Le peintre David Hockney en conférence de presse au musée Van Gogh, à Amsterdam, le 27 février 2019.
Le peintre David Hockney en conférence de presse au musée Van Gogh, à Amsterdam, le 27 février 2019. ©AFP - Robin UTRECHT / ANP
Le peintre David Hockney en conférence de presse au musée Van Gogh, à Amsterdam, le 27 février 2019. ©AFP - Robin UTRECHT / ANP
Le peintre David Hockney en conférence de presse au musée Van Gogh, à Amsterdam, le 27 février 2019. ©AFP - Robin UTRECHT / ANP
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À l'occasion de son exposition "David Hockney - A Year in Normandie" au musée de l'Orangerie qui aura lieu jusqu'au 14 févier 2023, l'Heure Bleue reçoit une star de la peinture : le britannique David Hockney.

David Hockney, toujours aussi élégant, a plus d'une œuvre à son arc. En plus d'être un peintre émérite à l'œuvre reconnue internationalement, et d'être le peintre anglais vivant le plus connu au monde, rappelons aussi que l'homme n'est pas que praticien, il est aussi historien de l'art. Il y a quelques années, il a mené des travaux sur les techniques perdues des maîtres anciens, et postulé, dans Savoirs secrets, que Dürer, Ingres, Holbein ou encore Vermeer auraient utilisé des lentilles et des miroirs pour peindre.

David Hockney s’est essayé à plusieurs pratiques de la peinture et de l’art. Il est intéressé par tous les procédés de fabrique de l’image. De la peinture à l’huile à l’acrylique, de la photographie aux Polaroïds, du fax à l’ordinateur, et depuis 2010, l’iPad et une imprimante. C’est en effet à l’iPad que le peintre a réalisé la majeure partie de ses œuvres de la série « Ma Normandie » puis de "A Year in Normandie". 

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La genèse de ce projet ? En mars 2020, accompagné de son chien Ruby, il décide de revenir dans sa maison de Normandie, qu’il nomme La Grande Cour,  le confinement sera un moment de bonheur pour lui. Pendant quatre mois, David Hockney ne pense qu’à ce printemps en Normandie. Il s’est consacré entièrement à son travail et n’a bougé de sa Normandie ni physiquement, ni mentalement. 

L’histoire du printemps achevée en juillet 2020, assemblée dans la collection « Ma Normandie », David Hockney a choisi de continuer cette histoire en racontant l’arrivée de chaque saison en Normandie. 

Pour aller admirer les œuvres de ce grand artiste, rendez-vous jusqu'au 14 févier 2023, au musée de l'Orangerie dans l'exposition " David Hockney - A Year in Normandie" au musée de l'Orangerie 

Extraits de l'entretien 

La peinture est-elle la description de la réalité ? 

C'est une tentative, ce n'est pas toujours la réalité. La réalité est très complexe, il faut la regarder. Je savais dessiner, plutôt bien. Mais quand je suis allé à l'école des Beaux-Arts, je me suis rendu compte que l'enseignement du dessin, c'était l'enseignement du regard.

Et ça m'a permis de mieux dessiner il y a 70 ans. J'étais très attentif, je suis rentrée aux Beaux-Arts à 16 ans et j'ai fait exactement ce qu'on m'a demandé de faire. Je suis probablement l'une des dernières personnes à dessiner de cette manière. 

Vous faite de la peinture "plate". Pouvez-vous l'expliquer ? 

Toute peinture est abstraite.

Toute chose est une abstraction quand elle est sur une surface plane. Je voulais faire quelque chose sans perspective parce que la perspective aurait interrompu le temps. Le temps ne peut exister dans l'espace et dans l'espace tout bouge, tout. 

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Un désir profond de solitude

Comment ressentez-vous l'écoulement du temps ? Est-ce que vous avez eu la vie que vous auriez eu envie d'avoir quand vous étiez très jeune ? 

Oui, j'ai eu la vie que je voulais avoir quand j'étais très jeune. Je peux dire qu'au cours des 65 dernières années, j'ai fait ce que je voulais faire chaque jour de ma vie. Il n'y a pas beaucoup de gens qui peuvent le dire, mais moi je peux. Mais je n'ai pas eu de famille… J'ai travaillé tous les jours. 

