Photo prise le 20 janvier 1981 à Longwy de la manifestation organisée pour protester contre l'intervention des forces de l'ordre à Radio Lorraine Coeur d'Acier, la radio libre de la CGT à Longwy.
Photo prise le 20 janvier 1981 à Longwy de la manifestation organisée pour protester contre l'intervention des forces de l'ordre à Radio Lorraine Coeur d'Acier, la radio libre de la CGT à Longwy.
Photo prise le 20 janvier 1981 à Longwy de la manifestation organisée pour protester contre l'intervention des forces de l'ordre à Radio Lorraine Coeur d'Acier, la radio libre de la CGT à Longwy. ©AFP
Photo prise le 20 janvier 1981 à Longwy de la manifestation organisée pour protester contre l'intervention des forces de l'ordre à Radio Lorraine Coeur d'Acier, la radio libre de la CGT à Longwy. ©AFP
Photo prise le 20 janvier 1981 à Longwy de la manifestation organisée pour protester contre l'intervention des forces de l'ordre à Radio Lorraine Coeur d'Acier, la radio libre de la CGT à Longwy. ©AFP
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Résumé

Tristan Thil revient en bande-dessinée sur l'histoire de cette radio fondée en 1979 par la CGT. Il vient nous en parler avec Jacques Dupont, ancien journaliste de Lorraine Cœur d'Acier.

avec :

Jacques Dupont (Journaliste au Point, spécialiste vin), Tristan Thil (scénariste et documentariste).

En savoir plus

1979. À Longwy, au cœur du bassin du minier, on manifeste, on se met en grève, on marche sur Paris, on bloque les axes routiers, on arrête les trains, on saccage la préfecture, on déverse du charbon à coke venu de l’étranger, on interpelle François Mitterrand, espoir de la gauche ou social-traître ? 

On kidnappe Johnny Hallyday, le vrai. Et puis, on crée une radio. Action pirate, deux ans avant les radios libres. Pour faire de la politique autrement, en se parlant, et en s’écoutant parler. Au micro défileront, les sans-voix et les intellos. Voici l’incroyable aventure de Lorraine Cœur d’Acier. Les ondes pour mieux s’émanciper.  

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Extraits de l'entretien : 

A l'origine, pour animer la radio créée par la CGT, un homme : Marcel Trillat

Jacques Dupont : "Marcel Trillat était un homme extraordinaire. Il était droit, quelqu'un qui n'a jamais cédé et un grand journaliste. Moi, j'étais alors un jeune journaliste débutant. Et il a été à la fois mon frère et en même temps mon professeur. Je suis arrivé là-bas sans expérience du direct. Lorraine cœur d'acier, c'était quand même des heures de radio sans sans dépêches d'agence, sans sources autre que les journaux. Une radio faite uniquement avec des gens qu'on découvrait : il  n'y avait pas de vedettes à interviewer. Elles sont venues après. Donc là, on se forme très, très vite. Avec Marcel Trillat, on a vécu ensemble dans le même appartement HLM à Longwy, et on a partagé tellement d'émotions ensemble ! Marcel a porté la parole de la radio après, alors que moi, je n'ai pas pu en parler pendant vingt ans."

La CFDT avait sa radio, il n'était pas question que la CGT demeure en reste

Jacques Dupont : "En 1979, la France était un pays en effervescence, en plein bouillonnement syndical et politique. C'était la fin de la sidérurgie. Quand on nous sommes partis là-bas, on ne savait pas exactement ce qui s'y passait. C'était l'époque des radios libres interdites. Lorsque quelqu'un montait sur un toit à Paris avec un petit émetteur grand comme une boîte d'allumettes, une heure après  la police était là. 

Je suis parti avec trois chemises. Marcel aussi. On s'est dit : "Allons-y, on revient dans trois jours et au pire, on va passer 48 heures au commissariat de Longwy". Et on y est resté 17 mois."

Un pluralisme audacieux au sein d'un syndicat 

Jacques Dupont : "A la création, on a attendu au pied de l'Union locale CGT qu'il délibèrent entre eux et qu'ils se mettent d'accord sur notre ligne directrice. Ils se sont dit qu'ils nous laissaient démarrer l'aventure des ondes, et qu'ils verraient ensuite.

Dès le départ, Marcel Trillat prévient qu'il tient au pluralisme. Cela correspond à une période un peu particulière dans l'histoire de la CGT. 

Georges Séguy a pris la direction du syndicat et il est ouvert. Il veut que la CGT soit un peu moins courroie de transmission du Parti communiste. Mais il sera déboulonné par Henri krasucki, et pour nous ce sera la fin des haricots.

54 min

Donc au début, Marcel Trillat a pu donner la parole à l'antenne à la droite, à la gauche et même aux patrons. Krivine est venu, comme Cohn-Bendit. C'était un événement extraordinaire. Vous imaginez cette gauche un peu stalinienne assez fermée devant l'arrivée de Cohn-Bendit avec son camping car sur le parking devant la radio !"

La radio donne la parole à ceux qui ne l'avaient pas

Tristant Thil : "Pour raconter l'histoire de cette radio, je me suis plongé dans les archives et il y avait une matière incroyable. Il y a par exemple des témoignages de femmes qui viennent témoigner des conditions d'accouchement à l'hôpital à côté. Les femmes ont pris cette parole là. Les toubibs en ont pris pour leur grade. Ils ont débarqué dans le studio. 

Elles ont saisi de cette opportunité qu'offrait Lorraine cœur d'acier : une parole qui était donnée à des gens qui ne l'avaient pas.

Ces femmes cherchaient à s'émanciper du carcan familial, tandis que leur mari se libéraient de leur patron. "

La suite à écouter...

Lorraine cœur d'acier de Tristan Thil (Scénario) et Vincent Bailly (Dessin) est paru chez Futuropolis