisait le racisme. L’Etat n’est plus raciste, bien sûr (il est même officiellement antiraciste) mais le racisme reste dit systémique parce que l’organisation de la société, les relations sociales au sein d’une partie de la population américaine, génèrent toujours de la discrimination. Par exemple, il n’y a pas, aux Etats-Unis, d’éducation publique accessible et obligatoire pour tous et partout. Des zones entières, essentiellement peuplées de noirs (on pense à des quartiers de Detroit) n’ont pas d’école publique ! Donald Trump refusait le terme de racisme systémique. Joe Biden, lui, l’utilise.  

La question fait aussi polémique en France ?   

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Et c’est un débat biaisé parce que les responsables politiques, les commentateurs, souvent,  confondent racisme d’Etat, institutionnelsystémique ou structurel. La France n’est pas l’Amérique. 1789 abolit l’esclavage, Napoléon le rétablit et la IIème République, en 1848, l’abolit à nouveau… et prévoit même de déchoir de leur nationalité tous ceux qui continueraient à avoir des esclaves. C’est la grande différence avec l’histoire des Etats-Unis ! Mais dans les faits… c’est bien sûr plus compliqué. La république a été un régime colonialiste, donc aussi de discrimination légale, avec des statuts de citoyens dégradés. Et puis, dans la périphérie des grandes villes, une discrimination territoriale s’est instituée qui explique cette phrase d’une habitante de Montpellier à l’adresse d’Emmanuel Macron, ‘mon fils m’a demandé si le prénom Pierre existait vraiment !’ Quand on parle d’archipel français, quand des villes riches refusent de construire leur quota de logements sociaux et donc favorisent la ghettoïsation, cela veut dire que certaines structures de la société entretiennent le racisme. ‘La discrimination systémique repose sur un ensemble d’interactions organisationnelles, institutionnelles, individuelles’, expliquent les sociologues. Il est donc pertinent de dire qu’en France, il y a aussi un racisme systémique. Ce qui ne veut pas dire un racisme d’Etat tel que l’entendent certains militants radicaux. Pour combattre le ‘racisme systémique’, il faut plus de république. Le problème,  c’est que ceux qui mettent en avant les valeurs républicaines rejettent souvent ce vocable_,_ comme si le racisme n’était qu’une opinion ! Emmanuel Macron refuse le terme de racisme systémique. Pourtant, quand il affirme au Figaro que le contrôle au faciès est une réalité, il décrit exactement le racisme systémique. Le refus de ce terme signe l’efficacité de l’offensive culturelle de l’extrême droite.  

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Thomas Legrand
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