Où avez-vous préféré vivre ? Aux Etats-Unis, en Angleterre, en France ? 

J'ai quitté l'Angleterre en 1963, parce que des gens m'ont demandé de faire autre chose [que de la peinture]. Ils me disaient "pourquoi vous ne faites pas de télé?" Mais moi je ne voulais pas faire ça, donc j'ai déménagé, je suis allé m'installer à Los Angeles, où personne ne me connaissait, j'ai donc pu continuer à travailler. 

Finalement, je suis rentré en Angleterre pour un certain temps, ensuite à Paris. C'était très bien, personne ne me rendait visite. Puis ça a commencé, donc j'ai fait mes bagages, je suis rentré à Londres, où personne ne savait que j'étais là. 

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Et c'est l'histoire de ma vie, j'ai toujours changé de lieu à cause du travail. Mais ces derniers temps, je suis venu en Normandie. Nous étions d'abord à Honfleur et je me souviens regarder un coucher de soleil extraordinaire sur l'estuaire de la Seine. 

C'était aussi clair que du Van Gogh c'était merveilleux. 

Et nous sommes allés voir la tapisserie de Bayeux et ça m'a fasciné parce que ça encapsule 2 ans et demi en un seul tableau, et j'ai dit que je pourrais faire l'arrivée du printemps en Normandie. 

Nous avions une maison en Normandie, c'était parfait, c'était comme la maison des Trois petits cochons ou des Sept nains. 

En Normandie, la nature comme inspiration

Quand je suis arrivé dans cette maison, le lendemain j'ai commencé à peindre, j'ai peint tout autour de la maison. D'une certaine manière, le printemps était déjà passé quand j'ai commencé à peindre. Je me suis dit que j'allais le peindre en 2020. 

Je suis revenu à Londres et 15 jours après, le confinement a débuté mais ça m'était égal d'être dans un lieu isolé. J'avais mes deux assistants auprès de moi et pas de visiteurs, et ça c'était un bonus fabuleux. 

Je suis allé de l'avant et j'ai crée 116 images sur l'iPad. 

J'ai commencé à dessiner l'été puis l'automne, et puis l'hiver, et j'ai fait 220 tableaux. Et c'est un travail de tous les jours, et c'est à partir de ces choses-là que cette frise a été réalisée. 

C'est un peu comme la tapisserie de Bayeux. J'ai pris une image, je l'ai mise à côté de l'autre et voilà, c'est ici au musée de L'Orangerie, que vous pouvez voir un an en Normandie. 

L'iPad, un médium "parfait et fabuleux"

Si je comprends bien, pour pouvoir travailler, il vous faut des cigarettes, de la solitude et des paysages. Comment définiriez-vous le paysage ? 

Oui, j'ai besoin de beaucoup de cigarettes ! J'en ai fumé 20 par jour, et 10 le soir. Je n'ai jamais vécu dans un endroit aussi bien. Personne ne me disait quoi faire, personne ne m'interdisait de fumer.

Tout ça était peint sur un iPad. C'est tout ce dont j'avais besoin, il y avait tout dedans. Toutes les couleurs. 

C'est un médium parfait, fabuleux. L'écran est petit, mais tout doit être imprimé, dans des proportions plus importantes. Et le tableau a été imprimé avec une imprimante à jets d'encre. C'est une technique extrêmement nouvelle, c'était merveilleux pour moi. 

Toute peinture est magique, en quelque sorte. 

Quand je me réveille, je regarde où sont mes cigarettes, et j'en grille une. Dans les années 20 et 30, les marchands de morts, c'étaient les fabricants d'armes. Maintenant, ils sont à la Maison Blanche, au quai d'Orsay… Et les marchands de morts c'est Philip Morris. Je le sais, et je continuerai de fumer. 

Un quotidien lumineux

Avez-vous l'impression que vous savez capter la lumière ? 

Elle est essentielle. La lumière fait la couleur, et en Normandie tout est très verdoyant. C'est le plus bel endroit où j'ai vécu, c'est le plus bel endroit que j'ai jamais vu. 

Il faut continuer de regarder la nature, pas seulement les tableaux, la nature elle-même. 

Généralement, j'aime la vie, c'est la seule que nous ayons. Et il vaut mieux l'aimer. 

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