David Assouline en novembre 2021
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David Assouline en novembre 2021 ©AFP - SYLVAIN LEFEVRE / Hans Lucas
David Assouline en novembre 2021 ©AFP - SYLVAIN LEFEVRE / Hans Lucas
David Assouline en novembre 2021 ©AFP - SYLVAIN LEFEVRE / Hans Lucas
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En France, les grands médias sont aux mains d'une poignée de milliardaires. Quelle conséquence sur la liberté des journalistes ? Et quel impact aurait une fusion TF1-M6 ? David Assouline, sénateur et rapporteur de la commission d’enquête sur la concentration des médias, est l'invité de l'Instant M.

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Une future fusion TF1-M6, sachant que M6 détient RTL, cela donnerait un mastodonte de la radio et de la télé privée (20 chaînes et 3 stations à eux deux) comme jamais la France n’en avait connu. Des canaux seront revendus, droit de la concurrence oblige.

De son côté, Vincent Bolloré qui contrôle Vivendi, étend son empire médiatique au-delà de Canal+, C8 et CNews, avec Prisma (17 magazines) et l’OPA lancée contre Lagardère dont il est déjà le premier actionnaire : cela fait Europe 1, Paris Match et le JDD en plus.

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Bernard Arnault, qui possède Les Echos, Le Parisien et Radio Classique enrage, il en voudrait plus.

Xavier Niel détient la moitié du « Monde » et de Mediawan, l’un des premiers groupes de production audiovisuelle en Europe et continue d’avaler des titres de presse : Paris Turf, « France Antilles », peut-être « Nice Matin ».

Quant aux Dassault, vont-ils longtemps garder le « Figaro » ? On dit que Bolloré et Arnault se le disputeraient déjà… Voilà, la concentration des médias en France s’accélère de manière spectaculaire.

La concentration est un sujet fondamental pour l'exercice de la démocratie dans notre pays et des modifications fondamentales du paysage audiovisuel et de l'information se sont opérées depuis une quinzaine d'années de façon accélérée, mais silencieuse. Il n'y a pas eu de réel débat public sur ces modifications globales, générales et profondes et questionner la réalité aujourd'hui de du paysage audiovisuel français et de la presse est un acte utile en soi.

Le Sénat a lancé une Commission d’enquête exceptionnelle pour faire la lumière sur ses conséquences économiques et démocratiques. Le rapport sera remis fin mars. Mais que peuvent les parlementaires face à de telles puissances et face à un mouvement que d’aucuns jugent aujourd’hui inéluctable ?

David Assouline, sénateur PS de Paris, rapporteur de la commission et instigateur était au micro de Sonia Devillers.

Les propriétaires et présidents de médias bientôt auditionnés sur le sujet

DA : "Quand le Sénat convoque les milliardaires français, ils ne peuvent pas refuser, c'est un devoir. Vincent Bolloré sera auditionné le 19 janvier, Bernard Arnault et Arnaud Lagardère le 20 janvier. Xavier Niel, le 21, Patrick Drahi, le 2 février. Martin Bouygues le 9 février. Et Delphine Ernotte et Sibyle Veil seront auditionnées le le 24 janvier parce que le service public de l'audiovisuel est impacté par cette concentration.

La fusion TF1-M6 fait que le niveau de concurrence va être tel, et à tous les niveaux comme sur la valeur des droits sur le marché publicitaire, que l'un des principaux affaiblis par une telle concurrence sera le service public aujourd'hui remis en cause. Des candidats proclament leur volonté de le privatiser et c'est aussi un des enjeux de ce débat".

Pourquoi les seuils anti-concentration sont-ils complètement inopérants aujourd'hui ?

DA : "Ils sont inopérants à plusieurs niveaux. D'abord, parce que le monde de l'information, de l'audiovisuel et des médias a été complètement modifié. A l'époque, il s'agissait de diffusions hertziennes, ce qu'on appelait les concentrations horizontales. On a un ensemble désormais caduc et souvent incompréhensible. On ne pouvait posséder que deux types de médias sur trois mais pas les trois.

Aujourd'hui, il y a des problèmes de concentration verticale, avec des propriétaires qui détiennent l'ensemble de la chaîne de valeur qui va de la production jusqu'à la diffusion (télé, radio et édition)

Comme faire des grands groupes français compétitifs sur le plan international : un enjeu fondamental

DA : "Ils peuvent travailler ensemble. Il peut y avoir des synergies avec notamment l’État en appui, mais ce n'est pas la bonne réponse car la concurrence réelle, c'est celle des grandes plateformes américaines. Or, leurs moyens financiers sont considérables là où l'ensemble de la production audiovisuelle française, c'est 5 milliards en 5 ans. Apple fait en une année 15 milliards.

Est-ce qu'il faut espérer avoir la puissance financière et de frappe de ces plateformes ? Non. Est-ce qu'il faut les copier dans leur modèle pour pouvoir les concurrencer ? Non. Parce que, indépendamment de leur puissance, c'est ce modèle vertical qui est dangereux pour la diversité culturelle, pour l'information, pour la liberté de la presse.

Pour résister, il faut des investissements et préserver la différence, l'offre pluraliste, la qualité. C'est pourquoi derrière cette commission d'enquête, il y aura des propositions de modifications

Je me bats pour qu'il y ait un statut juridique des rédactions, pour pouvoir résister à des interférences sur la liberté d'informer, ajouter aux droits individuels des journalistes, un droit collectif. Il faut revoir les seuils de concentration et ce n'est pas possible de réduire cela à la presse quotidienne. Il faut aussi regarder ce qui se passe du côté de l'édition, quatrième grand acteur qui est visé".

L'équipe

Sonia Devillers
Sonia Devillers
Sonia Devillers
Production
Anne-Cécile Perrin
Collaboration
Redwane Telha
Collaboration