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Laurent Ruquier ©Getty
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Résumé

Laurent Ruquier publie "Finement con" aux éditions Flammarion, un recueil de "fake news" humoristiques inventées pour "Les Grosses Têtes".

avec :

Laurent Ruquier (Animateur radio-TV, producteur,chroniqueur,écrivain).

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"Oyez, oyez, j’ai écopé ce matin du pire des invités. Des mois que je veux l’interviewer, il dit toujours non. Et puis, il dit oui, il sort un bouquin titré « Finement con ». Chic ! Mais moi qui suis un peu lente, j’avais pas compris que « finement con », c’était con-finement à l’envers. Le voici dans « Quotidien » qui annonce la couleur, râlant sur les maques et le manque de liberté. Mon dieu, pitié. Ensuite, il réunit le gratin de la radio dans son émission de télé, sans masque, héhé, et tout le monde en sort contaminé. C’est malin, il a fallu confiner tous les matinaliers de France, dont Léa Salamé. Bref, mon interview, j’ai été obligée de la reporter. Mal m’en a pris, il est allé parler partout. Je passe après Sud Radio et L’Heure des pros 2. Ca fait mal, d’autant qu’il n’y a plus râlé, mais carrément bavé, disant du mal de mes camarade de « Par Jupiter », dont il est simplement jaloux. Vous me direz, y avait plus qu’à l’annuler. Bah non, il va dire que France Inter veut le censurer et il va se faire de la publicité. Comment faire dès lors, avec Laurent Ruquier ? L’interroger sur ce qui m’intéressait au départ et lui aussi, l’humour aujourd’hui." Sonia Devillers

Extraits de l'entretien :

Laurent Ruquier : « Avant tout je tiens à répondre de mes piques au sujet de Par Jupiter, _c’_est une émission que j’aime bien, et j’entretiens des liens professionnels avec nombre de ses chroniqueurs : Alex Vizorek, Thomas VDB, Constance, Waly Dia... Mais je n’ai pas apprécié que Charline Vanhoenacker vienne faire de la promo dans mon émission et me critique après coup… ce n’était pas très fairplay. »

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SD :   Dans votre livre vous écrivez qu’oser faire rire aujourd’hui  est de plus en plus difficile de peur de vexer et vous vous lancez dans une longue liste : les défenseurs des animaux, les femmes, les Noirs, les Balkany, les homosexuels, les transgenres, la CGT, les Bretons, les daltoniens, les amateurs de kiwi, les cancérologues… et j’en passe.

Laurent  Ruquier : "Je me souviens de l’époque où je travaillais à France Inter (pour l’émission Rien à cirer), Pierre Bouteiller, une grande voix de la radio (le directeur d’alors) me faisait part des réactions des auditeurs mais on en tenait pas plus compte que ça. Aujourd’hui avec les Réseaux sociaux  et twitter, il est devenu très facile de critiquer."

Le vrai problème ce ne sont pas les Twittos, mais la manière dont les journalistes les utilisent pour faire le buzz… c’est un peu comme si on prenait un courrier des lecteurs pour faire la une d’un journal…

SD : Les états d’âmes de quelques-uns peuvent créer des meutes et des monstres qui peuvent mettre nos libertés en danger, je suis d’accord, mais en même temps, on se demande pourquoi vous, Ardisson et consort qui avez disposé d’un micro si puissant depuis tant d’années, vous supportez si mal qu’une foule, longtemps condamnée au silence,  puisse aujourd’hui s’exprimer à son tour.

Laurent Ruquier : « Mon souci ce n’est pas que les gens s’expriment c’est la caisse de résonnance qu’on leur donne et l’utilisation qu’en font les journalistes. »

SD : Et alors qu’est-ce qu’il en résulte ?

Laurent Ruquier : « Moi ça ne m’empêche pas de faire mon métier d’amuseur impolitiquement correct. D’ailleurs à France Inter il y a des espaces de libre expression qui sont rares, Par Jupiter en est un exemple, d’autres émissions défendent cette liberté comme Les grosses têtes (RTL). Mais la jeune génération des humoristes qui se fait connaitre sur Youtube ou Instagram a tendance à être assujettie au moindre like des followers.

SD : « Norman, père des Youtubeur a fait une blague douteuse (sur une future James Bond noire, "My name is Bond, Fatoumata Bond ") dans un de ses spectacles, il s’est ensuite excusé sur les Réseaux sociaux. On pouvait juste attendre une meilleure vanne non ?

Laurent Ruquier : « Il a fait cette vanne sur scène et s’est senti obligé de s’excuser face à la vague de protestation sur les Réseaux sociaux… Ca veut dire que l’on ne peut même plus dire ce qu’on veut sur scène, pour moi il n’aurait pas dû s’excuser »

SD : Ne peut-on pas considérer que tout un tas de gens ont supporté sans jamais pouvoir réagir, des blagues douteuses sur les fiottes, les radins, les juifs assoiffés par l’argent, les gonzesses… et que maintenant ils peuvent dire "ça fait mal " ?

Laurent Ruqier : "Je suis d’accord avec vous, heureusement que l’humour a évolué… et qu’il y a certaines choses qu’on ne peut plus dire !"

SD : Oui, heureusement, ça fait cinquante ans qu’on supporte ces mauvaises blagues, stop !

Lurent Ruquier : "Oui mais il ne faut pas tomber dans l’excès inverse, la vanne de Norman sur scène ne me choque pas. Si on écoute le moindre comité qui se sent visé, on ne peut plus toucher à rien !"

SD : A partir de quand a-t-on sacralisé l’humour dans sa forme médiatique ? A partir de quand,  critiquer une vanne, un sketch, un personnage est devenu une manière de museler la parole selon vous ?

Laurent Ruquier : "Etre critiqué c’est une chose, empêcher de s’exprimer en est une autre. On a le droit quand même d’avoir sur scène des humoristes qui dérangent…Jérémy Ferrari, Laura Laune en sont des exemples."

SD : Jean-Marie Bigard qui a aligné un millions de blagues d’une misogynie crasse remplit des salles sans problèmes.

Laurent Ruquier : "Tout ce que dit J.M Bigard ne me fait absolument pas rire et bien sûr qu’il y a des blagues que je trouve vulgaires, même si c’est un formidable raconteur d’histoires, mais je ne vais pas empêcher les gens d’aller l’applaudir."

SD : Il  est loin d’être empêché et il est invité tous les quatre matins dans les médias…

Laurent Ruquier :

Je suis prêt à défendre  les humoristes de Jean-Marie Bigard à Charline Vanhoenacker, c’est vous dire le prisme… Il n’y a pas un humour meilleur que l’autre ! Il n’y a rien de plus segmentant que l’humour.

La suite à écouter...

Aller plus loin

🎧 ECOUTER : L’instant M avec Monique Canto-Sperber (liberté d'expression)

🎧 ECOUTER : Laura Laune, invitée de Par Jupiter (2018)

📖 LIRE : Peut on rire de tout ?

Références

L'équipe

Sonia Devillers
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