La photographie politique en pleine campagne avec Jean-Claude Coutausse et Eliot Blondet
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La photographie politique en pleine campagne avec Jean-Claude Coutausse et Eliot Blondet ©Getty - SEAN GLADWELL
La photographie politique en pleine campagne avec Jean-Claude Coutausse et Eliot Blondet ©Getty - SEAN GLADWELL
La photographie politique en pleine campagne avec Jean-Claude Coutausse et Eliot Blondet ©Getty - SEAN GLADWELL
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La photographie politique permet une communication subtile de candidats en pleine campagne. Jean-Claude Coutausse et Eliot Blondet, photoreporters couvrant l'actualité française, viennent parler des enjeux de ce métier au micro de l'Instant M.

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On a coutume de mettre en lumière les photographes de presse partis à la guerre. Un peu moins ceux qui se sont fait une redoutable spécialité : la photographie politique. 

Redoutable, parce que redoutée. Il est – sans mauvais jeux de mots - des photos qui vous brisent une image, d’autres qui la transmutent. A l’heure des réseaux sociaux, les photographies politiques – condensés d’esthétique et d’information - se démultiplient à l’infini et surtout, atteignent le public en temps réel, avant même que les rotatives des journaux aient commencé à tourner. Cette nouvelle donne confère aux photographes politiques un statut bien particulier, plus que jamais les candidats semblent s’en méfier, tout en cherchant à les amadouer. 

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Un vieux de la vieille et un tout jeune dans le métier, nous racontent comment ils jouent avec et déjouent les pièges de la communication. Eliot Blondet écume le terrain politique depuis déjà six ans. Il est l'auteur de "Elysée Confidentiel "avec Paul Larrouturou (Flammarion), salarié de l'agence de presse "Abaca". Jean-Claude Coutausse, maître incontesté du métier. "Le Monde" publie ses photos depuis 2005. Il raconte son parcours trépidant dans une longue interview parue dans le dernier numéro de la revue de photos "Polka". 

Le photojournalisme politique : une aventure en pleine mutation

Eliot Blondet a découvert la photographie politique avec la campagne de 2016/2017 et il raconte comment en si peu de temps le métier s'est transformé. S'il considère que "couvrir une personnalité politique, c'est aussi couvrir les Français qui viennent les rencontrer", la photo politique s'est métamorphosée. 

Aujourd'hui nous sommes des portraitistes, nous ne sommes plus des photojournalistes

Il est extrêmement compliqué, dans un portrait, d'immortaliser une information sans avoir à l'esthétiser à outrance, sans avoir à sortir la photo de son contexte. C'est un peu le drame aujourd'hui du photojournaliste car les 3/4 de nos images ne sont qu'illustratives". 

Si Jean-Claude Coutausse salue quant à lui "une véritable aventure au quotidien, tant il est très stimulant de suivre les pas d'un personnage qui part à la conquête du pays", il regrette que "désormais les grands meetings, les déplacements ne soient plus les mêmes, tant ils se transforment. Les campagnes présidentielles se font désormais ailleurs, sur les réseaux sociaux. Le candidat-président produit presque lui-même ses images". 

C'est la nature de ce qui se passe devant nous qui a changé la manière de faire du photojournalisme

La fabrication d'un objet de communication 

Les deux photojournalistes expliquent que la photo représente un formidable révélateur des failles que les personnalités politiques dissimulent et un simple cliché a le pouvoir de révéler en lui-même un moment d'égarement. Car, en arrière-fond de la photo, beaucoup de choses s'expriment en silence et souvent de manière insidieuse, souligne Jean-Claude Coutausse : "là où les personnalités politiques arrivent souvent devant nous tout en contrôlant leur communication, leur tenue, il y a toujours un moment où leurs mimiques, leurs attitudes peuvent se retourner contre eux. Et c'est à ce moment-là que l'on peut briser en un simple cliché l'image d'une personnalité politique par l'immortalisation d'un simple rictus, d'une mimique qui donne une toute autre facette du candidat. 

La photo, en fonction de comment elle aura été prise, théâtralise son sujet. C'est pourquoi les photojournalistes ont une immense responsabilité

Ce cliché d'Eric Zemmour en train de postillonner 

C'était lors de la convention de la droite organisée par Marion Maréchal Le Pen. Eliot Blondet se rappelle avoir photographié en très gros plan celui qui n'était pas encore candidat à l'élection présidentielle. Eric Zemmour est baissé, en train de lire son discours et, tout d'un coup, postillonne. Le flash s'envole. Un postillon que le photographe a volontairement mis en perspective :"il y avait une ambiance particulière, on ressentait une forme d'hostilité vis-à-vis de nous et ce cliché représente un peu le ressenti personnel du contexte de cet évènement". 

Tout le monde est capable de faire de belles photos mais l'important c'est ce qu'elles racontent

- Jean-Claude Coutausse

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L'équipe

Sonia Devillers
Sonia Devillers
Sonia Devillers
Production
Anne-Cécile Perrin
Collaboration
Redwane Telha
Collaboration
Marion Philippe
Collaboration