À l'appel des syndicats de forces de l'ordre, des milliers de policiers prévoient de se rassembler ce mercredi 19 mai 2021 devant l'Assemblée nationale  ©AFP - Patrick Fouque / Photo12
À l'appel des syndicats de forces de l'ordre, des milliers de policiers prévoient de se rassembler ce mercredi 19 mai 2021 devant l'Assemblée nationale ©AFP - Patrick Fouque / Photo12
À l'appel des syndicats de forces de l'ordre, des milliers de policiers prévoient de se rassembler ce mercredi 19 mai 2021 devant l'Assemblée nationale ©AFP - Patrick Fouque / Photo12
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Résumé

Gérald Darmanin ira saluer les policiers manifestants...manifestant ainsi contre lui-même puisqu’on y réclame un changement de politique ! Et il y aura aussi presque toute l’opposition (sauf LFI et une partie des écologistes).

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Pourtant, l’appel de l’intersyndical n’est pas un hommage aux victimes policières. Il est question de revendications. Le rendez-vous est devant l’Assemblée Nationale. Ce n’est pas du tout un lieu de recueillement ! 

La situation traduit, non pas la solidarité du gouvernement et des oppositions à l’égard des forces de l’ordre, mais leur incroyable soumission, leur panique face aux exigences de ce que l’on peut appeler "le pouvoir de la police". Une telle démonstration souligne une perte d’autorité du politique au profit de l’un de ses instruments. 

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Quelle est la réalité sécuritaire de la police ? Incivilités grandissantes, agressions dans les manifestations, vétusté des certains locaux et matériels, état exécrable des relations avec les jeunes dans certaines cités gangrénées par le trafic. Le sentiment de n’être plus craint, qui n’est compensé que par une "robocop-isation" croissante … qui ne fait qu’alimenter l’ambiance générale belliqueuse. 

Mais la vérité du bilan humain n’est pas celle généralement véhiculée

Il y a deux sources fiables s’agissant des victimes policières : L’Observatoire National de la Délinquance et de la Réponse Pénale et le collectif Mémorial des policiers victimes du devoir. Si vous croisez ces données : 

Un policier, en 2020, avait près de quatre fois moins de risques de mourir au travail qu’il y a 30 ans, et deux fois moins qu’il y a 20 ans. 

Pour les blessés c’est du même ordre, les études criminologiques attestent que le ratio morts/blessés est toujours corrélé. 

Le sentiment anxiogène d’évoluer en milieu hostile, lui, c’est vrai, n’est pas quantifiable ! Mais les vieux policiers, les vieux reporters spécialistes police, le disent : le métier n’était pas plus sûr avant ! Au contraire ! 

Les ministres de l’Intérieur successifs qui affirment l’inverse tentent s’acheter la paix sociale. Souvent en vain. Il est plus facile d’accréditer le discours victimaire de certains syndicats (validées par la partie de la presse ‘Cnewisées’ et les réseaux sociaux), ou comme le dit Gérald Darmanin lui-même, par le ‘bon sens boucher-charcutier’, que de refonder la politique de maintien de l’ordre ou de s’attaquer aux racines de la ghettoïsation et du trafic. 

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Le caractère insupportable de crimes terroristes, comme à Magnanville (qu’on ne peut décemment pas compter au titre des risques du métier admissibles), n’aide pas à l’appréhension sereine du débat sur le malaise policier. Mais la vérité des chiffres des victimes policières ne peut pas être une réponse suffisante à leur sentiment d’abandon, aux zones de non-droit (où même les pompiers sont agressés), à l’impression d’écoper la mer, de rattraper toujours les mêmes délinquants, au sentiment que la société en elle-même est, sinon plus violente, du moins toujours plus agressive et défiante ! 

Pourtant le courage politique serait celui de la complexité et de la nuance.  Mais nuance et complexité sont-elles encore efficaces contre le RN en 2022 ? Ce sera l’incessante interrogation des 12 prochains mois.   

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Thomas Legrand
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