Portrait de Stanislas Dehaene, psychologue cognitif et neuroscientifique ©Getty - Eric Fougère/Corbis
Portrait de Stanislas Dehaene, psychologue cognitif et neuroscientifique ©Getty - Eric Fougère/Corbis
Portrait de Stanislas Dehaene, psychologue cognitif et neuroscientifique ©Getty - Eric Fougère/Corbis
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Résumé

Stanislas Dehaene dans "Face à Face avec son Cerveau" revient sur une aventure intellectuelle, la découverte et la conquête des mystères du cerveau, en partageant avec nous une centaine d’images spectaculaires.

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Stanislas Dehaene est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de psychologie cognitive expérimentale, membre de l’Académie des sciences. Il préside le Conseil scientifique de l’Éducation nationale. 

22 min

Ses travaux, qui portent sur les représentations mathématiques (numération, géométrie), la lecture et le langage, et la conscience, ont été popularisés dans différents ouvrages. Ses thèses, reprises dans les sciences de l'éducation, et leur traduction dans les pratiques pédagogiques, font l'objet de discussions parmi les spécialistes.

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A la fin des années 1980, arrivent les premières techniques d’imagerie cérébrale. Il s’engouffre dans ce champ nouveau, qui permet de visualiser le cerveau en action. Comment l’enfant apprend-il à lire ou à calculer ? Chez des patients ayant subi un coma, peut-on distinguer différents états de conscience ? 

Les découvertes s’enchaînent, scandées par une série de publications dans des revues de prestige. En 2002, Stanislas Dehaene fonde le labo de neuro-imagerie cognitive de Saclay. Avec "Face à Face avec son Cerveau" le professeur met en lumière l'extraordinaires progrès des techniques d'exploration et interroge les liens qui unissent le corps et l'esprit.

Tout le monde est intelligent

"Notre cerveau est un cerveau d'homo sapiens organisé, rappelle le neuropsychologue. Nous avons tous au départ une organisation extrêmement similaire qui fait de nous des êtres humains et un cerveau qui est très différent de celui des autres primates. Ce cerveau a des potentialités avec un héritage de l'évolution qui fait que nous avons tous, par exemple, les bases cérébrales des mathématiques. 

Nous avons tous la capacité d'apprendre les mathématiques et de ce point de vue-là, il n'y a pas de différence, par exemple, entre les garçons et les filles. 

On ne voit aucune différence à la naissance dans tous les tests qui ont été utilisés pour montrer, par exemple, la discrimination des nombres". 

Le cerveau, une galaxie en soi

Stanislas Dehaenne reconnait une légère jalousie envers ses collègues en astrophysique. Son dernier livre est né de cette envie d'explorer cet univers : "Le cerveau est formé de milliards de cellules nerveuses, 86 milliards de neurones pour l'espèce humaine. Il a fallu développer des instruments tout à fait particuliers pour le voir dans sa globalité. Un objet de l'ordre du kilo et demi, très beau, très plissé, un peu comme des empreintes digitales. Chacun d'entre nous avons avons un plissement différent.

Chaque cerveau est à la fois unique et membre de l'espèce humaine, donc avec une nature particulière, parce que les gènes ne peuvent absolument pas déterminer tous les événements de notre cerveau."

Passion cerveau

Stanislas Dehaenne avait 14 / 15 ans lorsqu'il a commencé à se poser des questions qui n'étaient pas exactement celles que se posaient ses camarades : "J'ai commencé à me demander pourquoi on faisait des erreurs en mathématiques. Et puis je me disais 'qu'est ce qui fait que mes amis à l'école ne comprennent pas forcément la même chose que moi ? Qu'est ce qui bloque et qu'est ce qui se débloque ?' C'est comme ça que j'ai commencé à m'interroger sur la psychologie. Je me souviens très bien aussi des longs trajets en voiture où je m'ennuyais un peu. 

Je me suis rendu compte que si on s'intéressait à son propre cerveau, finalement, c'est un espace infini qui s'ouvrait. On a toujours notre cerveau avec nous. On peut essayer de se comprendre soi-même. 

Il y a eu la rencontre quand même avec un livre qui a joué un rôle très important dans ma vie, c'est L'homme neuronal de Jean-Pierre Changeux.

Le neurone de Luke Skywalker

Parmi les mentors de Stanislas Dehaene, il n'y a pas seulement Jean-Pierre Changeux évoqué plus haut, il y a aussi Jacques Monod. Depuis les travaux de ce dernier, de nombreuses avancées scientifiques ont été réalisées, notamment en matière de cartographie. : "Avec l'IRM par exemple, ou d'autres méthodes comme la magnéto, l'électroencéphalographie, on voit le cerveau en activité et on découvre que ce sont des régions extrêmement différentes qui s'occupent de différentes activités cognitives : lire, parler, compter. 

On découvre vraiment une cartographie fonctionnelle extraordinairement fine. J'ai reproduit certaines de ces cartes, qu'on appelle sémantiques, ou on découvre que selon que vous pensiez à un chiffre ou vous pensiez à une personne, que vous pensiez à un animal, que vous pensiez à un objet. Ce n'est pas du tout les mêmes régions du cerveau qui vont s'activer." 

Jacques Monod parlait des mystères du cerveau et si l'on a énormément progressé, des mystères reconnait Stanislas Dehaenne, il en reste beaucoup : "On ne comprend pas comment le cerveau humain code un symbole. C'est aussi simple que ça. Je montre par exemple dans le livre un neurone spécialisé pour Luke Skywalker, c'est quand même extraordinaire. 

Nous avons tous dans notre tête un concept de Luc Skywalker et on trouve des neurones qui ne répondent qu'à Luke Skywalker.

Presque. Parce qu'ils répondent aussi à Yoda. Donc, ils répondent à un autre maître Jedi. 

On comprend qu'il y a des neurones qui sont dédiés à des concepts, mais on ne comprend pas très bien comment leur agencement permet de faire un traitement symbolique et permet, par exemple, de comprendre les phrases du langage. La question de la représentation des langages est vraiment encore très ouverte aujourd'hui."

22 min

Choix musicaux : We have all the time in the world par Louis Armstrong 

Musiques : 

  • Love on the brain de Rihanna 
  • Santé de Stromaé 

Extrait : 

  • Archive INA du 20 février 1971 : Jacques Monod parle des mystères du cerveau : la régénération, la mémoire etc. 
  • Archive Ina du 29 mai 1976 : Jacques Lacan à propos de l’inconscient, de la science et du langage.
  • Archive du 5 décembre 2017 : Reportage à Calais, une classe de CP en éducation prioritaire expérimente une nouvelle méthode d’apprentissage de la lecture
  • L’heure bleue du 24 octobre 2017 : Jean-Pierre Changeux explique qu’il n’oppose le naturel et le culturel pour le cerveau et qu’on est loin d’avoir des ordinateurs aussi performants que le cerveau humain.