Eric Zemmour, février 2022
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Eric Zemmour, février 2022 ©AFP - Denis Charlet
Eric Zemmour, février 2022 ©AFP - Denis Charlet
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Dans « La Langue de Zemmour », la sémiologue Cécile Alduy analyse les propos du candidat d’extrême droite et souligne la façon dont son discours déforme le langage pour imposer une vision du monde violente.

Avec
  • Cécile Alduy professeur de littérature française à l’université de Stanford, chercheuse associée au Cevipof – Sciences Po

Cette langue où il n’est question que de guerre, de bataille, de vie et de mort, d’alliés et de traîtres, c’est la langue de Zemmour, passée au crible par une chercheuse en littérature et sciences politiques. La langue des politiques, un sujet médiatique ? Oui, particulièrement dans le cas d’Eric Zemmour qui a affûté ses armes sémantiques sur les antennes RTL, France 2, CNews et dans les colonnes du « Figaro ».

Mais plus largement pour l’ensemble des candidats : leurs livres ne sont que prétextes à invitations dans les médias, leurs meetings de pures actions de communication calibrées pour les chaînes d’info.

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En outre, pour une femme ou un homme en campagne, c’est-à-dire aspirant à un pouvoir qu’ils n’ont pas encore, tout se joue dans les discours et les interviews. Ce sont leurs mots et rien que leurs mots qui font d’eux – ou non – des présidentiables et dessinent la France qu’ils pétriront de leurs actes.

Un vocabulaire martial

Sonia Devillers : "La guerre, toujours la guerre, la vie ou la mort, l'attaque, l'antagonisme, les traîtres et les alliés… Ce sont des notions  fondamentales au cœur de la langue d'Éric Zemmour..."

Cécile Alduy : "S'il y a bien un mot qui résume sa vision de la société, des rapports humains, les rapports entre les peuples, c'est la guerre. C'est l'un des mots les plus utilisés dans ses textes. Il y a aussi cette idée du chef. Même les anges sont des militaires ! Cela nous dit plein de choses sur cette vision du monde antagoniste et conflictuel. En fait, Éric Zemmour, c'est assez paradoxal pour un présidentiable ne conçoit les sociétés que comme des ferments de conflits. Or dès qu'on clive, on n'est plus présidentiable. "

Un sens apparent

Cécile Alduy : "Chez Marine Le Pen, il fallait décrypter le double-sens. Ce n'est pas le cas, chez Eric Zemmour : le sens est apparent. Il est même éclatant, voire écrasant. Son vocabulaire est percutant, transgressif. Et il utilise des procédés rhétoriques pour imposer des sens comme des évidences, et des vérités. C'est cette force rhétorique qu'il faut décrypter. Et voir ce que cela produit sur les citoyens, les mentalités, l'évolution du contexte politique autour de lui.  Et même, c'est un peu ma thèse, ce que sa langue nous permet de penser dans ce débat présidentiel."

Répéter des mots impropres, des mots tabous ou problématiques jusqu'à les banaliser, donc à les considérer comme justifiés, voire légitimés

Cécile Alduy : "L'exemple du mot "race". Il y a encore dix ans, personne n'aurait utilisé ce mot sur un plateau de télévision. A force d'être utilisé, avec ou sans guillemets, par Eric Zemmour, le terme est devenu une sorte de monnaie d'échange dans le combat politique et s'est complètement banalisé. Quand on regarde l'ensemble de ses discours, ce qui peut apparaître comme anecdotique est en fait fondamental, et structurant.

Il emploie ce mot plus que Jean-Marie Le Pen. Or il était ostracisé quand il était candidat à l'élection présidentielle. Jacques Chirac a refusé de débattre avec lui. Or Eric Zemmour est le débatteur universel aujourd'hui.

La suite est à écouter...

L'équipe

Sonia Devillers
Sonia Devillers
Sonia Devillers
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Redwane Telha
Collaboration