La presse peut-elle briser le secret-défense ?
La presse peut-elle briser le secret-défense ?
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La presse peut-elle briser le secret-défense ? ©Getty - Milan_Jovic
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Résumé

L'ONG Disclose, avec plusieurs médias, publiait la semaine dernière des révélations concernant la collaboration militaire de l'état français avec l'Égypte du dictateur Abdel Fatah Al-Sissi. Enquêter sur l'armée, c'est s'exposer à la barrière du secret-défense. Comment s'en dépêtrer ?

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L’enquête "France-Égypte, révélation sur une opération secrète", était diffusée sur France 2, jeudi dernier, dans "Complément d’enquête". D’après ce reportage, la France offre son aide militaire au maréchal Al-Sissi pour surveiller sa gigantesque frontière avec la Libye. Le motif ? Une coopération pour lutter contre le terrorisme. En réalité, l’Égypte se servirait des informations françaises pour bombarder la zone et exécuter sans autre forme de procès, des civils. Les faits sont d’une gravité extrême.

La France est-elle au courant ? Des centaines de documents aux mains des journalistes l’attestent. Seulement voilà, ces notes sont toutes classées secret défense. Peut-on alors enfreindre le secret-défense au nom du droit à l’information ? Depuis la publication de ces fuites d’origines militaires, la question agite. Le ou les lanceurs d’alerte au sein de l’armée, ainsi que les journalistes, risquent amendes et prison.

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Extraits de l'émission

D’où viennent ces notes et ces documents que vous lisez à l'antenne, Ariane Lavrilleux, de quel type de document s’agit-il ?

Ils viennent de la Direction du renseignement militaire, de l'état-major des armées, de l'Elysée, du ministère de la Défense. Ce qui montre que tout un tas de responsables, à la fois militaires et politiques, ont eu accès à ces notes.

Pourquoi avoir publié ces documents, Jean-Pierre Canet ?

Ces documents racontent que, depuis le début, les militaires qui sont sur le terrain, qui travaillent au renseignement, font remonter des alertes en expliquant dès le départ que cette opération [Sirli] ne va pas poursuivre l'objectif qu'elle est censée poursuivre, c'est-à-dire lutter contre le terrorisme.

Cette opération va au contraire servir des données, des renseignements pour frapper un peu n'importe qui dans le désert.

Ces notes sont censées remonter au plus haut sommet de l'État. Personne ne lève le petit doigt pour la stopper ou la modifier. C’est pour ça qu'on publie.

Qu’est-ce que vous risquez avec la publication de ces notes, Ariane Lavrilleux ?

Selon la loi, cinq ans de prison et plusieurs milliers d'euros d'amende. Après, ça, c'est une peine théorique. On verra si, effectivement, la justice va jusqu'au bout. C'est quand même assez grave, mais théoriquement, on risque ça.

Dans cette enquête, il y a ce que vous risquez, vous, journalistes. Et puis, il y a l'idée qu'on va chercher à identifier vos sources, Jean-Pierre Canet.

Elles risquent beaucoup plus, sept ans d'emprisonnement et 100 000 euros d'amende. On peut comprendre que l'administration ait envie de savoir ce qu’il s'est passé dans ses rangs.

Plutôt que de vouloir chercher le ou les lanceurs d'alerte, la vraie question qu'il faut se poser sur cette affaire est : comment se fait-il que nous en soyons arrivés là ?

Est-ce que vous considérez aujourd'hui que la France a un système particulièrement opaque en ce qui concerne tout ce qui touche tout au secteur militaire?

Oui, c’est un des pays qui a le moins de contrôle parlementaire sur la question des ventes d'armes. C'est une énorme boîte noire. La commission qui délivre des licences d'exportation, personne ne sait comment sont prises les décisions et qui les prend. On a relevé avec Disclose, tout un tas de documents qui montrent que les positions du ministère des Armées sont plus souvent privilégiées que les positions du Quai d'Orsay, en particulier dans le cas de l'Egypte. On autorise par exemple des livraisons de blindés qui vont servir à la répression interne, alors que c'est contre les engagements pris par la France, les engagements européens. Mais bon, ça, on ne le saura jamais puisque c'est classé secret défense. Le secret défense est une énorme bannière qui permet de dissimuler tout un tas d'infractions aux engagements européens, internationaux.

Les enquêtes des différents médias sur cette affaire :

Références

L'équipe

Sonia Devillers
Sonia Devillers
Sonia Devillers
Production
Glenn Gillet
Collaboration
Redwane Telha
Collaboration
Anne-Cécile Perrin
Collaboration