Vincent Jauvert, 2014
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Vincent Jauvert, 2014 ©AFP - Bruno Coutier
Vincent Jauvert, 2014 ©AFP - Bruno Coutier
Vincent Jauvert, 2014 ©AFP - Bruno Coutier
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"L’Obs" révèle une incroyable affaire d’espionnage : un pilier du "Canard Enchaîné" a été espion des services secrets tchécoslovaques. Vincent Jauvert, journaliste à l'origine de cette enquête, est au micro de l'Instant M.

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Jean Manan, un nom de plume, il ne s’en cachait pas. L’homme avait un autre secret, bien plus compromettant à enfouir. L’histoire que nous allons vous raconter se situe à la fin des années 50. L’Europe est alors coupée en deux par un rideau de fer. À l’Est, les dictatures communistes et leurs redoutables polices politiques. À l’Ouest, les démocraties capitalistes.

Jean Clémentin est un journaliste français influent, chef du service politique du "Canard Enchaîné". On découvre aujourd’hui qu’il a été un espion à la solde de la Tchécoslovaquie. Il risquait gros. Mais les services secrets tchèques l’avaient surnommé "Robinet". Il a remis près de 300 notes et participé à trois opérations de désinformation pour le compte de cette puissance étrangère. Jean Clémentin n’est pas mort. Mais il se tait. Cette folle affaire fait, depuis hier, la Couv de l’Obs. Révélée par un autre journaliste qui est mon invité.

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Extraits de l'émission

Les débuts de Jean Clémentin

Vincent Jauvert : "C'est un fils de famille de droite, de militaires, qui part en Indochine. Manifestement, il est encore à droite et il découvre la dureté de la colonisation, la dureté de la guerre et il passe du côté du Vietminh. Il s'engage au journal "Libération Sud" après quelques années. Il est proche du Parti communiste et c'est là qu'il commence à rencontrer des officiels de l'Est, ce qui est assez normal pour l'époque".

Recruté à 34 ans par la police politique tchèque

Vincent Jauvert : "La STB tchèque c'était à la fois une police politique intérieure et un service de renseignement extérieur. Mais néanmoins, ce sont les mêmes hommes qui font les mêmes horreurs à l'intérieur et à l'extérieur comme monter de toutes pièces un attentat en France qui a lieu l'année même de son recrutement.

Il est à la fois agent de renseignement et agent d'influence. Sur le renseignement, d'après ce qu'il raconte, il voit les Tchèques plusieurs fois par mois pendant 12 ans et ils ont environ 100 lieux de rencontre que plusieurs hommes sont chargés de vérifier et de bien sécuriser".

Les sources

VJ : "Les archives ont été progressivement déclassifiées. Un historien s'est attelé à ces dossiers tentaculaires, labyrinthiques. C'est un travail de fourmi que de les éplucher le dossier qui concerne cet agent qui s'est trouvé au cœur du système médiatique français. Le dossier que cet historien m'a confié comporte 1500 pages écrites en tchèque, avec des trous à quelques moments car au moment de leur écriture certains noms ne devaient être communiqués qu'à postériori".

De la Tchécoslovaquie aux États-Unis

VJ : "Après le Printemps de Prague, beaucoup d'officiers tchécoslovaques de renseignement fuient le pays et deviennent des transfuges, notamment le patron de la désinformation dont il connaît le nom. Ce fameux transfuge, qui va trahir l'Europe de l'Est et se retrouver aux États-Unis, sait tout, connaît le nom des correspondants dans les pays capitalistes qui ont travaillé pour la Tchécoslovaquie".

Puis "Le Canard enchainé" accusera les services de la DST d'avoir placé des micros dans leurs locaux. Ils disent, après coup, qu'ils cherchaient des taupes de l'Est. En réalité, ils cherchaient des sources pour les scoop de politique intérieure…"

La suite à écouter…