"La Vie filmée" : l'histoire du XXe siècle par le film amateur

Images de La vie filmée
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Images de La vie filmée - INA
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En 1975, Jean-Pierre Alessandri et Jean Baronnet, producteurs, lancent un appel national pour collecter des films amateurs. Ils veulent en faire des documentaires diffusés durant l'été sur France 3 Régions. Résultat : sept films, aujourd'hui disponibles sur Madelen, la plateforme de l'INA.

Connaissez-vous l’histoire éblouissante de la « La vie filmée », un documentaire en sept volets, diffusé sur FR3 durant l’été 1975 ?  Le producteur avait eu cette idée folle de raconter le quotidien des Français depuis les années 20.

Il n’alla point fouiller les archives des actualités cinématographiques ou bien les greniers de l’armée qui regorgeaient de pellicules. Non, il demanda aux téléspectateurs de la 3ème chaîne de lui envoyer leurs films de famille. Les mariages, les communions, les naissances, la première automobile, les kermesses et autres petites fierté du quotidien. Du cinéma intime en quelque sorte. Le Centre Pompidou a projeté ces films, 45 ans après. Aujourd’hui, vous pouvez les voir sur Madelen, la plateforme de vidéo de l’INA, pour 2,99€. Courez-y, c’est bouleversant de revoir ces bonheurs insouciants a posteriori en sachant ce que la France a traversé au 20ème siècle.

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Extraits de l'émission

D'où viennent ces extraits, Jean-Pierre Alessandri? La plupart, j'imagine même la totalité des films de famille que vous avez recueillis étaient muets, ce ne sont donc jamais les voix et les sons originaux de ceux qui les ont tourné.

Excepté pour le dernier épisode commenté par Agnès Varda. Effectivement, tous les autres sont des films qui nous ont été remis par les enfants ou les petits enfants des personnes qui étaient filmées. On leur a demandé de nous adresser des commentaires, de nous parler, de commenter les images qu'ils voyaient. Mais il y a aussi beaucoup de gens qui nous prêtaient leurs films sans les avoir vus. 

Nous leur demandions de venir dans nos studios pour visionner avec nous les films et pour reconnaître l'oncle, la tante, le petit bébé. Et quelques fois, ils se reconnaissaient alors qu'ils étaient à côté de nous, ils avaient une soixantaine d'années et, tout à coup, il se retrouvait petit bébé dans les bras de personnes

Vous avez dû vivre des moments incroyablement émouvants. 

C'étaient des moments vraiment extraordinairement émouvants. Des moments partagés par toute une équipe de réalisateurs, d'écrivains. On avait pu bénéficier de circonstances tout à fait exceptionnelles qui étaient la naissance de France 3. Le directeur de la chaîne m'avait confié la préparation d'une émission d'information qui s'est appelée plus tard "Vendredi". Je lui fais remarquer que c'était difficile de lancer un magazine d'information alors que nous risquions de nous retrouver avec les premiers numéros du magazine durant l'été. Et il m'a demandé si on avait quelque chose qui pouvait éventuellement être proposé pour les programmes d'été. 

Comme c'était la naissance de France 3, j'ai pensé que des films qui allaient montrer des naissances, des mariages, des moments de bonheur des Français pouvaient être adaptés.

J'ai proposé ce projet effectivement assez utopiste de créer une série de sept émissions.

Elles sont souvent très belles ces images... 

Ce sont des images qui véhiculent une tendresse et un amour des personnes filmées. Le récit de ces moments de bonheur est espacé par des années, par le trouble aussi de ces gens, de ce qu'ils vivent. Nous, à l'époque, les cinéastes quand nous avons travaillé sur ce dossier, on a surtout essayé de ne pas intervenir, de ne pas modifier ces images, de les donner aux spectateurs avec ce qu'elles avaient d'innocence, d'imperfections. Il y a une liberté de filmer toute affection, puisqu'à l'époque, la télévision n'existe pas donc la relation à l'image est une relation de personnes qui sont en train de découvrir cette manière d'être, cette manière d'être filmé ou cette manière de filmer. 

On a eu, tous les réalisateurs, un sentiment d'être en train d'apprendre une grande leçon de cinéma

Vous êtes en 1975, l'ancêtre du caméscope, le Super 8, les petites caméras mobiles se sont vraiment démocratisés. Pourquoi avoir arrêté, au milieu des années 50, le recueil de ces archives de famille? 

On a reçu beaucoup de films, en couleurs, des années 70, quelques films scénarisés. C'est vrai que quand on a lancé cette série, on ne savait pas très bien quel allait être le moment où nous allions pouvoir l'achever. En visionnant un jour une séquence, mes assistants m'ont appelé et effectivement, il y avait quelque chose de nouveau qui se passait. Ce qu'il se passait, c'est que les personnes filmées, lors d'un déjeuner dominical, ne regardaient pas la caméra, contrairement à ce qui était classique et ce qu'ils faisaient tout le temps. Mais que pouvaient-ils regarder? Ils regardaient le poste de télévision qui était installé sur le buffet de la salle à manger. En regardant cette image, il était évident que c'est à ce moment-là, que nous allions pouvoir arrêter puisqu'avec l'intrusion de la télévision dans les familles, tout allait changer.

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La Vie filmée sur Madelen (INA)