L'actrice Isabelle Huppert à Paris, le 2 octobre 2021. ©AFP - Christophe ARCHAMBAULT
L'actrice Isabelle Huppert à Paris, le 2 octobre 2021. ©AFP - Christophe ARCHAMBAULT
L'actrice Isabelle Huppert à Paris, le 2 octobre 2021. ©AFP - Christophe ARCHAMBAULT
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Résumé

"Les Promesses" réalisé par Thomas Kruithof qui a travaillé avec Jean-Baptiste Delafon, le co-créateur de "Baron noir"est une bonne occasion de retrouver Isabelle Huppert dans l'Heure Bleue avant, bien sûr, d'aller découvrir le film le 26 janvier.

avec :

Isabelle Huppert (Actrice française).

En savoir plus

Après La Mécanique de l’ombre, qui explorait l’univers des services secrets, le réalisateur Thomas Kruithof a choisi de raconter l’envers du décor de la politique. De la gestion locale, au plus près du terrain, aux jeux de pouvoirs des palais parisiens, Les Promesses offre un regard instructif sur le quotidien de ces hommes et femmes qui, pour certains, s’activent afin d’obtenir nos voix dans quelques semaines.

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L'histoire : Clémence, maire dévouée et pugnace d'une ville pauvre du 93, vit les derniers mois de sa carrière politique. Aidée de son brillant et fidèle bras droit, Yazid, elle se bat avec passion pour sauver un quartier de la ville, miné par l'insalubrité et les “marchands de sommeil”. Mais quand Clémence est pressentie pour devenir Ministre, une ambition jusqu'ici refoulée se fait jour, mettant à l'épreuve son rapport à l'engagement politique ainsi que son amitié avec Yazid.

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41 min

Pour son dernier film, le réalisateur a choisi l'une des "reines" du cinéma français et internationale, Isabelle Huppert, qui après s’être transformée en dealer improvisée dans La Daronne, incarne une élue locale, aux côté de Reda Kateb dans le rôle de son assistant issu des banlieues.

Extraits de l'entretien

Les livres

Isabelle Huppert : "Quand je pense à mon chemin de lecture, je me dis que je n'aurais jamais lu autant de livres que je le voudrais. On ne peut pas tout lire. C'est triste. D'une certaine manière, c'est un monde tellement vaste. C'est un continent, ou plusieurs continents. Mais peut-être qu'il suffit d'un seul livre pour vous aider à vivre.

Le silence et la voix sur scène

Le cinéma permet peut-être presque une supériorité du silence sur le langage. Au théâtre on peut aussi se taire. Mais souvent, on ne se l'autorise pas. On pense qu'on n'a pas le droit, qu'il faut tout le temps remplir l'espace avec des mots, alors qu'en fait, c'est très beau le silence au théâtre.

La voix est adressée à une partie de soi-même. Grotowski disait que : "jouer n'était pas quelque chose qui se passait entre soi et le spectateur, ni entre soi et son partenaire, ni même entre soi et soi. C'est quelque chose qui se passe entre soi et quelque chose de très mystérieux au-dessus de soi". Je ne pense pas que ça soit une phrase mystique, mais c'est toutefois quelque chose de très mystérieux.

Désirée comme actrice

Être désirée, je le comprends parce que ma vie n'est faite que de désir, et je désire moi-même. J'ai eu la chance de l'avoir été souvent. Mais je peux comprendre ce que ça veut dire de ne pas l'être. Souvent on n'est jamais autant désiré que ce que l'on voudrait. Le désir va souvent avec le manque. Et c'est sans doute tant mieux d'ailleurs, c'est aussi ce qui vous fait continuer. Peut-être que si le désir était comblé intégralement, on aurait plutôt envie de s'arrêter."

Pour qu'un metteur en scène ait envie de s'intéresser à un visage, de vouloir le filmer de voir filmer un corps, de vouloir entendre une voix… Il faut plaire. Ce n'est ni un art, ni une technique. C'est  quelque chose qui arrive ou pas, c'est tout. Donc on n'a beaucoup de prises dessus. Mais il y a aussi des choses qu'on peut faire advenir.

La confiance donnée à ceux qui l'ont choisie

Il faut être un peu perméable à la musique de l'autre. Quand je pars en Corée tourne_r La caméra de Claire_ (2018) avec Hong-Sang soo, quelque chose de son univers, de sa manière d'être résonne en moi. Et je peux lui répondre, comme si c'était un accord musical.

