Alexandre Astier : "Je ne cherche pas à être en bons termes avec moi-même"

Alexandre Astier, auteur, réalisateur, acteur
Alexandre Astier, auteur, réalisateur, acteur ©AFP - Joël Saget
Alexandre Astier, auteur, réalisateur, acteur ©AFP - Joël Saget
Alexandre Astier, auteur, réalisateur, acteur ©AFP - Joël Saget
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Série, livres, cinéma...rien ne semble résister à sa force créative : Alexandre Astier nous donne dans l'Embellie quelques clés magiques ouvrant les portes de son imagination.

L'invité est acteur, réalisateur, producteur, scénariste, compositeur, musicien, démiurge et roi, notamment sous le nom d'Artur dans la série télévisée Kaamelott, dont l'adaptation au cinéma est sortie cet été.

Être ou ne pas être en bon terme avec soi

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Eva Bester : Etes-vous content d'avoir été mis au monde ?

Alexandre Astier : "Oui, je suis content d'avoir été mis au monde, mais c'est un "oui" qui contient plein de petits "non". Je ne suis pas en bons termes avec moi-même. Je ne cherche d'ailleurs pas trop à l'être. Je fais un métier dans lequel ce n'est pas très gratifiant. Pour bien l'exercer il vaut mieux regarder ce qui ne va pas.

Et au fond, je ne crois pas les gens qui se prétendent vivre en accord avec eux-mêmes. Ils ne le sont pas c'est très bien comme ça."

Un esprit… armé pour nettoyer des vitres !

EB : Qu'est-ce qui vous donne envie de vous lever ?

AA : "En l'occurrence, je ne suis pas sûr d'avoir envie de me lever. Souvent, je préférerais rester couché. Je suis bien dans mon lit, je ne dors pas assez à mon goût et je n'ai pas la folie d'aller faire plein de choses.

Jouer me donnerait envie de me lever. Mais jouer dans le sens puéril du terme, c'est à dire de faire des jeux. Je n'ai jamais eu de période aussi heureuse que ma petite enfance où je jouais seul. J'adore tester de nouveaux objets, me lancer dans l'inconnu, apprendre des choses…

Donc je me lève content si je sais qu'il va y avoir quelque chose de nouveau à tripatouiller, à chercher, à creuser, à démonter et à remonter.

Je m'arrange pour que le parcours qui me mène du lit à la création de séries ou de films,  soit un jeu. Je n'y arrive pas tout le temps, et parfois, c'est ennuyeux.

Je joue toujours aux lego, même si je me les fais piquer par mes enfants. Heureusement, les fabricants m'en envoient. Ce jeux de brique me permet de penser et apporte un résultat parfait.

C'est gratifiant comme laver des vitres.

J'ai un esprit qui aime bien les résultats finis et j'ai un métier qui est totalement imperméable aux résultats terminés. Musicalement, vous ne pouvez pas affirmer que vous avez fini votre orchestration. Au cinéma, c'est pareil, vous pouvez toujours améliorer un texte. La mise en scène, c'est imprécis. Et le montage… Cela peut durer des années.

J'ai dû me tromper de métier. C'est pour cela que je ne peux pas me lever. Si je lavais des vitres, ce serait plus facile."

L'école

Eva Bester : Est-ce que vous aimez le monde dans lequel vous vivez ?

AA : "Je ne suis pas sûr. Il ne faut pas exagérer. En tous les cas parmi les choses que j'aimerais changer, il y a l'instruction. Je ne sais pas comment. Mais quelque chose ne va pas dans ce domaine-là. Les individualités y sont gommées. En tous les cas, c'est comme cela que je l'ai vécu.

Au collège c'était affreux, terrible… J'étais malheureux comme les pierres d'y aller.  On m'a dit plusieurs fois que je serais un bon à rien, que je ne ferai rien de ma vie.

Mais ce n'est pas correct de faire croire à un enfant que sous prétexte qu'il ne rentre pas dans le système scolaire, il ne rentre dans aucun. Je suis rentré ensuite dans plusieurs systèmes menés par des gens chouettes qu'on n'avait pas forcément besoin d'appeler professeur.

Parmi les personnes qui n'y arrivent pas à l'école, il y a des gens intéressants. Il faudrait trouver une manière d'instruire en disant : "Tu n'aimes pas ce qu'on raconte, tu n'as pas envie de venir, on va trouver un autre moyen"

Il y a trop de personnes qui se trouvent sur la touche parce qu'ils pensent qu'ils ne correspondent pas. Pour moi, c'est l'instruction qui ne leur correspond pas et pas l'inverse.

Sortir la langue des chevaliers de la Table ronde de la littérature pour la rendre accessible

AA : "Les gens connaissent du Moyen-âge, des dialogues écrits "en français de bouquin" qui n'a jamais existé. Dans l'inconscient collectif, cette langue est même devenue réaliste. Or, un "parler populaire" de tous les jours devait exister.

En faisant parler normalement mes personnages médiévaux, je crois que je restaure quelque chose d'assez proche d'une réalité supposée de la fin de l'Antiquité. Quand vous voyez les tags à Pompéi, vous voyez bien que ces gens-là ont un quotidien et qu'ils ne s'embarrassent avec des phrases alambiquées lorsqu'ils veulent exprimer quelque chose."

La suite (l'illettrisme, une cause qui lui tient à cœur, la correspondance de Bach, les films d'animation...) est à écouter...

Le film d'Alexandre Astier Kaamelott Premier Volet est disponible en VOD, Blu-Ray et DVD

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Les références

  • L'ANLCI, Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme
  • Michael Chase Walker
  • Jean-Sebastien Bach (1685-1750)
  • Un Singe en Hiver / Henri Verneuil (1962)
  • Invisible Worlds / Richard Hammonds (2010)
  • Le code informatique et les machines

"Où porter son regard..." par Eva Bester

  • Le glouton

La programmation musicale

  • Au début c'était le début - The Liminanas, Laurent Garnier et Bertrand Belin (2021)
  • When you were mine - Joy Crookes (2021)

Le générique de l'Embellie a été composé par Flavien Berger_.  _

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