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Résumé

Depuis jeudi, l'émission spéciale réunion de Friends est enfin disponible sur HBO Max aux États-Unis et sur Salto en France. Des moments touchants dans un show un peu trop bien rodé mais qui révèle à quel point ce qui nous rattache à cette série c'est avant tout l'effet miroir générationnel qu'elle porte en elle.

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Tous les fans de la série attendaient impatiemment l'émission spéciale réunion de Friends animée par James Corden dans laquelle les six comédiens racontent des anecdotes devant public ou – et c’est pour moi les meilleurs moments de l’émission – en huis clos sans public dans les décors de la série qu’ils ont quitté il y a 17 ans soit les deux appartements et le Central Perk. 

Si la formule de ce show n’est pas totalement satisfaisante - on aurait sans doute préféré retrouver non pas les comédiens mais plutôt les personnages - ça fonctionne et c’est touchant de les voir (et de se voir par écho) ému.e.s sur le plateau qui a accompagné leurs vies – mais aussi la nôtre - pendant 10 ans. 

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Il faut dire que les comédiens doivent beaucoup voire presque tout à la série, et pas uniquement pour leurs comptes en banque. Pour ne citer que les cas de David Schwimmer et Jennifer Aniston - qui nous livrent par ailleurs, une anecdote tendre et touchante, si vous ne lisez pas la presse ou les réseaux sociaux je n’en dirai rien pour ne pas vous divulgacher – Jennifer Aniston commençait à être fatiguée de ne tourner que dans des pilotes qui ne se concrétisaient jamais et David Schwimmer qui s’apprêtait à laisser tomber la télé pour le théâtre vont être propulsés en haut de l’affiche. 

Alors outre la visite émouvante dans les décors, il y a d’autres moments très réussis comme la place accordée aux créateurs de la série David Crane, Matha Kauffman et Kevin Bright, très largement applaudis ou encore les lectures entre comédiens à la table de certaines scènes cultes de la série. On voit leur réel plaisir à jouer ensemble comme par exemple dans la fameuse scène où Phoebe à la fenêtre du futur appart de Ross (on peut voir en vis-à-vis l’intérieur de l’appart de Monica) découvre pour la première fois que Monica et Chandler couchent ensemble.

Tout n’est pas réussi dans cette émission spéciale comme l’éternelle séquence des bêtisiers, un défilé de costumes marquant de la série comme le fameux tatou de Hanuka par des guests stars pas très utiles, les passages éclairs en présentiel du comédien Tom Selleck ou en distanciel de James Michael Tyler alias Gunther ou rien ne se passe, bref mise à part le duo Lisa Kudrow et Lady Gaga autour de Smelly Cat, aucune star invitée en plateau apporte une plus-value. 

S'il y a donc des moments sympathiques et touchants, dans ce show un peu trop ficelé, il est dommage de voir Matthew Perry et Courteney Cox un peu absents et qui ne disent pas grand-chose contrairement aux quatre autres beaucoup plus à l’aise dans l’exercice. 

Mais le plus intéressant, au fond, c’est ce que cette émission révèle de l'effet miroir générationnel que Friends porte en elle. 

Car si la série a tout changé dans la vie du casting, à travers aussi des témoignages de fans venus du monde entier, ces retrouvailles rappellent à quel point, elle a eu un véritable impact sur la vie des téléspectatrices et des téléspectateurs.

Dans l’histoire de la sitcom Friends arrive après d’autres séries importantes, sans le Mary Tyler Moore Show dans les années 70 où le personnage principal annule son mariage pour tenter sa chance dans une vie professionnelle dans une télé locale, il n’y aurait peut-être pas eu le personnage de Rachel et sans Cheers, la série qui célébrait l’amitié dans un bar durant 11 saisons entre 1982 et 1993, déjà sur NBC, il n’y aurait sans doute pas eu Friends non plus.

En revanche, jamais cette génération de jeunes adultes n’avait été aussi bien représentée et racontée. 

Moins conservatrice et plus progressiste que dans les précédentes sitcoms américaines, très souvent familiales, Friends normalise plus librement l’homosexualité, comme avec l’ex-femme de Ross ou amorce la question transgenre via le père de Chandler. Un succès qui va permettre à la sitcom américaine d’ouvrir d’autres champs des possibles dans la sitcom plus inclusive comme par exemple The Big Bang Theory

Dans le registre de la sitcom grand public diffusée sur une chaine gratuite, Friends a donc ouvert des portes et toute une génération qui s’y est reconnue, personnellement, quand j’ai découvert Friends en France en 1996, j’avais 21 ans et comme eux, quand la série s’est arrêtée j’avais la trentaine et des enfants. 

Devant les retrouvailles Friends, comme eux, je me suis reconnu, 17 ans plus tard, comme eux, j’ai pris du bide et j’ai vieilli, comme eux, je suis nostalgique de cette époque mais comme eux je n’ai pas forcément envie de la revivre, car j’aspire à d’autres aventures.  
Et c’est ce que démontre au final ce programme à la fois un peu réussi et un peu raté … comme nos vies. 

Références

L'équipe

Benoît Lagane
Production