Portrait du réalisateur, scénariste, monteur, producteur et directeur de la photographie suédois Ruben Östlund
Portrait du réalisateur, scénariste, monteur, producteur et directeur de la photographie suédois Ruben Östlund ©AFP - Joël Saget
Portrait du réalisateur, scénariste, monteur, producteur et directeur de la photographie suédois Ruben Östlund ©AFP - Joël Saget
Portrait du réalisateur, scénariste, monteur, producteur et directeur de la photographie suédois Ruben Östlund ©AFP - Joël Saget
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Le réalisateur suédois Ruben Östlund est au micro de Laure Adler pour son nouveau film, "Sans filtre", qui a reçu la Palme d'Or au festival de Cannes cette année.

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Le premier film de Ruben Östlund, The guitar mongoloid, en 2004, décrivait quelqu'un qui était en marge. Son deuxième film, qui porte un titre très ironique, Happy Sweden, était déjà une réflexion très profonde sur le statut de l'image, sur le téléphone portable, sur la manière dont les très jeunes utilisent leur propre image et font de l'exhibition à partir de leur propre corps, dans des moments où ils sont eux-mêmes très déstabilisés par rapport à leur identité. Son troisième film Play brillait aussi par sa singularité et sa noirceur. Dans Snow Therapy, il s'intéressait aux liens familiaux. Avec le film The Square, Ruben Östlund dénonçait les mœurs de l'art contemporain et obtenait sa première Palme d'Or.

Ce nouveau film, Sans filtre, qui avait comme titre anglais Triangle of Sadness, permet à Ruben Östlund d'obtenir sa seconde Palme d'or au Festival de Cannes.

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L'histoire de "Sans filtre"

Le film commence dans le monde de la mode où la hiérarchie est très forte. Ensuite, on se retrouve dans un yacht de luxe où il y a également une hiérarchie très forte. Dans ce bateau, il y a le pont et puis il y a les soutes. Ruben Östlund met en dialectique ces deux lieux et c'est la lutte des classes qui va s'organiser à cause d'une catastrophe. Dans la dernière partie, les personnages sont sur une île déserte et ils doivent lutter pour leur survie.

Selon Laure Adler, le film est un "brulot politique", qui dénonce le système économique occidental mais il est aussi très drôle, et en même temps très acide.

Un film qui dénonce le capitalisme ?

Le film propose des questionnements sociaux très profonds sur ce qui oppose les classes sociales. Ruben Östlund explique que ce n'est pas véritablement une dénonciation du capitalisme et tient à apporter des nuances sur son intention :

"Lorsqu'on parle de ces questions de droite ou de gauche, du marxisme par exemple, eh bien moi, je vois cela comme si la gauche avait un tout petit peu oublié Marx. Lorsque la gauche parle, quelle est la position politique qu'elle a ? Il semblerait que le capitalisme est fondamentalement mauvais, mais Marx était plutôt positif face au capitalisme. Jusqu'à un certain point. Ensuite, il fallait introduire un autre système, selon lui. Donc il faut bien comprendre que le capitalisme fait qu'on vit plus longtemps, il y a moins de mortalité infantile, etc. Ainsi, il semblerait que la gauche a oublié un tout petit peu oublié Marx. On dit toujours que le capitalisme est toujours mauvais et le socialisme à l'opposé, mais je pense qu'il faut avoir une vision un peu plus nuancée."

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Une musique omniprésente

Dans tous les films de Ruben Östlund, la musique a une place prépondérante, plus encore dans le dernier, Sans filtre. Le réalisateur explique pourquoi : "Lorsqu'on tourne un film, on peut diriger le public dans différentes directions grâce à la musique. Et j'aime utiliser la musique comme commentaire, quelque chose qu'on ajoute à une scène, par exemple. J'ai utilisé de la musique plutôt populaire, qui est à la mode en ce moment, et un petit peu de musique plus dure, qui est plus anarchique et qui a des expressions très dures. J'aime utiliser une musique inattendue, pas une musique de film classique avec des violons par exemple."

Pour Laure Adler, le film est polysémique, et pose d'infinies questions esthétiques, artistiques, politiques et morales. Elle s'interroge donc : est-ce une charge contre l'art contemporain ? Est-ce un film sur les frontières de la morale et de la liberté ? Est-ce un film sur les dégâts de la société capitaliste ultralibérale ? Est-ce un film qui dénonce la société bourgeoise actuelle en Suède, qui se réfugie dans ses propres privilèges et qui ne veut pas savoir comment les plus pauvres vivent à leurs marges ? Est-ce une réflexion sur les détritus, tous les détritus que nous fabriquons ?

🎧 Pour avoir des éléments de réponses, écoutez cet entretien passionnant dans son intégralité...