Comment vit-on avec son patronyme ? ©Getty - Isabel Pavia
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Résumé

Qu'est-ce qu'un nom de famille ? On en hérite, il faut se l'approprier. Comment choisit-on le nom que l'on transmet à ses enfants ? Notre rapport aux noms parle aussi de notre société.

En savoir plus

Depuis le 1er juillet 2022, la loi facilite le changement de nom : toute personne majeure peut choisir de prendre le nom du parent qui ne lui a pas été transmis ou d'accoler les noms de ses deux parents. Une vraie rupture, car le nom n'est pas qu'un ensemble de lettres sur une pièce d'identité. Il rattache à des parents, à une lignée. Il peut évoquer un milieu social, une origine. Susciter les questions, l'admiration, la discrimination...

Le nom dit aussi quelque chose de la place des femmes dans notre société : la possibilité pour des parents de transmettre leur nom à tous les deux, séparés par un tiret, n'existe que depuis 2005 dans la loi française. Une évolution qui a permis de rendre visible les femmes dans la lignée, car la transmission du "patronyme", le nom du père, était - et reste majoritairement - l'usage par défaut.

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Et vous, qu'est-ce que votre nom dit de vous ? Est-ce un héritage qui vous est cher, important ? Racontez-nous au standard, 01 45 24 70 00, par mail ou bien laissez-nous une note vocale.

Extraits de l'entretien

Nos noms de famille nous définissent

Et souvent derrière le nom de famille se cache un aspect social. On peut à travers lui voir évoluer les usages normatifs d’une société. Pour la maîtresse de conférence en sociologie à l'université Picardie Jules Verne, Virginie Descoutures, qui a notamment réalisé une étude sociologique de la conjugalité et de la maternité dans les couples lesbiens, « avec le nom, il y a quelque chose de très matériel. Le nom est un héritage qui nous situe socialement, nationalement. Cela permet, dans des pratiques intimes, de visibiliser des personnes ».

Elle en a profité pour préciser un point matrimonial : « C’est une notion tout à fait folklorique. Le nom de jeune fille n’existe pas. Les femmes naissent, vivent et meurent avec leur nom de naissance. D'ailleurs le Conseil d'État a demandé en 2012 à ce qu'on n'utilise plus cette expression. »

Les noms de famille nous préexistent

Pour la sociologue et écrivaine Kaoutar Harchi, le nom pose le problème des imaginaires qu’il convoque : « Le nom de famille est quelque chose qu'on reçoit et que l'on n'a pas choisi. Le nom de famille, le nom du père, nous attendait avant même que nous soyons arrivés. Une fois au monde, il devient naturellement, ou par une forme de naturalité sociale, le nôtre. Donc ce nom, on le porte en arrière.

En plus des problématiques d'ordre féministe que pose ce nom hérité, sorte de manifestation de la domination masculine, il induit une question ethno-raciale. Quand vous prononcez des noms de famille dont la consonance serait étrangère, qu'elle le soit ou qu'elle ne le soit pas, il y a tout à coup, un imaginaire qui surgit, avec des pensées, et des représentations mentales qui viennent à l'esprit des personnes qui entendent, ou qui lisent ce nom, sans voir la personne qui le porte. »

Le nom de la mère rarement donné

Virginie Descoutures rappelle que « depuis la loi mars 2002, entrée en vigueur en 2005, les enfants peuvent recevoir le nom de leur mère. Pour la première fois de l'histoire en France, les femmes peuvent transmettre leur nom sans que cela signifie que le père n'a pas reconnu les enfants. Ce même texte autorise la transmission du double nom dans l'ordre choisi par les parents ». Néanmoins, lors de ses recherches, elle a constaté que 83% des enfants portent seulement le nom de leur père. A peine 10% portent le double-nom et, dans la grande majorité des cas, ce double-nom fait apparaître celui du père en premier. Les enfants de l'artiste Emilie Chedid font donc partie des 1,5% pour lesquels le nom de la mère apparaît en premier. A noter qu'il reste 7% des enfants ne portant que le nom de leur mère - les raisons sont multiples (choix des parents, mère célibataire, couple lesbien...).

Virginie Descoutures s’interroge : pourquoi, alors qu’un droit est donné à des personnes, elles ne s’en saisissent pas ? « Le droit n'est pas complètement égalitaire dans la mesure où ce qui aurait été vraiment égalitaire, est qu'à la naissance des enfants, en l'absence de manifestation à l'officier d'état civil, les enfants portent le double nom, par exemple dans l'ordre alphabétique. Et puis, si on veut uniquement le nom de transmettre le nom de la mère, ou du père, il faudrait le dire.

Or l'usage est que si la filiation est établie simultanément à l'égard des deux parents, ce qui est dans la grande majorité des cas, le nom du père est transmis. Et beaucoup de personnes ignorent la possibilité de donner le nom de la mère.

Depuis le 1ᵉʳ juillet, on peut choisir d'accoler les deux noms dans l'ordre que l'on veut. On peut choisir l'un des noms des deux parents. »

La suite est à écouter...

Les invité.e.s

Virginie Descoutures, maîtresse de conférence en sociologie à l'université Picardie Jules Verne, membre du centre de recherche Curapp-ESS.

Kaoutar Harchi, sociologue et écrivaine. Son dernier livre, récit autobiographique, s'intitule Comme nous existons (Actes Sud, 2021).

Emilie Chedid, illustratrice, autrice-réalisatrice.

Références

Programmation musicale

  • 10h23
    Amour velours (radio edit)
    Amour velours (radio edit)
    Julien Gasc
    Amour velours (radio edit)
    Album Amour velours (2022)
    Label CORPS DOUBLE
  • 10h39
    The dealer
    The dealer
    NILUFER YANYA
    The dealer

    Album Painless (2022)
    Label ATO RECORDS
  • 10h57
    On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime
    On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime
    LOUIS CHEDID
    On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime

    Album Louis,Matthieu,Joseph & Anna Chedid (2015)
    Label RIVIERA (474 807 1)

L'équipe

Eva Roque
Production
Étienne Bertin
Réalisation
Mahaut de Butler
Collaboration
Anna Massardier
Collaboration