Ruptures
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Ruptures - Arthur Gosset
Ruptures - Arthur Gosset
Ruptures - Arthur Gosset
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À l'approche de l'entrée dans la vie active, les élèves des grandes écoles sont de plus en plus nombreux à refuser d'exercer de métiers coupés des enjeux écologiques. Arthur Gosset, centralien nantais, en a fait un documentaire, "Ruptures", disponible sur la plateforme Spicee.

Avec
  • Arthur Gosset réalisateur du film « Rupture(s) »

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Extraits de l'entretien 

Eva Roque : Est-ce que vous souffrez d'éco-anxiété ? Est-ce que vous êtes un angoissé face au changement climatique ? 

Arthur Gosset : "Oui, oui. Je fais partie de ces 75% des jeunes de 25 ans qui considèrent l'avenir effrayant. Effectivement, j'en souffre, mais pas au quotidien. Elle est présente en moi cette anxiété, comme chez beaucoup de jeunes, et la manière dont j'y fais face, dont je la mets de côté au quotidien, c'est dans l'action et c'est en s'entourant de personnes qui partagent mes convictions." 

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Quel a été le déclic ? 

"Je pense que l'éco-anxiété, j'ai commencé à l'avoir quand j'ai eu une vision systémique du problème, des enjeux. Quand je me suis rendu compte à quel point la crise écologique affectait notre quotidien et surtout, qu'elle allait affecter notre avenir.

Donc je pense que ça fait deux ou trois ans vraiment que j'ai cette éco-anxiété, même si je me suis toujours battu pour l'environnement, pour la cause environnementale. Ma conscience systémique n'est arrivée qu'assez récemment." 

Votre diplôme vous laissait espérer quelle sorte d'emploi ? 

"Dans l'absolu, c'est un emploi qui va être reconnu socialement, qui va être un emploi de cadre dans une grande entreprise. C'est le parcours classique. Et puis surtout, la reconnaissance sociale qui va avec. 

Finalement, en tant qu'ingénieur, on ne nous a jamais vraiment demandé de nous poser des questions sur notre métier, sur le sens de notre métier.

On a créé cette formation à la base il y a 200, 300 ans pour répondre à des problèmes sociétaux par le biais de la technique, sans se poser de questions de si c'est bien ou mal."

Vers quel job, en réalité, allez-vous vous diriger aujourd'hui ? 

"C'est une bonne question, mais en tout cas un job qui saura, qui fera sens pour moi, dont le sens sera la priorité, quel que soit finalement le manque de reconnaissance sociale que ça peut entraîner ou l'instabilité financière."

Alors, les questionnements sont les mêmes pour vos témoins dans le film. En revanche, chacun envisage son engagement de façon très différente. Vous pouvez me donner juste un ou deux exemples de la façon dont on peut répondre à cette angoisse-là. 

"Il y en a certains qui vont qui vont décider de s'engager, par exemple dans l'entrepreneuriat. C'est le cas de deux jeunes que j'ai suivi dans le film, qui vont choisir l'associatif, d'autres l'engagement militant. 

Pour moi, la rupture, en fait, s'exprime à partir du moment où on a des jeunes qui mettent en priorité la volonté d'avoir de l'impact plutôt que la reconnaissance sociale, par exemple."

Souvent, quand on parle de ces jeunes qui sortent des grandes écoles, il y a le mot "élite" qui revient et on associe souvent ces jeunes à des classes sociales favorisées. En l'occurrence, dans votre film, on le voit très bien, on peut sortir de grandes écoles et ne pas être d'un milieu favorisé. Donc, toute la jeunesse de France est concernée par ce mouvement ? 

"Je pense que toute la jeunesse de France est concernée. Mais il ne faut pas se leurrer, dans les grandes écoles, quand vous regardez, il n'y a pas une énorme diversité. Même si dans les écoles d'ingénieurs, grâce au système français, on peut obtenir une bourse et du coup, faire des grandes études en venant d'un milieu plutôt défavorisé.

Maintenant, on sait aussi la chance qu'on a d'avoir fait ces belles écoles. On a répondu à des critères scolaires qui nous ont permis d'accéder à ce niveau d'enseignement et on ne crache absolument pas dessus. On en est complètement conscients. 

Et maintenant, tout l'enjeu va être aussi de toucher un maximum de personnes et d'aller chercher des personnes dans des universités, et pas uniquement les étudiants."

Aujourd'hui à la tête des entreprises des grandes entreprises qui polluent énormément. On retrouve des personnes qui sont passées par les mêmes formations que nous.

Jean-Bernard Schmid : "Ce que j'ai trouvé fort, c'est vraiment cette idée qu'on puisse, à 23 ans ou 22 ans, remettre en cause tout ce qu'on a acquis, tout ce qu'on a bâti.

Il faut bien se le dire, même s'il n'y a pas assez de diversité dans les grandes écoles, vu le travail qu'il faut fournir pour rentrer dans ces institutions, remettre en cause tout ce que l'on a fait pendant dix ans au prix d'efforts extraordinaires, parce qu'on considère que ça ne va pas dans le bon sens pour la planète et pour l'humanité, ça montre un courage fabuleux."

42 min