Dans le hors-champ se fabriquait déjà du champ. Souvent au cinéma, le film commence avant de commencer. Il y avait déjà de la poésie et de l'insolite dès le départ dans cette aventure. Ce  film était la trace presque involontaire de quelque chose qui était déjà en mouvement au départ de notre de notre rencontre.

L'enjeu du cinéma est de rencontrer quelqu'un et d'imaginer qu'on va pouvoir terminer par faire un film ensemble. Il y a un enjeu, mais c'est léger. Dans ce sens-là, je suis joueuse, curieuse

Habiter un texte

Jouer un rôle c'est habiter une maison. Toutes les pièces de cette maison, le salon, la cuisine… Mais aussi le grenier, le jardin aussi. Jouer Sarah Kane avec Claude Régy a été une aventure tellement particulière. J'ai en mémoire cette manière qu'il avait de parler du monde du silence, de la manière dont les mots devaient résonner, et de son amour de la musique dont il disait qu'elle était non-sensique. C’est-à-dire que la musique, ne faisait pas sens au sens où le langage faisait sens et que c'était cette absence qui faisait qu'elle était ouverte.

On pourrait penser que la station debout que j'occupe tout au long de la pièce a été le fruit d'une réflexion très théorique, très élaborée. En fait, c'est arrivé par hasard, peu de temps avant le début du spectacle. On avait répété très longtemps. J'avais exploré le champ des possibles sur le plateau du théâtre. Et puis, à peu près huit jours avant le début du spectacle, il m'a dit de me mettre là, où je me m'étais mise le plus souvent.

Ni muse, ni servante

Il n'est question ni de l'un, ni de l'autre. Jouer c'est rentrer dans un monde. Rentrer dans leur jeu, est une démarche intellectuelle, un peu abstraite. Souvent, c'est une démarche qui consiste à comprendre l'abstraction. Et c'est peut-être quelque chose je comprends bien. Et il le faut pour travailler avec quelqu'un comme comme Bob Wilson ou Haneke.

Actrice

Catherine Deneuve dit qu'être actrice c'est de durer et de trouver une fraîcheur dans chacun des nouveaux rôles. Je suis d'accord avec cette définition, à condition qu'on en ait envie. Il y en a aussi. Il y a ceux qui préfèrent s'arrêter d'eux-mêmes comme Greta Garbo.

La Cerisaie de Tchekov

Cette pièce ne cesse de questionner les gens à toutes les époques, quelle que soit la manière dont on la montre. Elle est dans le double mouvement constamment. Elle est à la fois nostalgique et en même temps, elle fait aussi confiance au futur, avec toute la mélancolie, toute la tristesse que ça peut comporter. Dont personne ne fait l'économie. On croit au monde futur aussi. Donc, je crois que c'est ce double mouvement perpétuel dans la pièce, quelque chose qui nous tire en arrière et qui nous propulse en avant, que Lioubov ressent complètement en elle-même.  C'est la définition de la vie, sans doute

Interprète des états d'âme

Je ne suis pas artiste, non. C'est un mot qui m'a toujours gêné et je ne peux pas m'attribuer. Interprète des états-d'âmes, oui plutôt.

"Qu'avez-vous appris, en tant qu'actrice ?"

C'est une question qu'on pose souvent. Mais elle est tellement déprimante pour moi. La réponse est : rien. On n'apprend rien. Je peux apprendre, comme tout le monde, une recette de cuisine. Ça m'apprend quelque chose. Mais personne ne peut vous apprendre à jouer. Non, ce n'est pas comme ça que ça se passe. En tous les cas, c'est mieux."

Musique

  • Grandiose, de Pomme
  • Well, Did You Evah (High Society), de Frank Sinatra et Bing Crosby
  • Vertiges, de Malik Djoudi

Archives

  • Nathalie Sarraute sur l’écriture et les Tropismes – Archive de l’émission Parti pris, sur France Culture, le 26 mai 1976
  • Claude Régy sur son travail de metteur en scène – Archive INA datée du 22 février 1973
  • Roni Horn sur son travail avec Isabelle Huppert – Archive tirée d’une vidéo documentaire du Museum De Pont (Pays-Bas) le 29 février 2016

Générique Veridis Quo des Daft Punk

Références

L'équipe

Laure Adler
Production
Marie Clément
Stagiaire
Céline Villegas
Coordination