Portrait de l'écrivaine, chanteuse, et compositrice Lola Lafon
Portrait de l'écrivaine, chanteuse, et compositrice Lola Lafon ©AFP - Joël Saget
Portrait de l'écrivaine, chanteuse, et compositrice Lola Lafon ©AFP - Joël Saget
Portrait de l'écrivaine, chanteuse, et compositrice Lola Lafon ©AFP - Joël Saget
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Pour forcer le silence, tenter de dépasser l'indicible, l'écrivaine signe "Quand tu écouteras cette chanson" (Stock), sur Anne Frank, et sur sa propre histoire familiale.

L'écrivaine Lola Lafon se dit obsédée par la figure de la jeune fille, que l'on voit apparaître partout – notamment dans la publicité – mais que l'on n'écoute pas. Cette obsession se retrouve dans les livres qu'elle a écrit, sur la jeune gymnaste roumaine Nadia Comaneci, La Petite Communiste qui ne souriait jamais, en 2014, sur Patty Hearst, enlevée par un mouvement révolutionnaire d'extrême gauche et qui s'est ralliée à la cause de ces preneurs d'otages dans le livre Mercy, Mary, Patty, en 2017, et puis dans le livre qui vient de sortir sur Anne Frank, Quand tu écouteras cette chanson, un roman biographique.

Lola Lafon tient à restituer la vérité de grandes figures féminines qui ont été soit complètement déformées dans leur accès à leur propre vérité, soit complètement invisibilisées.

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Le beau livre qui sort dans cette rentrée s'intitule Quand tu écouteras cette chanson, publié chez Stock dans la collection "Ma nuit au musée". Le concept est qu'un auteur est invité à passer une nuit au musée, avec pour seule compagnie les œuvres. La romancière a passé une nuit dans l'annexe du musée Anne Frank à Amsterdam, lieu dans lequel la jeune fille avait vécu.

Redonner à Anne Franck sa vérité

Lorsque l'on a proposé à Lola Lafon de passer une nuit dans un musée, elle a choisi de s’enfermer dans un petit appartement vide, à Amsterdam, celui dans lequel Anne Franck a écrit son journal et fut arrêtée. Elle est restée dix heures dans cet endroit.

Durant l'écriture de ce livre sur Anne Frank, elle fait quelques découvertes. Elle a regretté que l'icône, l'image sur la photo qu'on connaît tous de la petite jeune fille à barrette très sage, assise en train d'écrire, ait écrasé son œuvre. C'est aussi ce que lui a confié le directeur du musée, Ronald Leopold, avec qui elle a échangé.

Lola Lafon a été étonnée de constater que l'histoire qui nous avait été présentée ne correspondait pas totalement à la réalité, comme elle l'explique : "c'est surtout ça qui m'a renversée, c'était de tomber sur les preuves les plus factuelles de la façon dont cette histoire a été lissée pour devenir universelle. Ça, je ne m'y attendais pas du tout. Et d'apprendre finalement qu'Anne Frank, qu'on aime tellement aujourd'hui, c'est une construction hollywoodienne. Parce que la vraie Anne Frank, elle est autrement plus acide, elle est autrement plus irrévérencieuse. Elle sait tellement de choses sur les adultes, elle comprend tellement de choses sur l'antisémitisme, sur le nazisme."

L'autrice explique par exemple que ceux qui ont adapté le texte à Broadway à la fin des années 1950 étaient spécialistes des comédies familiales et ont édulcoré son histoire.

Ne pas s'approprier Anne Frank

Pour Lola Lafon, c'est important de ne pas s'approprier la figure d'Anne Frank, bien sûr de ne pas la remettre dans l'ombre non plus mais de la faire descendre d'un piédestal. Elle explique : "Je ne crois pas que nous sommes Anne Frank. Quand j'écrivais justement, je me disais qu'il fallait à tout prix éviter les parallèles. C'était une obsession... Qu'elle n'était pas à moi, qu'elle n'est pas aux historien, qu'elle n'est à personne et que c'est très compliqué, justement, d'essayer de lui restituer quelque chose qui serait uniquement à elle."

L'écrivaine raconte aussi son expérience sur place, à Amsterdam. La veille de sa nuit au musée, il y avait une manifestation devant le musée Anne Frank contre le pass sanitaire et les manifestants arboraient des portraits d'Anne Frank en se comparant à elle, en disant "Nous sommes tous Anne Frank, puisque nous sommes confinés". Pour Lola Lafon, c'était terrible.

Le journal d'Anne Frank n'était pas vraiment un journal

Lola Lafon a rencontré une des dernières personnes à avoir connu vraiment Anne Frank. Il s'agit de Laureen Nussbaum, qui est une très grande spécialiste du journal et qui a été une amie des sœurs Franck. Elle lui a apporté des précisions sur la rédaction du journal et surtout sur sa réécriture.

En mars 1944, Anne Frank a entendu le discours d'un ministre sur "Radio Orange", la radio clandestine, qui demandait aux habitants des Pays-Bas de conserver leurs écrits parce que ça ferait preuve. Et Anne Frank se serait alors dit, selon son amie, que son journal pourrait être publié. Elle l'a donc retravaillé grandement, s'adressait à des lecteurs et en ce sens c'est une véritable œuvre.

🎧 Écoutez ce passionnant échange entre Laure Adler et Lola Lafon dans son intégralité...

Musiques :

  • "Candy", Rosalia
  • "Anne, ma sœur Anne", Louis Chedid
  • "Nelly", Pomme

Archives :

  • Archive INA du 22 septembre 1978 : George Perec  évoque son enfance et la mort de ses parents au moment de W ou le Souvenir d’enfance.
  • Archive INA de 2010 : Imre Kertész sur la confiscation de son histoire.
  • Archive INA de 1982 : Simone Veil et sa crainte vis-à-vis de la transmission.
  • Archive INA du 5 mars 2015 : Rithy Panh à propos du passé douloureux.

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