François Busnel - Jim Harrison : dialogue d'outre-vie

François Busnel, janvier 2016
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François Busnel, janvier 2016 ©AFP - Joel Saget
François Busnel, janvier 2016 ©AFP - Joel Saget
François Busnel, janvier 2016 ©AFP - Joel Saget
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Les grandes plaines, le Montana, le Nebraska, l'Arizona, l'Utah et un vieil homme qui regarde le paysage. François Busnel est au micro de l'Instant M pour « Seule la terre est éternelle », au cinéma le 23 mars. Un film-documentaire consacré à l’écrivain américain Jim Harrison.

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« Jim Harrison, auteur mondialement célèbre, père de Dalva et de Légendes d’Automne, est mort. Et alors ? Jim Harrison croit aux fantômes, aux personnages de ses romans qui lui apparaissent en rêve comme aux âmes indiennes qui hantent encore les contrées américaines. Et puis, par-dessus tout, Jim Harrison aime la vie, le sexe, le vin, la viande en sauce, des chiens plein le jardin, la pêche à truite et les arbres, oui, le vent dans les arbres. Alors, que se passe-t-il, là, face à la caméra, lorsque Jim Harrison, devenu un vieil homme, se confie ? Il se passe que la mort et la vie se rencontrent et tapent le carton. Lui, il en rit, il les a beaucoup fréquentées toutes les deux, il s’en est fait des amies, à force de rage et de poésie. Le film dure deux heures, il est signé François Busnel. Même lorsqu’on n’a pas lu les livres de Jim Harrison, on prend en pleine figure le sourire édenté de cet homme qui a réconcilié Terre et Ciel. »

François Busnel en connaît un rayon sur les Etats-Unis. Pour la télévision, il a traversé l’Amérique et filmé de nombreux écrivains américains. Mais aujourd’hui il ne s’agit pas du petit, mais du grand écran. Le journaliste signe un nouveau documentaire sorti au cinéma : Seule la Terre est éternelle, sur l'écrivain Jim Harrison. Il revient avec  Sonia Devillers sur le tournage du film.

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Comprendre Jim Harrison

Jim Harrison est avant tout un écrivain mondialement connu, traduit dans de nombreux pays. Il est notamment célèbre pour être l’auteur du roman Dalva. « La grande force de Jim Harrison, ça a toujours été d'entremêler l'intime histoire personnelle de femmes, très souvent de famille, avec la grande histoire. Raconter encore une fois du point de vue de ceux qu'on n'entend pas, en l'occurrence les Indiens. » Pour François Busnel, l’œuvre de l’écrivain invite à montrer ses cicatrices, sans les exhiber. Car oui, Jim Harrison est « un homme dont le corps a été heurté. » Né en 1937, il perd lors d’un accident l’usage de son œil gauche à l’âge de sept ans. Lorsqu’il est jeune adulte, il perd aussi sa sœur et son père dans un accident de voiture. Mais pour autant, François Busnel précise qu’il était toujours debout, à bout de souffle, mais pas forcément à bout de vie.

Le tempérament si singulier de ce vieil homme de lettre originaire du Michigan a fasciné le journaliste. Jim Harrison, issu d’un milieu agricole que personne ne destinait à être écrivain, a réussi à changer sa différence en force, grâce à sa fascination pour la nature. François Busnel explique qu’il a réussi à faire entrer dans ses livres les paysages américains magnifiques, mais aussi le respect de la nature. « Il nous explique comment le monde sauvage peut nous permettre de vivre mieux. Nous réconcilier avec notre nature propre. C'est un rapport au monde qui consiste à se lever tôt le matin. »

Un film sur les grands espaces avec un homme

François Busnel raconte le déroulement du tournage. Il a ainsi rencontré avec son équipe l’écrivain lors de l’été 2015. Ils l’ont suivi durant trois semaines à travers l’Amérique : le Montana, le Nebraska, l'Arizona, l'Utah. « C'est un film sur les grands espaces avec un homme. » Le journaliste voulait montrer aussi l’écrivain, son corps, ses cicatrices et ses faiblesses. « Trop souvent, on nous dit qu'un écrivain, c'est un pur esprit. »

La lisière que je trouve formidable au cinéma est celle entre l'impudeur et la pudeur. On essaye d'être respectueusement impudique.

Selon François Busnel, de nombreux thèmes sont abordés dans le documentaire, notamment la disparition de la nature. « Il y a la menace environnementale, mais c’est aussi un film sur la disparition d'un espace qui fut d’abord celui des Indiens. » Le documentaire traverse beaucoup de réserves amérindiennes en suivant Jim Harrison. Les plans sont larges et rendent compte de la beauté du paysage. « Seule la terre est éternelle est un dicton sioux lakota. Et dès le départ, dès le premier soir, quand on a montré à Jim qu'on avait écrit ce qu'on lui proposait, à savoir, lui, dans la nature. Le titre du film s'est imposé. » Il continue : « Nous voulions filmer la fragilité dans un monde où il faut être toujours le meilleur, fort, performant, rentable, utile. »

Pour être fidèle à Jim Harrison, il fallait essayer de faire ça à l'image. Raconter l’intime tout en montrant la grande histoire.

L’équipe de production devait revenir ultérieurement pour d’autres prises de vue. « On avait écrit un film dans lequel on voulait aussi montrer l'hiver d'un vieil homme. Finalement, on avait décidé de se retrouver au printemps, ce serait plus joli. Nous avions rendez-vous pour le début avril et Jim Harrison est mort le 26 mars. » Un projet inachevé qui restera les dernières images de la vie d’un monument de la littérature américaine.

On l'a fait peut-être d'abord pour ceux qui ne savaient pas qui était cet écrivain. Puis c'est aussi l'envie de remettre un grand écrivain sur le grand écran.

L'équipe