L'écrivaine russe Lioudmila Oulitskaïa (Paris, 15 mars 2018)
L'écrivaine russe Lioudmila Oulitskaïa (Paris, 15 mars 2018) ©AFP - Joël Saget
L'écrivaine russe Lioudmila Oulitskaïa (Paris, 15 mars 2018) ©AFP - Joël Saget
L'écrivaine russe Lioudmila Oulitskaïa (Paris, 15 mars 2018) ©AFP - Joël Saget
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Entretien double avec l'écrivaine russe Lioudmila Oulitskaïa, qui s'oppose à la politique du Kremlin depuis de nombreuses années et l'écrivain français d'origine russe Iegor Gran, fils d'Andreï Siniavski, écrivain et dissident soviétique, qui a survécu au goulag.

Avec

Lioudmila Oulitskaïa

Figure emblématique de la littérature russe, plusieurs fois primée à l'étranger et lue dans le monde entier, Lioudmila Oulitskaïa a vécu sous Staline, Khrouchtchev, Brejnev, Andropov, Gorbatchev, Eltsine et Poutine. Depuis quelques années elle s'est engagée politiquement contre le Kremlin et l'homophobie depuis de nombreuses années maintenant, et a pris publiquement la défense du metteur-en-scène assigné à résidence Kirill Serebrennikov. Cet engagement lui a valu des attaques de la part de militants pro-Poutine en 2016. A l'heure actuelle Lioudmila Oulitskaïa a quitté la Russie.

Dans une tribune, publiée par L'Obs, Lioudmila Oulitskaïa prend position contre la guerre en Ukraine et dénonce le destin d'un pays "dirigé par la folie d'un seul homme et ses complices dévoués", affirme sa honte devant cette situation qui pourra "entraîner d'immenses malheur pour toute l'humanité", et appelle tout un chacun à résister à la "propagande mensongère dont tous les médias inondent notre population."

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Traduction assurée par Alissa Kats

Je pense que à tous les niveaux de la société, pas seulement chez les intellectuels, mais aussi parmi les travailleurs, Vladimir Poutine n'est pas quelqu'un qui a beaucoup de succès. Mais il n'y a pas de doute, il remportera la prochaine élection de 2024, il s'agit d'une manipulation assez habile. Je pense que la Russie devra malheureusement vivre encore longtemps avec ce pouvoir et sous ce pouvoir.

Iegor Gran

Arrivé en France à l'âge de dix ans, Iegor Gran est le fils de l'écrivain russe Andreï Siniavski, devenu dissident soviétique. Devenant écrivain à son tour, Iegor Gran mêle humour noir, littérature sous contrainte et histoire familiale.

Il a obtenu le Grand Prix de l'Humour Noir en 2003, pour son livre ONG !, qui raconte une guerre entre deux ONG siégeant dans le même immeuble, a abordé la polémique autour du réchauffement climatique avec L'Ecologie en bas de chez moi, (2011), et a publié La Revanche de Kevin, sur un personnage qui vit mal le fait de s'appeler Kevin (2015). Il a aussi publié en 2006 Les Trois Vies de Lucie, que le lecteur peut lire de trois façons différentes, puisque trois histoires différentes apparaissent selon que l'on lit les pages de droite, de gauche, ou le livre entier.

En 2020, Iegor Gran a publié Les Services Secrets, un roman qui retrace les tourments qu'a vécu son père, l'écrivain russe Andreï Siniavski, devenu dissident soviétique lorsqu'il fit publié en 1959, dans la revue française Esprit, un pamphlet contre le réalisme socialiste et le régime soviétique. Les services soviétiques ont cherché pendant de nombreuses années son identité… Il finalement été arrêté en 1965 par le KGB, et fut envoyé dans un camp de travail, avant d'être libéré en 1972 et d'être invité à quitter le pays par le KGB.

Il vient de publier Le Journal d'Alix aux éditions P.O.L. (janvier 2022), un roman dans lequel Alix, jeune fonctionnaire développe le fantasme secret de "manger un homme"…

Il y a des défilés avec des portraits de Staline, un culte de Staline qui revient qui est absolument effrayant. On efface la mémoire des crimes staliniens. La grande ONG "Memorial" qui enquêtait et rassemblait des éléments sur des millions de morts, vient d’être liquidé. On met le sceau du secret sur tous les tortionnaires du NKVD, on ne peut plus avoir accès aux archives des années 1930. Et ce qui est effrayant c’est le nouveau hashtag qui vient d’être lancé par les Russes, "Nous n’avons pas honte"…

Secrets d’info
35 min

Archives

  • Jean-Marie Domenach : faire l'Europe c'est faire quelque chose qu'on n'a jamais fait encore - Emission « Mise au point », sur France Culture, le 10 avril 1990
  • Andreï Siniavski, sur la disparition progressive des témoins de ces camps, la dureté du travail, la raison pour laquelle il a été puni en vertu de l'article 58 - Emission « Culture Matin », sur France Culture, le 23 avril 1986
  • Hannah Arendt sur la banalité du mal - Archive Ina non identifiée

Programmation musicale :

  • Soldat, de 5Nizza
  • Oy U Luzi Chervona Kalyna (feat. Boombox) (Army Remix)
  • La fièvre noire, de Laura Cahen
  • Générique de l'émission : Veridis Quo, des Daft Punk

L'équipe