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Quand une agence manipule les débats avec de faux articles ©Getty - Kiyoshi Hijiki
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Résumé

Une enquête de Mediapart révèle l’une des plus grandes manœuvre de manipulation de l’information intervenue en France ces dernières années. Fabrice Arfi, journaliste à Mediapart, raconte.

avec :

Fabrice Arfi (Journaliste à Mediapart).

En savoir plus

Au début de l'émission vous entendrez la voix d’Arnaud Dassier, cofondateur d’une agence d’influence numérique baptisée Avisa partners. Une vaste enquête de Médiapart met au jour leurs pratiques d’infiltration des médias et de manipulation de l’information.

Dans le même temps, un jeune homme, Julien, raconte dans le journal « Fakir » comment il a été utilisé par cette agence de communication.

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Julien arrondit ses fins de mois en rédigeant des articles à la demande. Les sujets sont variés. Lui, ne sait jamais sous quel nom ni même dans quel média ils vont être publiés.

Car dans un quotidien, un magazine ou sur un site d’information, vous ne lisez pas seulement des contenus signés par les journalistes : il y a le courrier et les commentaires des lecteurs, il y a de nombreuses tribunes d’experts, de personnalités engagées ou de citoyens en colère.

Mieux, il y a les blogs hébergés par les médias numériques. Médiapart appelle cette partie participative de son site Le Club et la met particulièrement en valeur, jusqu’à découvrir plus de 600 faux billets de blogs, rattachés à plus de 100 profils factices. Chacun d’eux est une commande de l’agence Avisa partners pour le compte de grandes entreprises privées ou d’Etats étrangers.

Extraits de l'entretien

Qui est Avisa Partner ?

Fabrice Arfi explique : « La société pour laquelle « Julien» travaillait est inconnue du grand public. C'est une entreprise, comme on dit pudiquement : « d'intelligence économique et de cyber sécurité », une « société privée de renseignements ». C’est l'une des plus réputées de la place de Paris. Elle travaille avec des institutions publiques comme Interpol, la Gendarmerie nationale, le ministère des Armées, mais aussi BNP Paribas… »

Sonia Devillers précise la liste des entreprises : « La Société Générale, le Crédit Agricole, la Banque Palatine, Axa, CNP Assurances, Engie, EDF, Total, L'Oréal, LVMH, Chanel, Carrefour, Casino… »

Fabrice Arfi poursuit : « À peu près tout le CAC 40, mais aussi des clients qui sentent un peu plus le soufre : des Etats étrangers dirigés par des autocrates et des dictateurs… »

Sonia Devillers a des exemples : « Le Congo-Brazzaville, le Kazakhstan, le Qatar, le Tchad, la Société nationale pétrolière du Venezuela, pour du lobbying contre les sanctions américaines qui la vise, le géant russe de l'aluminium Rusal, la multinationale pharmaceutique et agrochimique Bayer pour du lobbying pour contrer l'activisme des anti-OGM…

Son job ? La manipulation du débat

Fabrice Arfi a pu étudier le rôle d’Avisa Partners avec des témoignages et des documents à l'appui. Il a constaté : « La manière dont elle a infiltré les plateformes participatives de sites français et étrangers pour créer de faux avatars, de faux profils, publier des billets de blog sous de fausses identités.

Or, les lectrices et des lecteurs pensent lire l'opinion d'un citoyen indigné, d'une responsable d'ONG, d'un cadre dirigeant, d'une entreprise ou d'un chercheur ou d'une chercheuse aguerrie. Et il n'en est rien. C'est le produit d'une commande chèrement payée par des clients pour manipuler le débat public pour le compte de multinationales parfois, ou de dictatures souvent. C’est une énorme opération de manipulation et de trucage du débat public. »

Pour les « articles » de « Julien » des méthodes douteuses

Il travaillait sous différents pseudonymes. Les personnes qui lui commandaient les articles aussi. Il ne savait pas où ses articles étaient publiés. Parmi ses commanditaires il y avait une société implantée en France, puis ensuite, une société implantée en Slovaquie, à Bratislava. Nous sommes allés voir : il n'y a rien, il n'y a pas de société, c'est juste une boîte dans une HLM à Bratislava. »

A la tête de cette société : Arnaud Dassier et Matthieu Creux, deux « fils de»

Arnaud Dassier, est le fils de Jean-Claude Dassier une des grandes figures de l'info à TF1. Fabrice Arfi précise : « Oui, une grande figure de l'info à TF1, puis du foot français à l'Olympique de Marseille. Matthieu Creux, est le fils d'un ancien patron du renseignement militaire. Le général Creux est quelqu'un d'extrêmement respecté et respectable sur la place de Paris. Arnaud Dassier et Matthieu Creux ne cessent de racheter les principaux acteurs du secteur. Elle valorise son activité à près de 150 millions d'euros. C'est une énorme machine d'intelligence économique.

Avisa partner a essayé de s'offrir une forme de respectabilité vis-à-vis de l'extérieur. Pour cela, elle s’est associée à de très grands noms de la diplomatie française, des services de renseignements français, ou de la politique française.
L'actuelle porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire, a fait partie dans le passé des dirigeants, d’Avisa partner. Ce n’est plus le cas. L'ancienne plume d'Emmanuel Macron, Sylvain Fort, a été associé à Avisa partner. L'ancien numéro deux du Quai d'Orsay, l'ancien secrétaire général du ministère des Affaires étrangères sous Jean-Yves Le Drian, l'ambassadeur Maurice Gourdault-Montagne, était le président du comité d'éthique d’Avisa partners. Il vient de le quitter aussi pour des questions de temps, nous dit-il officiellement. Mais je peux aussi citer l'ancien chef des services secrets intérieurs, Patrick Calvar, dont le nom est associé à Avisa, précisément parce qu'il connaissait le père. »

Quelle solution face aux manipulateurs ?
Pour Fabrice Arfi, plutôt que de supprimer ces comptes : « Il faut montrer qu'on peut faire une prise de judo. Ceux qui ont cru pouvoir nous tromper, nous les démasquons. »

ALLER PLUS LOIN

Le site de Médiapart

Celui de Fakir, avec l'article de « Julien »

Références

L'équipe

Sonia Devillers
Sonia Devillers
Sonia Devillers
Production
Anna Finot
Stagiaire
Anne-Cécile Perrin
Collaboration
Redwane Telha
Collaboration