Des journalistes menacés
Des journalistes menacés
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Des journalistes menacés ©Getty - Miguel Sotomayor
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Résumé

Pierre Plottu, journaliste pour "Libération" et "StreetPress" est l'objet de menaces de l'influenceur d'extrême-droite Papacito dans une vidéo postée dimanche soir sur Instagram. Avec son confrère Maxime Macé, ils enquêtent depuis deux ans sur l'extrême-droite violente.

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Il y a un an, deux youtubeurs d’extrême-droite postaient une vidéo effarante, sorte de tuto pour savoir comment tirer sur un "gaucho". En décembre dernier, l'instant M avait reçu les journalistes Pierre Plottu et Maxime Macé qui enquêtent en tandem sur les nouvelles mouvances identitaires et notamment, cette fachosphère blagueuse ultra-influente auprès des jeunes, ces influenceurs qui portent haut la virilité, la France blanche, la viande rouge, la muscu, les armes et les racines chrétiennes...

La blague s’arrête là

Le duo d’enquêteurs revient dans l’Instant M pour raconter les dessous de leur métier : des menaces constantes postées sur les réseaux sociaux, abondamment relayées et accompagnée d’un déluge d’insultes. L’affaire est entre les mains de la police. Elle pose plus largement la question du journalisme face à l’extrême-droite : partis, groupuscules et nouvelles figures du Web.

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Extraits de l'entretien...

Le journaliste Pierre Plottu directement menacé

Le journaliste Pierre Plottu raconte ce qui lui est arrivé : « Dimanche soir, je suivais le résultat des élections législatives pour mon travail. On me signale des tweets me menaçant. Je tombe sur des stories (vidéos éphémères) de Papacito postées sur son compte Instagram suivi par 72 000 personnes. Il y livre son analyse très particulière du résultat de ces élections. Le youtubeur dit qu'il n'y a pas de solution démocratique. Il enchaîne sur le fait qu’il y aurait un effondrement imminent. Et s’interroge pour savoir s'il est prêt. Il précise que l’une des premières choses qu'il fera, si ce n'est la première, ce sera de venir me chercher chez moi, « avec de l'équipement » précisant qu'il a mon adresse !

La direction de Libé, et ses avocats, prennent tout cela très au sérieux. La semaine dernière, j'ai été déjà déposé une main courante sur les conseils du journal et de ses avocats. Ma maman écoute, mais des Français néonazis en Ukraine seraient assez remontés contre moi pour chercher à se renseigner sur moi. »

Des agressions quotidiennes

Maxime Macé raconte un quotidien effarant : « Recevoir des menaces, est assez régulier. Se faire insulter est fréquent. On pourrait croire que c'est un micro phénomène. Mais à la fin de l’année cela représente des centaines, voire des milliers de messages haineux. Sur twitter, des internautes se servent de la messagerie privée pour nous agonir d’injures. Et plus rarement de discuter et d’exprimer un point de vue nuancé sur nos papiers. Sur Telegram, une messagerie plus confidentielle que Twitter, le degré de radicalité est encore plus important. Le canal « Les vilains fachos » avait été fermé après qu’il a envoyé des menaces à différentes personnalités, dont des journalistes. Il a été rouvert. Et j’ai déjà été menacé. »

Qui sont ces agresseurs ?

Maxime Macé explique : « On est face à une galaxie assez resserrée, qui draine beaucoup de personnes. Ce sont essentiellement des individus qui produisent des vidéos sur YouTube. Elles sont marquées par une forte radicalité, et notamment d'extrême-droite. Ces influenceurs agrègent autour d'eux une communauté nombreuse, fidèle au point de faire des dons pour financer ces vidéos, et financer les déplacements pour les produire. Ils soutiennent de façon virulente leur champion quand on parle de celui-ci dans la presse. Même s’il n’est pas attaqué. Leurs ennemis sont des personnalités de gauche ou d’extrême gauche. »

Pour illustrer, Pierre Plottu donne l’exemple de l’un d’entre eux : « Baptiste Marchais est un youtubeur dont le premier métier est de porter des haltères. Il est fan d'armes, de la France éternelle, de la moustache et de viande. Il a été invité à Touche pas à mon poste. Ce qui lui a vraiment fait passer un cap : plus de 250 000 personnes sur YouTube qui se sont abonnées à sa chaîne. Ces personnes revendiquent de mener une bataille culturelle, et de faire de la métapolitique : gagner les cœurs avant de gagner des votes. Ils ont créé tout un imaginaire qui serait propre à ce qu'ils appellent la radicalité de droite qui va assez loin. »

Que fait la justice ?

« Couvrir l'extrême droite, c'est affronter une certaine violence politique ». C’était un titre de Médiapart qui a porté plaintes après que ses journalistes aient été raillés, humiliés, traqués, voire directement menacés. Maxime Macé : « Après les attaques qu'ont subi les confrères de Médiapart, une tribune a été publiée. Le journaliste au Monde Abel Mestre, qui est un peu le vétéran du traitement de l'extrême droite radicale en France, a dit avoir posé de nombreuses plaintes au cours de sa carrière. Mais elles n'ont jamais abouti. »

Et pour les femmes, c’est pire

Des journalistes femmes dans un milieu très viriliste. Pierre Plottu : « On pourrait parler du cas de notre consœur Julie Hainaut qui a été harcelée très violemment par toute une frange de néonazis français et je pèse mes mots. Il y a eu une suite judiciaire parce qu’on a réussi à trouver un des auteurs de cette menace. Mais ça n'a pas donné grand-chose à cause d’un vice de procédure. Cette menace n'a pas été prise au sérieux. La justice ne s'est pas rendu compte que c'était des violences politiques, que ce n'était pas simplement un harcèlement. »

Pierre Plottu : « Nous sommes deux hommes qui traitons l'extrême-droite, on est menacés, et c'est violent. Mais c'est sans commune mesure avec ce que vivent nos consœurs. Daphné Deschamps, qui travaille à Politis, ou Lucie Delaporte qui sont menacées explicitement de viol. Une des pires choses qu'on puisse faire à une femme. »

Références

L'équipe

Sonia Devillers
Sonia Devillers
Sonia Devillers
Production
Anna Finot
Stagiaire
Anne-Cécile Perrin
Collaboration
Redwane Telha
Collaboration