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Résumé

Terrorisme islamiste et désunion nationale… On n’est même plus surpris. L’attentat de Rambouillet a déchaîné à nouveau les passions tristes de la politique. Chorégraphie et concours de postures attendues. Qui imagine encore la classe politique observer une trêve avant d’ouvrir le ball trap ?

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Pléonasme ? C’est devenu une habitude. On n’est même plus surpris. L’attentat de Rambouillet a déchaîné à nouveau les passions tristes de la politique. Chorégraphie et concours de postures attendues. Qui imagine encore la classe politique observer une trêve avant d’ouvrir le ball trap ? 

Une scène a particulièrement choqué les équipes de Matignon vendredi : arrivée sur les lieux du drame, la présidente de région (et candidate) Valérie Pécresse grille la politesse à Jean Castex pour aller, devant les caméras, dire son soutien à la police avant le Premier ministre !  

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« Chaque attentat a ses victimes et ses vautours », s’insurgeait hier (dans le Parisien) le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. "Les rapaces" (suivez son regard), c’est la droite, extrême ou pas, qui profiterait de la situation pour réinstruire le procès en laxisme d’Emmanuel Macron... Il y a 20 ans, Jacques Chirac avait bien déstabilisé Lionel Jospin sur son prétendu angélisme face à l’insécurité.

Aux mêmes maux, les mêmes ficelles politiques ? 

Sauf que le casting a changé, qu’Emmanuel Macron a missionné Gérald Darmanin (école Sarkozy) et Eric Dupond-Moretti (avocat anti-Le Pen), pour qu'ils cognent fort eux aussi. Puisque l’exécutif se sait attendu au tournant, il riposte en masse. Il va falloir s’y habituer : plus Emmanuel Macron investira le champ régalien, et plus la droite, chassée sur ses terres, cherchera la faille. Poussée dans la surenchère, jusqu’à, parfois, singer Marine Le Pen. En dépit et au mépris du droit (Cf. Xavier Bertrand et ses "peines de prisons automatiques" pour les agresseurs de policiers). Ping-pong infernal. Concours Lépine et boulimie législative. Depuis 1986, le Parlement pond une loi anti-terroriste en moyenne tous les 18 mois…

Et justement mercredi, un nouveau texte arrive en conseil des ministres : dans quel but ?

Il serait tentant d’y voir le retour assumé du sarkozysme dans le macronisme : à chaque fait divers, sa loi pour marquer l’opinion. Mais Beauvau plaide la pure coïncidence de calendrier : ce texte était programmé avant le drame de Rambouillet. Nécessité de pérenniser certaines mesures (comme les visites domiciliaires) prises en 2017 au sortir de l'état d'urgence. On parle aussi d'un suivi renforcé des sorties de prison et d'outils de veille technologique plus performants pour le renseignement… Ce qui, entre parenthèses, rouvre un autre débat : on empile de nouveaux dispositifs administratifs alors que, bien souvent, les outils judiciaires existent déjà.

Mais que pèse un texte de loi face à l’impact émotionnel de l’attentat ?

Depuis l’automne, c’est la deuxième fois qu’Emmanuel Macron est pris à contre-pied par les événements. Le 2 octobre dernier, c’est le discours des Mureaux, la lutte contre les séparatismes. Deux semaines plus tard, Samuel Paty est décapité. La semaine dernière, offensive sécuritaire dans le Figaro : « je me bats pour le droit à la vie paisible », fait savoir le Président, "les Français verront plus de bleu sur le terrain en 2022 qu'en 2017", Emmanuel Macron embedded (embarqué) avec la BAC de Montpellier. Et vendredi, c’est le choc à Rambouillet. Bien sûr que d’autres attentats (des dizaines) ont été déjoués, que les mailles du filet se resserrent. Mais cela tombe mal, et c’est un carburant dont use et abuse Marine Le Pen.

Alors que l’honnêteté intellectuelle consisterait à dire que face à ce « djihadisme » 2.0, personne ne peut raisonnablement promettre d’empêcher tout passage à l’acte. Jamel Gorchene a été régularisé en 2019 sous Emmanuel Macron ? Mais qui en 2009 l’a laissé entrer illégalement en France ? Nicolas Sarkozy ? On voit bien qu’on va dans le mur avec ce genre de polémiques !

Quelques jours après Charlie, devant des lycéens de Seine-et-Marne, Manuel Valls alors Premier ministre avait eu ces mots : « Votre génération doit s’habituer à vivre avec ce danger, et ce pendant un certain nombre d’années. » 

Apprendre « à vivre avec », à combattre, dans la durée, ce virus. Sans s’y résigner. 

Et ce n’est pas dans la surenchère qu’on trouve des vaccins. Immigration = terrorisme ? La campagne présidentielle démarre fort, mais sur un terrain désespérément glissant...