Rokhaya Diallo documente les fesses et leur représentation
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Rokhaya Diallo documente les fesses et leur représentation ©AFP - JOEL SAGET
Rokhaya Diallo documente les fesses et leur représentation ©AFP - JOEL SAGET
Rokhaya Diallo documente les fesses et leur représentation ©AFP - JOEL SAGET
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L'essayiste Rokhaya Diallo signe "Bootyful", un documentaire sur les fesses disponible sur France tv Slash le 19 décembre. Son objectif n'est pas de faire dans la biologie mais d'analyser les représentations de cette partie du corps dans les productions audiovisuelles.

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Et voilà d’où vient le Twerk. Des popotins XXL qui s’agitent en gros plan, de la chair, de la cellulite, des formes comme on en n’avait jamais vues dans le cinéma, la pub, la télé-réalité et les réseaux sociaux. Ou plutôt si, les fesses rondes, rebondies étaient l’apanage des femmes noires avec tout ce que cette association pouvait trimballer d’exotisme et de racisme. Des femmes objets meublant de leur cul magnifique des clips de rap chantés par des hommes.

Révolution !

Les femmes ont décidé de récupérer leurs formes et d’en faire un lieu d’émancipation et d’affirmation de soi. Je suis ronde, j’ai des fesses énormes, et alors ? C’est moi qui en décide, c’est mon corps semblent clamer les sœurs Kardashian aux 300 millions d’abonnés qui les suivent dans le monde entier. Du coup, on est complètement perdu. 

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Question : une femme hyper sexualisée est-elle une femme émancipée ?

Extraits de l'entretien

Aujourd'hui de Cardi B à Nicki Minaj, ou Kim Kardashian les fesses plantureuses sont à la mode. Mais on revient de loin. Pendant longtemps, la norme médiatique était un corps filiforme.  

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Rokhaya Diallo : "La réalisatrice Ovidie est interviewée dans notre documentaire. Elle raconte qu'elle appartient à cette génération qui a connu l'époque où il était honteux d'avoir des grosses fesses. Les adolescentes mettaient des pulls autour pour les dissimuler, car leurs postérieurs imposants n'étaient pas considérés comme jolis. Les seuls endroits où les formes plus développées étaient valorisées était les communautés noires, soit africaines, soit afro-américaines ou afro-caribéennes.  

Ovidie raconte l'évolution des poses dans le domaine du porno. Sur les couvertures des magazines, jusque dans les années 2000, les poitrines étaient mises en avant. Mais maintenant, la forme et le volume des fesses sont de nouveaux arguments de vente.  

3 min
  • Une nouvelle pression sur les jeunes 

Cette nouvelle norme enjoint les jeunes femmes à avoir des formes parfois inaccessibles. On a évoqué Kim Kardashian, cette influenceuse est l'une des femmes les plus suivies sur Instagram. Mais sa silhouette est impossible d'accès car elle a des hanches développées, et malgré ses grossesses, un ventre plat.  

C'est ce que dit dans le documentaire une de nos interlocutrices voluptueuses : on ne recherche pas la grosseur de l'ensemble du corps, mais uniquement la grosseur des fesses. 

L'idéal est d'avoir une taille très fine. Un canon de beauté qui encourage des pratiques chirurgicales qui peuvent être dangereuses.  

Des corps plus divers, mais une norme est limitée. Le documentaire propose des pistes de réflexion pour savoir comment s'assumer, et comment désexualiser les fesses.  

  • Hypersexualisation des femmes noires 

Il y a chez les femmes noires une hypersexualisation qui fait qu'on les voit adultes beaucoup plus jeunes qu'elles ne le sont véritablement. Amandine Gay dans son documentaire Ouvrir la voix interviewe plusieurs femmes noires sur leur expérience. Elles racontent que dès 12 ans, perçues comme des femmes plus âgées, elles sont interpellées dans la rue d'une manière très sexualisée. Ce qu'elles ne comprennent même pas, car ce sont des enfants.  

2 min

Plus tard, les corps de ces femmes sont considérés comme étant intrinsèquement sexuels. Un regard sur elle lié à l'histoire coloniale. 

  • À l'origine du twerk : le mapouka, une danse traditionnelle sans connotation sexuelle.

Le twerk est une danse héritée d'une danse africaine qui s'appelle le mapouka. Et ce n'est pas une danse sexuelle ! À la base, dans les danses traditionnelles, il y a beaucoup de mouvements de hanches qui n'ont pas de rapport avec la sexualité.  

Cette danse a été sexualisée par des prismes masculins.

Ils ont fait d'une danse émancipatrice - on dit souvent que les hanches sont le siège de l'émotion - quelque chose de sexuel.  

  • De grosses fesses surtout valorisées lorsque ce sont les blanches ou les hispaniques qui s'en emparent.

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Cela fait très longtemps que dans le rap américain, on voit des femmes avec des fesses très imposantes et c'était considéré comme quelque chose d'assez vulgaire. Ovidie le dit aussi dans le documentaire. Dans le porno aussi, jusque dans les années 1990/2000, les femmes autorisées à avoir des fesses assez rebondies étaient des femmes noires qui exercent dans une catégorie sous-valorisée. Elles sont vues avec dédain. Et ces fesses imposantes renvoient à l'exotisme et à l'animalisation issue d'une image coloniale assez ancienne.  

  • Survient la révolution Jennifer Lopez 

Jennifer Lopez n'est pas blanche, mais latina. Davantage de femmes semblent pouvoir s'identifier à une femme qui a la peau claire. Cette actrice et chanteuse est une pionnière. La rumeur dit qu'elle fait assurer ses fesses. Ce serait ses biens les plus précieux.  

Elle a mis en scène ses fesses. D'autres chanteuses de la même époque avaient des fesses tout aussi intéressantes, d'un point de vue esthétique, mais c'est elle qui a réussi à en faire quelque chose de "mainstream". 

Idem pour Kim Kardashian, ou Myley Cyrus, des figures non noires vont universaliser cette nouvelle norme.  

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  • L'hypersexualisation des fesses : soumission ou une émancipation ?  

Les femmes pour paraître belles, font des choix individuels, mais toujours selon des canons de beauté, des normes sociales de l'environnement dans lequel elles vivent. Mais le font-elles par choix réellement personnel ou pour attirer le regard masculin ? C'est toujours un mélange des deux. Nous faisons des choix esthétiques qui nous sont propres - mais en réalité, ils s'inscrivent dans un environnement social patriarcal.  

Il est très compliqué pour les femmes d'échapper à ces normes

La psychologue que j'ai interviewée dans le documentaire est justement spécialiste des effets sociaux, de cette pression sur la psychologie de ses patients et de ses patientes. Elle explique que dans les milieux lesbiens, dans les milieux où les femmes ne cherchent pas à séduire des hommes, la pression est moindre. Cela montre bien que le regard masculin, le patriarcat et le régime, on va dire dominant hétérosexuel, jouent un rôle, et écrasent d'une certaine manière la volonté parfois des femmes de tout simplement s'imposer."